LES DIVERS ÉLÉMENTS DE LA POPULATION DE CANAAN
de Manassé possédait les plateaux herbus et boisés du Basan depuis le cours de Yarmouk jusqu'aux laves du Hauran et aux sables du désert syrien x ; Gad et Ruben se tenaient sur la bordure et la moitié occidentale de la région montagneuse, depuis le sud du lac de Génésareth jusqu'à l'Ara on qui débouche dans la côte orientale de la Mer Morte 2. Toutes les autres tribus occupaient le pays situé à l'ouest du Jourdain. Aser, Zabulon et Nephtali étaient dispersés sur les collines galiléennes, entre le littoral de la Méditerranée et les deux grands lacs du haut Jourdain ; Issakhar exploitait quelques cantons des plaines de Yizreël et de Beth-shean 3 ; l'autre portion de Manassé et Éphraïm, qui formaient ensemble la vigoureuse « Maison de Joseph», tenaient fortement le massif central de Canaan depuis ces deux grandes plaines jusqu'au voisinage de Béthel 4 ; Dan au sud-ouest d'Éphraïm, Benjamin au sud-est ne possédaient qu'un territoire étroit jusqu'à la hauteur de Jérusalem ; enfin Juda s'étendait des environs de cette dernière ville jusqu'à quelque distance d'Hébron, mais colonisait aussi des bourgades et fréquentait des pâturages dans le Négéb où, mêlées aux restes de Siméon,
1. Le Basan était un pays de culture, de forêts et de pâturages. Le Yarmouk se nomme aujourd'hui Cherf at el-Menâdiré ; il prend sa source dans le Hauran et se jette dans le Jourdain un peu au sud du lac de Génésareth après avoir coulé dans une vallée profonde et pittoresque que suit, dans sa seconde moitié, la voie ferrée qui vient de Dér'ât et de Damas.
2. L' Arnon, le ouâdy el-Môdjib, s'est creusé dans le calcaire et le basalte une vallée sauvage et souvent abrupte.
3. La plaine de Yizreël tire son nom de l'ancienne ville de Yizreël dont le nom, si ce n'est le site, est gardé par le village actuel de Zer'în, entre les monts de Gelboé et le Petit Hermon. En hébreu, elle porte le nom de « Vallée » de Yizreël (Josué, xvii, 16 ; Juges, vu, 1, 8, 12 ; Osée, 1, 5) ou de «Plaine», proprement «Fente», de Megiddo (Zacharie, xn, 11 ; II Chroniques, xxxv, 22) ; on l'appelle aujourd'hui « Plaine d'Esdrelon » d'après la dénomination grecque de Yizreël ou Merdj Ibn *Amir. Dans quelques passages, le terme a pu être restreint à la dépression qui, partant de Zer*în, sert de vallée au Nahr Djâloûd qui descend vers Beth-shean ; mais d'assez bonne heure sans doute il désignait cette grande plaine triangulaire allongée dont la pointe est tournée vers la baie de Saint-Jean-d' Acre ; la base, appuyé aux montagnes du Thabor, du Petit-Hermon et de Gelboé ; les côtés, délimités au nord par les collines de Galilée, au sud par le Carmel et les collines de Samarie.
Au delà des hauteurs bornant à l'est la plaine de Yizreël, qui communique avec elle par deux passages que sépare le Petit-Hermon, s'étend la plaine, triangulaire aussi, de Beth-shean qui s'incline vers la rive droite du Jourdain. La ville de Bethshean, située sur le côté nord de cette plaine, prit à l'époque grecque le nom de Scythopolis ; mais elle a repris son nom antique sous la forme moderne de Beisân ; cette réapparition de l'ancienne dénomination est l'un des exemples les plus typiques de la permanence des noms de lieu en Palestine.
4. Aujourd'hui Beitîn, à environ cinq heures au nord de Jérusalem.
certaines de ses familles étaient encore à demi nomades I.
Les Hébreux n'étaient pas les seuls habitants de ces diverses contrées. Dans la région comprise entre le Yabbôq2 et l'Arnon où Gad et Ruben étaient restés tandis que le gros des tribus s'établissait à l'ouest du Jourdain, habitaient depuis longtemps des Benè-Ammôn et des Moabites. Apparentés de loin aux Hébreux, ces deux peuples étaient idolâtres, assez prospères et plus avancés que les nouveaux venus dans la voie de l'organisation politique ; jamais Israël ne parvint à les écraser et il eut maintes fois à souffrir de leur hostilité. Au sud du territoire de Juda, des environs d'Hébron aux oasis du désert de Paran3, vivaient des clans d'origine édomite, laborieux et riches : clans de Caleb, de Qenaz, de Yerahmeël et de Qaïn. Déjà gagnés au culte de Yahwè, ils entretenaient avec Juda des rapports si empreints de cordialité qu'ils finirent par se fondre en grande partie avec lui. Ils étaient de même bien vus chez les tribus du nord ; des douars qênites y circulaient avec tentes et troupeaux après agrément avec les propriétaires des sources et des pâturages et ils faisaient cause commune avec les Hébreux dans les conflits qui éclataient entre ceux-ci et les indigènes4.
A côté de ces parents de l'est et de ces alliés du sud, dont Israël respectait en général les possessions, toute une population étrangère vivait encore sur le territoire de l'ouest du Jourdain, dont il revendiquait la propriété par droit de conquête : c'était
i. Le mot néghébh signifie « pays sec, brûlé par le soleil » ; il devint pour les Hébreux, en raison de la situation du pays qu'ils appelaient Négéb, le synonyme de « midi ». Il s'applique à la région qui sert de transition entre les collines de juda et les déserts de la presqu'île du Sinaï. Il possède peu de sources abondantes, mais certaines vallées y sont encore assez humides pour se couvrir de pâturages et pour être cultivées par places à l'occasion.
2. Le Yabbôq, aujourd'hui Nahr ez-Zerqâ ou Rivière Bleue, se jette dans le Jourdain vers l'endroit où le Ghôr — Ghôr est le nom moderne de la dépression profonde où coule le Jourdain — s'élargit avant de former les Plaines de Jéricho à l'ouest et les Plaines de Moab à l'est. Le Yabbôq décrit une vaste courbe à travers les montagnes ; l'une de ses sources se trouve au voisinage de l'ancienne capitale des Benè- Ammôn, Rabbath-Ammôn, la Philadelphie de Ptolémée II Philadelphie, aujourd'hui 'Amman.
3. Le désert de Paran s'étendait entre la pointe septentrionale du Golfe Élanitique et la région située au sud de l'oasis de Cadès ; le nom semble s'en être conservé dans la dénomination du Djebel Fârân au sud-est de Cadès, d'après l'atlas de Guthe; il correspondait en tout ou en partie au désert appelé aujourd'hui Désert deTih ou de l'Égarement.
4. Cf. Juges, iv, 1 1, 1 7 ; v, 24, et voir, ci-dessous, l'histoire de Débora, chapitre vi. Sur ces clans édomites, voir le chapitre ni.