‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 120 sur 168 · ELABORATION DE L'UNITE NATIONALE · texte numérisé non relu

ELABORATION DE L'UNITE NATIONALE

Manasaé, Benjamin, juda, chercheront tour à tour à s'emparer de l'hégémonie et à profiter du pouvoir. Mais, malgré cette survivance tenace et ces retours violents de l'individualisme piimitif, ils doivent céder à la pression de la vie sédentaire qui, ayant d'abord fait subir à leurs éléments constitutifs une certaine dissociation et en ayant réduit la valeui par leur mélange avec des éléments hétérogènes, a troublé jusque dans ses profondeurs l'esprit et l'organisation de cette antique société nomade.

En même temps qu'elle transforme l'organisation socide des Hébreux, la vie sédentaire modifie leur esprit. La constitution de cités calquées à peu près sur le même modèle n'atténue pas seulement quelques traits distinctifs des tribus et des clans ; elle développe par contre-coup le sentiment national. Comme on se ressemble un peu plus maintenant d'une tribu à l'autre, on éprouve moins de répugnance à se rapprocher, à s'unir, et l'on subit plus profondément la force d'attraction mutuelle résultant de tout ce que l'on possédait déjà en commun : l'origine, les souvenirs du passé et surtout la foi au même Dieu. De plus, à vivre fixé au sol, le goût de l'indépendance s'émousse ; on acquiert peu à peu une certaine habitude de la soumission, de la discipline, de l'obéissance ; les règlements, qui sont devenus plus nombreux, puisque la vie sédentaire et agricole est plus complexe que la vie nomade et pastorale, ont pu d'abord peser, mais l'on se convainc qu'ils sont bienfaisants parce qu'ils assurent la possession des fruits du travail ; on n'est plus aussi hostile aux réglementations, on finit par en éprouver le besoin. Ainsi, la terre accroît en Israël le sentiment national qui refoule en partie l'individualisme familial, et elle le prépare à ne plus regimber aussi vite contre l'idée d'un pouvoir centralisateur : c'est une nation homogène qui s'élabore et la royauté unique qui point.

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