‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 10 sur 168 · RESUME DE LA PERIODE PRECEDENTE · texte numérisé non relu

RESUME DE LA PERIODE PRECEDENTE

ou en s'inspirant des antiques ordonnances de la « Sainte » Cadès, qui réglaient la vie des Bédouins de toute la région et que l'infatigable législateur pouvait parfois adapter aux besoins présents ou futurs du peuple de Dieu 1. Il s'appliquait avec non moins de constance à faire pénétrer dans la pratique les lois qu'il promulguait. Il lui fallait plier les Hébreux de l'oasis aux règlements assez étranges pour eux de la vie agricole et maintenir les clans du désert, qui menaçaient de lui échapper, dan s le respect des obligations imposées aux confédérés. Il tranchait les différends, s'entourant, pour n'être pas écrasé par cette tâche absorbante, de juges qu'il pénétrait de son esprit. Il calmait les impatients, apaisait les mécontents, châtiait les rebelles, confondait les jaloux. Enfin il avait une foi trop ardente pour ne pas dépenser le meilleur de son zèle à assurer l'observance exacte de ses lois religieuses, la fréquentation régulière du sanctuaire de l'arche aux trois grandes solennités annuelles et, par-dessus tout, l'attachement le plus exclusif à Yahwè, le seul Dieu d'Israël. Jamais peut-être l'unité religieuse et nationale ne fut mieux réalisée chez les Hébreux qu'elle ne le fut par Moïse à l'oasis de Cadès.

Pourtant ils ne devaient pas s'y fixer à jamais. Canaan, la terre promise de longue date à leurs pères, attirait Moïse et les tribus comme le pays choisi par Yahwè pour leur établissement définitif. C'était là-bas seulement qu'ils espéraient pouvoir vivre tous à l'aise sur un sol arrosé et fertile. Des espions qui l'avaient parcouru en racontaient merveilles ; mais d'autres dépeignaient en termes effrayants les habitants qu'il faudrait vaincre et les villes qu'il faudrait prendre. Des essais de pénétration par le sud, tentés malgré Moïse pendant le séjour à Cadès, n'avaient abouti qu'à des échecs ; des succès locaux dans l'extrême sud cananéen n'avaient profité qu'à quelques clans. Impressionné et mis à une épreuve très douloureuse par ces châtiments de la désobéissance du peuple, Moïse se résigna à suivre le chemin que prenaient parfois les nomades pillards de la péninsule pour aller razzier Canaan ; il décida que, comme eux, on y entrerait par l'est.

1. Les nombreux points de contact et ressemblances qu'il est facile de relever entre les ordonnances mosaïques et les articles du code d'Hammourabi qui leur est antérieur d'au moins cinq siècles montrent que Moïse n'ignora point et même qu'il utilisa certaines législations en vigueur de son temps. Hammourabi s'était de même inspiré de lois sumériennes antérieures à son règne.

C'était faire un détour très long et tout couvert d'obstacles. Il fallut parlementer avec les sédentaires des royaumes d'Édom, de Moab, des Amorrhéens, d'Ammon, sur les terres desquels on devait passer avec les troupeaux ; ils se montrèrent défiants et peu complaisants. Mais Moïse, dont l'autorité grandissait à mesure qu'il approchait du terme de sa carrière, sut empêcher les déprédations des siens et se faire respecter par les étrangers. D'ailleurs il n'hésita point à recourir aux armes contre les Amorrhéens, qui n'avaient pas comme les autres de liens de parenté avec Israël ; il conquit le territoire qu'ils possédaient à l'est de la pointe septentrionale de la Mer Morte, puis, poussant plus au nord, les chassa de celui qu'ils occupaient entre le lac de Génésareth et les monts du Hauran. Il s'ouvrait ainsi deux portes sur la Terre promise ; mais il ne devait pas les franchir.

Il ramena en effet les tribus à l'est du bas Jourdain et leur fit dresser les tentes dans les Plaines de Moab. Elles y restèrent un temps notable : assez de temps pour que la loi y subît une sorte de refonte où furent utilisées les révélations et les expériences enregistrées durant le séjour dans la péninsule du Sinaï ; trop de temps pour la foi et les mœurs d'un grand nombre d'Hébreux, qui se laissèrent séduire par le culte sensuel des Moabites ou des Madianites au voisinage desquels ils vivaient. Cependant l'heure de Moïse avait sonné ; il mourut sur le Mont Nébo après avoir posé un long regard sur cette terre toute proche de la promesse, qu'il ouvrait à son peuple sans pouvoir y entrer : sacrifice suprême qui jetait un dernier rayon de grandeur sur une vie admirable de foi, de ténacité, de dévouement et de noblesse.

Ce lut Josué, fils de Noun, qui acheva son œuvre de conquérant. Quelques tribus : Ruben, Gad, une partie de Manassé, s'étaient déjà installées dans les territoires enlevés aux Amorrhéens ; les autres voulaient aller s'établir à l'ouest. Josué franchit le fleuve aux gués de Jéricho dans des circonstances aussi miraculeuses que celles qui avaient rendu à jamais mémorable le passage de la Mer Rouge, et établit son camp à Galgala, antique sanctuaire cananéen situé dans la plaine non loin du Jourdain. Une dure période s'ouvrit alors, remplie de luttes obstinées et marquée de combats atroces. Jéricho étant tombée aux mains des envahisseurs, ils eurent la libre entrée aux divers ouâdys qui

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