IL — - ÉLABORATION DE L'UNITÉ NATIONALE
Le sol même de Canaan, par les ressources agricoles qu'il offrait comme par la vie sédentaire qu'il imposait aux tribus établies, contribuait donc pour sa part à la restauration de l'unité que le génie inspiré de Moïse avait voulu donner au peuple du Dieu unique. Mais la disposition géographique n'en permettait
La période des Juges. 23
par elle-même qu'une réalisation imparfaite ; elle favorisait la naissance de groupements particuliers où devaient entrer plusieurs tribus ; elle gênait et gênera sans cesse la centralisation de tous les Hébreux.
Le pays que ceux-ci occupaient se compose, en effet, de trois massifs montagneux isolés par de larges et profondes dépressions : le massif galiléen est séparé par la vaste plaine de Yizreël du massif d'Éphraïm et de Jud3, et tous deux le sont du massif allongé de l'Outre- Jourdain par cette étrange vallée qui s'est effondrée jusqu'à près de quatre cents mètres au-dessous du niveau des mers et sert de bassin sans issue au Jourdain et à ses grands lacs. Entre ces trois massifs les communications étaient alors fréquentes mais non pas toujours aisées. Le Jourdain n'est pas navigable et n'offre que peu de gués ; au lieu d'unir les pays qu'il baigne, il les divise. La plaine de Yizreël, de son côté, était si riche que les Cananéens, ses maîtres depuis longtemps, s'y étaient solidement retranchés et y possédaient une barrière de places fortes qui s'étendait de Ja baie d'Acre jusqu'à la plaine deBethshean. Ils possédaient une autre barrière du même genre de Gézer à Jérusalem ; là, des hauteurs judicieusement choisies portaient des villes fortifiées qui, comme celles de la plaine de Yizreël, défièrent les Hébreux jusqu'à l'époque de David et de Salomon. Ainsi, soit par sa disposition même, soit par les facilités qui en résultaient pour la défense des premiers occupants, le pays imposait aux conquérants une répartition qui n'était pas très favorable à une union générale, mais qui leur marquait en même temps les principaux points où ils pourraient se concentrer et s'asseoir solidement.
De fait, comme les Hébreux ne réussirent guère d'abord qu'à s'emparer des régions montagneuses, ils se trouvèrent partagés en quatre groupes qui vécurent durant un temps notable assez isolés les uns des autres et qui, à vrai dire, ne parvinrent jamais à s'unir d'une manière très intime. Ces groupes occupaient respectivement la Montagne d'Éphraïm, la Montagne de Juda, la bordure montagneuse de l'Outre- Jourdain et les collines de Galilée.
La Montagne d'Éphraïm constitua le premier et le plus actif de ces divers foyers de concentration. C'était là que l'invasion