‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 83 sur 168 · LE PÉRIL PHILISTIN · texte numérisé non relu

LE PÉRIL PHILISTIN

d'agitation religieuse propres à favoriser l'enthousiasme national et la rébellion 1.

De la période obscure qui commence alors et fut peut-être assez longue nous ne connaissons rien avec quelque précision. La seule figure qui s'y détache, et encore avec un relief à peine marqué, est celle de Samuel. Il y apparaît un peu à la manière des anciens Juges, guerriers d'abord puis personnages vénérés et influents. Une fois, il se mit à ]a tête d'Israélites rassemblés à Miçpâ pour une cérémonie expiatoire et donna la chasse à un parti de Philistins qu'il mena l'épée dans les reins jusqu'à Bethkâr ; en cette circonstance, comme en plusieurs autres, un orage soudain jeta la panique dans les rangs ennemis et Samuel dressa une pierre, « la Pierre du secours », pour commémorer l'aide opportune que lui avait fournie Yahwè en faisant rouler son tonnerre 2. Ce fut là, semble-t-il, l'unique succès militaire de sa judicature ; elle se poursuivit désormais dans le calme 3. L'arche

i. Cette interprétation suggérée par Budde est, semble-t-il, la seule explication de l'abandon où l'on laisse l'arche. Après ses exploits merveilleux en terre païenne, l'arche aurait dû être vénérée avec une ferveur nouvelle. Or, jusqu'à ce que David la reprenne pour la conduire à Jérusalem, elle paraît ne jouer aucun rôle. Les descendants du prêtre Héli, à qui leurs traditions de famille inspiraient pour elle un culte religieux dont nous avons souligné plus haut de touchants exemples, desservent l'éphod de Nôb et semblent ne plus songer à l'arche. Ni Samuel, qui, dès sa première enfance avait été attaché à son service, ni Saiil, qui, ayant souvent à combattre, aurait dû recourir à son aide, ni David avant le jour où il eut battu définitivement les Philistins, ne nous sont montrés une seule fois en relation, même lointaine, avec elle. Si ce silence ne provient pas simplement de ce que nos sources sont plutôt d'inspiration prophétique que lévitique, on n'explique pas autrement qu'on vient de le faire que l'arche ait été confiée à un particulier et non à un Lévite, ni qu'on ait dû renoncer à la visiter à Qiryath-yearim comme on la visitait jadis à Silo. Non, on ne l'avait pas oubliée : la démarche de David et l'enthousiasme délirant qui accompagne son transfert le prouvent assez. Mais les Philistins qui voyaient en elle le dieu des Hébreux la gardèrent jalousement à vue jusqu'au jour où, vaincus à leur tour, ils durent restituer ou laisser reprendre ce qui avait été le symbole de leur suprématie.

2. I Samuel, vu, 5-12. Beth-kâr n'est pas connu ; cela n'autorise pas à le changer en Beth-horon. « La pierre du secours » ou Eben-hâézer se trouvait entre Miçpâ (Nébi Samouîl ou plutôt Tell-Naçbé) et Yeshânâ qui est probablement *Aïn-Sînyâ, à deux petites heures au nord deBéthel ou Beitin.Ces localisations montrent que la zone d'activité de Samuel est bien la portion méridionale de la Montagne d'Éphraïm et corroborent ce qui a été dit plus haut de l'identification de la Râmâ de Samuel avec la ville de ce nom située en Benjamin La victoire remportée par Samuel doit être placée après le commencement de l'invasion philistine en cette région, car c'est à Miçpâ que se rassemblent les Israélites à l'appel de Samuel et non plus à Silo qui, sans doute, avait alors perdu son importance religieuse par suite de l'enlèvement de l'arche.

3. Cette appréciation est celle du rédacteur sacré de I Samuel, vu, 13, 14, pour qui Samuel fut un Juge semblable aux grands Libérateurs du Livre des Juges.

résidait à Qiryaih-yearim sous les yeux, sinon au pouvoir des Philistin? ; le sanctuaire de Silo était vide et peut-être même détruit; Samuel demeurait dans la ville de Râmâ. Étant naziréen ou voué à Yahwè par le vœu de sa mère, il y vivait en homme de Dieu et dépensait une activité inlassable au service de la religion et du peuple. Il y avait bâti un autel, sans doute bientôt fréquenté à la ronde \ et, de là, ra}7onnait dans le voisinage pour trancher les différends au nom de Yahwè et pour maintenir les Israélites dans la fidélité à leur Dieu ; à de longues années de distance, il renouvelait le ministère de Débora, la prophétesse. Cette judicature ambulante le conduisait, une lois l'an, dans les trois sanctuaires de Béthel, G al gala et Miçpâ, c'est-à-dire dans le territoire de Benjamin et la portion méridionale de la Montagne d'Ëphraïm 2. Mais il devait être connu beaucoup plus loin ; au temps de David, on le voit aller sacrifier à Bethléem, et une tradition antique savait que, vers la fin de sa vie, ses fils Joël et Abias jouissaient de quelque autorité jusque dans la ville sainte de Bersabée, au sud de juda 3. A l'exercice de cette judicature, il joignait celui de sa profession de voyant ; on avait recours à lui moyennant un petit présent, du pain, une pièce de monnaie, par exemple pour retrouver les objets perdus 4. Tout cela faisait qu'il était entouré par tous d'une respectueuse considération.

Pour lui, les Philistins furent entièrement chassés du territoire d'Israël ; ce put être vrai un instant ; mais ils ne tardèrent pas à revenir puisque leur présence nécessitera la vigoureuse intervention de Saiil, recontée dans I Samuel, xm, xiv.

i. Ce n'est pas en qualité de Lévite que Samuel bâtit un autel à Râmâ; on ne voit pas que les Lévites, dans les récits de cette époque, aient exercé une prérogative particulière en ce point : ils étaient plutôt, et d'une manière exclusive, les gardiens des tords et les interprètes des sorts sacrés. Le droit d'élever un autel appartenait encore au chef de famille d'après l'antique usage qui remontait à la période nomade où le père, chef de clan ou de tribu, réunissait en lui tous les pouvoirs judiciaires, militaires et religieux. Les rois, qui héritèrent éminemment de ces droits antiques, jouiront encore d'une très libre initiative en matière cultuelle. Sur ces questions, voir, ci-dessous, pp. 330 et suiv.

2. Samuel, à cette période, présente tout à fait le type du Juge, et les souvenirs topographiques appuient la tradition qui lui donne cette qualité. Ce qui a été dit plus haut au sujet de la région où il exerça son ministère suggère de voir, dans le Galgala mentionné ici, non pas le Galgala situé près de Jéricho, mais un autre Galgala de la Montagne d'Éphraïm, très vraisemblablement Djildjilyâ, au nord de Béthel et à peu près à mi-chemin entre Jérusalem et Naplouse.

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