CHAPITRE V
I. — Le Lévite d'Éphraim et l'écrasement de Benjamin : — Le Lévite à Behtléem, — à Gabaa ; — soulèvement des tribus contre Benjamin ; — écrasement et restauration de Benjamin.
IL — Éphraim et l'autel des Benè-Ruben : — Décadence de l'unité cultuelle en Canaan ; — tentative éphraïmite pour la faire respecter de l'Outre- Jourdain.
III. — Le Lévite de Mikha ht le sanctuaire de Dan : — Migration d'un clan danite vers la Galilée ; — le sanctuaire privé de Mikhâ et les Danites migrateurs ; — fondation de Dan et de son sanctuaire.
État de malaise général causé par l'animosité mutuelle des tribus et l'instabilité de la situation de quelques clans.
Un des traits les plus frappants de la période des Juges est la persistance de l'esprit particulariste au sein des tribus d'Israël. On verra cet esprit constamment à l'œuvre pour se mettre à la traverse des progrès de la concentration nationale et faire échec aux tentatives d'institution de la royauté. Il ne découlait pas seulement du régime social ; il tenait aussi aux conditions de l'établissement en Canaan. Inégales en nombre et en force, les tribus se trouvaient inégalement favorisées dans la répartition des terres conquises et se jalousaient l'une l'autre ; les plus puissantes suivaient d'un œil inquiet le développement de certaines des plus faibles et celles-ci jetaient un regard d'envie sur les portions de choix qui avaient été adjugées aux plus entreprenantes. Cette animosité trouvait encore un aliment dans les difficultés que la plupart éprouvaient à maintenir les Cananéens sous le joug et à défendre leur lot contre la rapacité des peuples voisins. Si une tribu menacée jetait un cri d'appel vers les autres tribus, elle n'était pas souvent écoutée par toutes et, déçue autant
LE LEVITE D EPHRAîM III
qu'indignée, se répandait en malédictions contre celles qui l'avaient délaissée à l'heure du péril. Une tribu lointaine et momentanément paisible ne se souciait pas toujours de courir des risques pour le bénéfice des autres, et les laissait se débattre seules contre un ennemi dont elle ne pensait pas avoir rien à craindre pour l'instant.
Aussi des rivalités longtemps contenues éclataient quelquefois et dégénéraient, par raison ou par prétexte, en luttes fratricides. Des fractions de tribus mal soutenues par leurs sœurs étaient obligées d'abandonner leur premier territoire sous la pression de nouveaux envahisseurs ou devant un retour offensif des indigènes vaincus. Ces tiraillements entre tribus, ces déplacements de clans et de familles durent se produire assez souvent au cours de la période des Juges, mais principalement à ses débuts. Ce qui nous en est rapporté permet d'entrevoir combien les uns et les autres étaient de nature à retarder, parfois même à compromettre la stabilisation de la conquête, l'achèvement de l'établissement et l'élaboration de l'unité nationale.