Ruth
Ruth s' étant assise du côté des moissonneurs, il lui tendit du grain grillé. Elle mangea à sa faim, garda le reste, puis elle se leva pour glaner.
Et Booz, s'adressant à ses serviteurs, leur donna ces ordres :
— Vous la laisserez glaner jusque parmi les tas de gerbes sans l'injurier; et même il faudra tirer, des javelles, (des épis) que vous lui laisserez et qu'elle glanera sans que vous criiez contre elle.
Elle glana ainsi dans le champ jusqu'au soir, puis elle battit au bâton ce qu'elle avait glané : cela faisait à peu près un épha d'orge *.
Assurément toutes les glaneuses n'éveillaient pas le même intérêt que cette jeune femme de Moab. Pourtant les usages anciens voulaient que l'on ne fît point la récolte d'une main trop avare : on ne devait pas moissonner jusque dans les coins du champ, ni y retourner pour chercher une gerbe oubliée, ni fouiller parmi les branches de l'olivier après les avoir secouées, ni revenir à la vigne vendangée pour ramasser les raisins tombés et ne pas perdre le grappillage ; on laissait tout cela à l'étranger domicilié en clientèle, à la veuve et à l'orphelin 2. C'est en vertu du même esprit de fraternité que le passant était autorisé à cueillir quelques grappes et à arracher quelques épis dans les vignes et les champs d'autrui3.
Les gerbes faites de javelles étaient entassées sur l'aire située à proximité de plusieurs champs et bien exposée aux souffles du vent d'ouest. Sur cette aire qui n'était, en général, que la roche mise à nu et aplanie on jetait une couche assez épaisse de gerbes déliées, et les bêtes de somme, ânes ou bœufs, qui ne devaient pas être muselés, les foulaient de leurs pieds ou bien tiraient sur elles un lourd traîneau de bois, garni en dessous de fragments de pierre très dure 4. Le grain mélangé d'impuretés
i. Ruth, ii, 14-17. On se servait d'un bâton en guise de fléau pour battre rapidement quelques poignées de céréales et certains légumes à graines comestibles ; cf. aussi Juges, VI, il ; Isaïe, xxviii, 27. Un épha mesurait 36 litres 440.
2. Deutéronome, xxiv, 19-22 et « Loi de sainteté » de Lévitique, xix, q-io ; cf. aussi xxiii, 22. Le Lévitique ajoute qu'il ne faut pas moissonner «jusqu'aux coins du champ ». Ce dernier détail pourrait être un vestige des usages primitifs qui considéraient la limite du champ comme un terrain sacré dont les fruits ne pouvaient revenir au propriétaire. Les deux formules du Deutéronome et du Lévitique ne sont pas identiques de tous points ; ces divergences montrent comment en des temps et des milieux différents on arrivait à formuler différemment les lois antiques.