‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 31 sur 168 · Cantique, vi · texte numérisé non relu

Cantique, vi

5. Des diverses identifications proposées pour le fruit appelé rnsn, tappûah, la pomme, le coing, le citron, l'abricot, les deux premières sont probables, mais îa première des deux l'est beaucoup plus que l'autre, parce que touffah est le nom arabe de la pomme. On comprendra mieux l'incertitude du vrai sens du mot hébreu en se rappelant les sens variés de « pomum » et de « poma » en latin ; tappûah pourrait, lui aussi, avoir désigné d'abord plusieurs fruits. — Le grenadier est cité six fois rien que dans le Cantique des cantiques.

La culture principale était celle du blé, de l'épeautre et de l'orge, qui pouvaient venir à peu près partout où le sol présentait une couche suffisante de terre arable. Cette couche n'était tant soit peu profonde que dans les grandes plaines du littoral, à quelques carrefours de vallées où les alluvions s'étaient amoncelées, et dans les terrains formés de roches volcaniques décomposées comme la plaine de Yizreël ou d'Esdrelon, les environs du lac de Génésareth et la plaine qui s'étend entre le haut Jourdain et le massif du Hauran. Sauf en ces quelques régions, la roche n'était jamais très éloignée de la surface et le sol était tellement parsemé de pierres qu'il fallait à peu près chaque année, quand on labourait, les rejeter sur les bordures des champs1.

Ce labour qu'on faisait « avec larmes », à cause du mauvais temps et de l'incertitude du résultat lointain 2, commençait à partir d'octobre, dès que les pluies de l'arrière-saison avaient amolli la glèbe calcinée par le soleil d'été 3. Il était des plus superficiels tant à cause du terrain rocailleux ou, au contraire, très friable et généralement trop sec, qu'en raison de l'emploi d'instruments aratoires des plus rudiment aires. Une charrue se composait de deux branches d'arbre inégales entrecroisées ; la.plus courte, terminée en bas par le soc de métal, servait en haut de poignée au laboureur qui s'y appuyait d'une main et, de l'autre, maniait son aiguillon ferré ; à l'extrémité de la plus longue s'attachait le joug sous lequel deux bœufs, pour l'ordinaire, engageaient leur nuque vigoureuse 4. A moins que l'on ne donnât après semence un nouveau coup de charrue, un rouleau ou une planche pesante était tiré sur les sillons en guise de herse ; parfois

i. Aussi, l'une des pratiques de la guerre en ces pays était de rejeter dans le champ de l'ennemi les pierres qui l'entouraient et dont beaucoup en avaient été péniblement retirées ; cf. II Rois, ni, 25.

2. Psaumes, cxxvi (Vulgate cxxv), 5, 6 ; Proverbes, xx, 4 ; Michée, vi, 15.

3. La saison pluvieuse s'étend d'octobre ou, plus ordinairement, de novembre à avril ; elle commence par les pluies que l'hébreu nommait nn», yôri ou ïTVD, môrè, désignations qui correspondent pour le sens à notre mot « averse ».

4. On employait aussi les vaches : Job, 1, 14, et les ânes : Isaïe, xxx, 24 ; Deutéronome, xxn, 10 ; mais ce dernier texte défend d'atteler ensemble un bœuf et un âne, prohibition qui rappelle vraisemblablement une période antique où l'un de ces deux animaux n'était pas domestiqué; la religion aurait, en ce cas comme en plusieurs autres, essayé de maintenir l'usage antique par respect pour les mœurs traditionnelles. — On voit assez que la charrue n'était ni lourde, ni encombrante ; aujourd'hui encore le laboureur de Palestine peut rentrer du travail sa charrue sur l'épaule. — Sur les petits instruments agricoles, voir I Samuel, xm, 20, 21.

on se contentait de refouler la terre sur le grain en la poussant du pied. Peu après les dernières averses du printemps1, en avril ou en mai selon les régions, — la plaine étant en avance sur la montagne — les orges étaient mûres ; les blés l'étaient deux ou trois semaines plus tard. On moissonnait à la faucille, sans trop se baisser ; dans les champs peu productifs, où les tiges étaient clairsemées, on passait entre elles en arrachant les épis à la main. La joie de la récolte épanouissait les cœurs ; ce n'étaient partout que cris et chants2, etunebonté accueillante encourageait les glaneuses qui venaient chercher leur part de l'abondance des riches. Voici comment Booz, gros propriétaire de Bethléem, traita Ruth, la pauvre émigrée moabite.

Ruth la Moabite dit à Noémi :

— J'ai l'intention d'aller aux champs glaner des épis derrière celui aux yeux de qui j'aurai trouvé grâce.

— Va, ma fille, lui dit Noémi.

Elle s'en alla donc glaner dans les champs derrière les moissonneurs. Or, par un effet du hasard, elle vint dans un champ du domaine de Booz qui était du même clan qu'Élimélék 3. Et voici que Booz, arrivant de Bethléem, dit aux moissonneurs :

— Que Yahwè soit avec vous !

— Que Yahwè te bénisse ! lui dirent-ils.

Puis Booz dit à celui de ses serviteurs qui était le chef des moissonneurs :

— A qui est cette jeune femme ?

— C'est une jeune Moabite, répondit le serviteur, chef des moissonneurs ; elle est revenue avec Noémi des campagnes de Moab. Elle a dit : « Permettezmoi de glaner sous les gerbes derrière les moissonneurs ». Elle est donc venue et elle est restée sur pieds depuis ce matin jusqu'à maintenant, sans avoir pris tant soit peu de repos dans le champ 4.

Alors Booz dit à Ruth :

— Écoute, ma fille, ne va pas glaner dans un autre champ ; et même ne t'écarte pas d'ici : tu te joindras à mes servantes et, ayant remarqué le champ où l'on ira moissonner, tu les suivras. Je donne l'ordre à mes serviteurs de ne te point toucher. Si tu as soif, tu iras vers les cruches et tu boiras de ce que les serviteurs auront puisé 6.

Et à l'heure du repas, Booz lui dit :

— Approche ici ; prends du pain et mange, et trempes-en les morceaux dans le vinaigre.

1. Les dernières pluies, celles de février à avril, s'appelaient unpbn, tnalqôsh, ou ondées « tardives ».

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