‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 9 sur 168 · I. — COUP D'ŒIL SUR L'HISTOIRE DE LA PÉRIODE PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

I. — COUP D'ŒIL SUR L'HISTOIRE DE LA PÉRIODE PRÉCÉDENTE

Après s'être échappées de la terre de Goshen devenue pour elles trop inhospitalière, les tribus hébraïques, grossies de nombreux fuyards, se dirigèrent vers le sud de la péninsule où se dresse le Mont Sinaï. Au pied de cette montagne majestueuse et sainte, par l'intermédiaire de Moïse qui les avait conduites, elles contractèrent une alliance avec le Dieu qui les avait sauvées : elles formeraient une confédération qui serait « le peuple de Yahwè » et Yahwè serait l'unique « Dieu d'Israël ». Au bout d'une année, elles partirent dans la direction du nord, longèrent sur leur droite le territoire édomite de Seïr et, traversant le désert de Paran, arrivèrent enfin à Cadès la « Sainte ».

Là, cernée de tous côtés par des déserts arides, une oasis

La période des Juges. i

s'étendait sur deux petites journées de marche 1. L'eau y était trop peu abondante pour la couvrir tout entière de végétation. Mais, en plusieurs points, dans les vallées pierreuses que longeaient des collines pelées aux flancs rocailleux, des puits s'ouvraient sur la nappe d'eau et des sources jaillissaient avec force ou s'écoulaient doucement. Des plaques de gazon bordaient leurs bassins, tapissaient les rives des ruisseaux, s'étalaient autour des flaques dormantes envahies par les joncs et marquaient dans les ouâdys le lit de l'eau qui n'y coulait qu'à la saison humide ; des réseaux de rigoles enlaçaient les pieds des arbres fruitiers ; des champs de céréales hâtives étaient enfermés dans des clôtures basses de pierres sèches, et, vers la fin de l'hiver, quand les cultures avaient depuis longtemps disparu, les pluies faisaient sortir du sol toutes sortes d'herbes printanières que les troupeaux paissaient à pleine bouche.

Les Hébreux s'arrêtèrent à cette oasis peut-être plus de trente ans 2. Mais elle n'était ni assez vaste ni assez productive pour suffire à les faire vivre tous, eux et leur bétail. Aussi, tandis que certains de leurs clans partageaient les champs et les prés avec les anciens propriétaires, le plus grand nombre, s'en remettant à la providence de Yahwè, allait errer dans les déserts voisins à la recherche d'un peu d'eau et d'une maigre pâture. Les uns étant ainsi devenus à peu près sédentaires et les autres restant tout à fait nomades, l'oasis était moins le lieu de séjour des tribus que leur point de concentration.

Comme font toutes les oasis pour les habitants des déserts, celle-ci exerçait sur les Hébreux une puissante influence ; elle était le foyer de leur vie nationale et le centre de leur vie religieuse. Moïse devait y résider ; sa sœur Marie y fut enterrée. Auprès de l'arche abritée sous une tente et gardée par les Lévites, le culte de Yahwè s'y célébrait avec une observance minutieuse de ses rites nouveaux. La loi divine imposée à la confédération du Sinaï se développait et s'organisait, car Moïse, mis en présence de questions non prévues, en cherchait la solution dans la prière, par le jeu des sorts sacrés qui manifestaient la volonté de Yahwè

i. Sur Cadès, aujourd'hui, 'Ain Kedeis, voir Revue Biblique, 1896, pp. 440-451 1922, pp. 55-8i.

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