‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 118 sur 168 · Genèse, xxiv · texte numérisé non relu

Genèse, xxiv

3. II Samuel, ni, 1 ; cette femme, Maakhâ de Geshour, était la mère d'Absalom qui devait être le successeur de David après la mort d'Amnon, du moins par droit d'aînesse.

ammonite. A vrai dire, pendant les siècles qui suivirent l'entrée des Hébreux en Canaan, ceux-ci sont en train de former un peuple nouveau : Moïse avait constitué le peuple d'Israël par la juxtaposition de tribus presque fermées l'une à l'autre ; maintenant, la nation hébraïque se développe grâce à un mélange partiel de ces tribus anciennes et à l'assimilation d'éléments qui leur sont étrangers.

La tribu n'est pas seule à décliner : la famille, qui perd déjà par les mariages mixtes une partie de son importance traditionnelle, perd aussi une partie de sa signification sociale. Elle était anciennement la cellule-mère de la tribu, celle-ci n'étant que la famille primitive qui, en se développant, s'était ramifiée en clans sortis de la même souche ; les liens de parenté naturelle ou adoptive assuraient alors la solidité de tout l'édifice social. Désormais, l'unité de la société nouvelle n'est plus la famille, mais plutôt l'agglomération fixée. Dans les bourgs, les villages et les villes qu'elles ont occupés, les familles se reconnaissent encore très nettement, comme dans certains de nos villages où à peu près tout le monde est plus ou moins cousin. Mais la cité avec ses intérêts collectifs finit par l'emporter sur les familles avec leurs intérêts privés. La cité groupe en un collège de notables lescheikhs1 ou chefs des familles anciennes, qui s'asseoient ensemble à la porte des villes pour assurer au mieux la vie de la communauté ; mais ils ne représentent chacun qu'une partie de celle-ci au lieu de siéger comme autrefois en maîtres uniques et indépendants pour régir la famille ou le clan qui reconnaissait chacun d'eux pour son chef : la monarchie patriarcale de la tribu est remplacée par l'oligarchie municipale de la cité 2. La cité donne le titre de « membres de la ville », c'est-à-dire de citoyens 3, à des hommes

i. Ce mot arabe passé dans notre langue est l'équivalent du mot hébreu fpT, zâqên, fréquemment employé à l'état construit pluriel, opT, ziqnê, avec un nom de ville, de tribu, ou avec les noms d'Israël et de Juda. La traduction par « vieillard » est fautive dans ce cas ; « ancien » vaudrait mieux ; car on pouvait faire partie des >jpî sans être un vieillard; en somme, ces personnages étaient l'équivalent des «sénateurs ».

2. Dans la tribu établie, on ne trouve plus, que nous sachions, de chef unique, comme à l'époque patriarcale ; il n'est question que des cheikhs pris en bloc. Il semble que Moïse déjà avait songé à réduire l'autorité des cheikhs afin de mieux unir les tribus ; voir ci-dessus, p. 98, n. 2.

3. C'est l'expression *vyn >b73, baalê hâ*îr, assez fréquente sous cette forme générale ou sous la forme particulière pour telle ou telle ville comme nstf >b73,

qui ne sont pas tous des descendants des chefs nomades et dont quelques-uns ne sont que de gros personnages de la population cananéenne. Elle a à sa tête un ou plusieurs « chefs » qui exercent leur autorité ou leur contrôle sur tous y compris les cheikhs, et ceux-ci n'en sont guère que les conseillers ou les assesseurs x. Elle a sa justice pour les affaires municipales, justice qui s'exerce sur tous ses membres à quelque famille qu'ils appartiennent, et c'est autant de causes enlevées à la décision du potentat qu'était jadis le cheikh parmi les siens. Enfin elle enrôle tous les hommes valides dans les dizaines, les centaines et les milliers de sa milice, et cette répartition numérique laisse supposer qu'elle les embrigade par unité sans tenir un compte rigoureux de leur origine familiale 2.

Ce qui se passe pour les familles dans les cités se passe également pour les tribus dans leur territoire. Chacune d'elles ne peut plus s'isoler des autres aussi couramment qu'autrefois. Des intérêts communs affectant des tribus voisines amènent celles-ci à s'entendre et à s'unir au besoin pour les défendre, comme cela eut lieu, par exemple, avec Débora pour les cinq ou six tribus

rVDD >b?3, pour Sichem et Soukkôth. Il semble bien qu'elle ne s'appliquait qu'à ceux qui, de par leur situation de noblesse ou de fortune, occupaient un rang élevé dans 1a population d'une ville. Traduire banale ha'îr par « propriétaires de la ville », c'est faire un mot-à-mot trop servile ; il suffit de voir en ces personnages une sorte d'aristocratie urbaine, un corps des notables, ou même plus couramment les « citoyens » ayant des droits que ne possédait pas le vulgaire ou la plèbe. L'expression -|>yn >W2N, 'anshê hiïîr, « les hommes de la ville », désignait plutôt simplement la population prise dans son ensemble et peut-être plus spécialement les hommes. On trouvera ces deux expressions, mais la première plus souvent que la seconde, dans Juges, ix.

1. Ce chef se nomme "i>yn "itr, sar haïr, « chef de la ville »; cf., par exemple, Juges, ix, 23, où Zeboul, le personnage qui porte ce titre, reçoit aussi celui de "PpS, pâqîdh, « délégué, surveillant, préfet » d'Abimélék, sans doute parce que ce roi l'avait préposé à l'administration de sa capitale. Dans d'autres cas, à Soukkôth, par exemple, il y avait plusieurs « chefs de la ville », Juges, vin, 14. Ces personnages devaient correspondre à peu près à notre maire avec ses adjoints, et leur autorité l'emporter sur celle du collège des « cheikhs » ou des « membres de la ville », parmi lesquels ils étaient sans doute comptés et choisis. Voir Juges, vin, 4 et suiv., où le texte présente et distingue « les chefs de la ville », les « cheikhs de la ville » et les « hommes de la ville ».

2. Cette dernière remarque n'est fondée qu'autant que l'on admet le sens obvie des termes « millier » et « centaine ». Toutefois il n'est pas improbable que primitivement, et longtemps peut-être sinon toujours, ces termes possédaient aussi un sens différent, « millier » surtout. « Millier », en effet, se présente dans plusieurs passages comme une subdivision de la tribu, n'ayant, sans doute, guère de rapport avec l'idée numérique de mille, cf. Juges, vi, 15 ; I Samuel, x, 19, etc. Il resterait à savoir lequel de ces deux sens est applicable à l'emploi militaire des mots « millier » et « cen taine » ; en tout cas, la signification proprement numérique n'est pas à exclure.

riveraines de la plaine de Yizreël. Des fractions de tribu, trouvant parfois plus avantageux ou même seul efficace l'appui d'une autre tribu, se désaffectionnent plus ou moins profondément de la leur pour graviter vers la tribu étrangère qui leur paraît mieux en mesure d'assurer leur existence paisible et leur prospérité ; c'est ainsi que l'on verra Yâbêsh, une ville du Galaad, dans l'Outre- Jourdain, venir réclamer le secours de Benjamin, à l'ouest du fleuve, et la région où elle est située fournir leurs partisans les plus fidèles au fils de Saùl dépossédé par les Philistins, puis à David pourchassé par Absalom l. De tels événements, entre plusieurs autres, montrent assez que les tribus tendent alors à perdre ce qu'il y avait eu de trop accusé dans leur individualité et à former dans l'ensemble quelques groupes unis par l'intérêt ou par la sympathie.

Ainsi la famille, le clan, la tribu cessent en partie d'être de minuscules, mais véritables États. Ils existent encore, ils existeront toujours : la loi assure l'intégrité de leur territoire en interdisant le transfert des domaines d'une tribu à l'autre par vente ou par mariage 2 ; leur noblesse jouira d'un prestige, inspirera un attachement respectueux, dont le cantique de Débora fournit un témoignage ému 3 ; ils continueront longtemps leurs sacrifices particuliers 4 ; ils garderont leur esprit de solidarité dans la vendetta et se réserveront jalousement le droit de venger le meurtre de l'un de leurs membres 5 ; ils épouseront souvent avec une décision aveugle la cause la moins défendable des criminels de leur groupe 6 ; les plus importants d'entre eux, Éphraïm,

i. Sur ces faits, voir I Samuel, xi ; xxxi, 11-13 ; II Samuel, 11, 8, 9 ; xvn, 24-29.

2. Cette disposition de première importance est formulée dans Lévitique, xxv, 23 et suiv.; Nombres, xxvn, 1-11 ; xxxvi, et voir notamment 9.

3. Le poète célèbre, en effet, avec enthousiasme non seulement le dévouement du peuple, mais la généreuse initiative des grands, Juges, v, 2, 9, 13, 14 ; aux versets 9, 13 et 14 se trouvent cinq ou six expressions pour désigner les chefs ; à elle seule leur accumulation témoigne de la place qu'on faisait aux chefs dans le mérite de la victoire. Sur une observation semblable à propos des Petits Juges, voir, ci-dessus, p. 190. On connaît le rôle important joué par cette aristocratie dans le double avènement de David aux trônes de Juda et d'Israël.

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