‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 90 sur 168 · III. — LES IDOLES · texte numérisé non relu

III. — LES IDOLES

Jusqu'ici, on n'a point trouvé de statue de grande dimension qui pourrait avoir été l'idole d'un sanctuaire cananéen. On supposerait assez volontiers qu'il en gît quelqu'une dans les ruines non explorées et que, d'ailleurs, les Hébreux durent en détruire un grand nombre, soit au moment de la conquête, soit au cours de leurs diverses tentatives de répression de l'idolâtrie. Mais peutêtre serait-il plus vraisemblable que les grandes idoles n'existaient pas à profusion. Tout ce que l'on sait des hauts lieux, en effet, par les textes et par les fouilles, tend à faire croire que les pierres dressées et les pieux sacrés de la déesse Ashêrâ constituaient l'essentiel d'un sanctuaire cananéen comme symboles de la présence d'une divinité ; l'absence de grand temple, qu'explique assez l'installation du sanctuaire à ciel ouvert, incline les conjectures dans le même sens, le temple, ou « maison du dieu », ne devenant vraiment nécessaire que si une idole ou un objet divin doit y trouver sa demeure.

1. Lucien, loc. cit., 6, pour les mystères phéniciens de Byblos ; les femmes qui y prenaient part offraient leur chevelure ou leur personne ; le salaire qu'elles recevaient des étrangers à qui elles s'étaient données revenait à la déesse et non au jeune dieu. Ce détail semble montrer que la prostitution sacrée en Canaan relevait du culte des déesses ; il en était de même pour Ishtar en Babylonie. Le témoignage de Lucien est tardif ; mais le sanctuaire de Byblos était fort ancien et cette pratique pouvait l'être aussi. En tout cas Baruch et Hérodote cf. p. 245, n. 5) visent bien la prostitution des femmes non consacrées ; de même, Osée, iv, 13, 14, ou, moins sûrement, Amos, 11, 7, 8, pour les Israélites du vuie siècle, et, ici, l'influence cananéenne est très probable puisqu'il s'agit de qedhêshôth, de culte et de sanctuaires du type cananéen.

2. Plessis, loc. cit., pp. 231 et suiv., où l'on verra que la mutilation en l'honneur d' Ishtar s'opérait dans des scènes publiques de corybantisme. Voir aussi, pour Hiérapobs, Lucien, loc. cit., 51.

3. Ces diverses manifestations de l'exaltation religieuse sont groupées ici ; mais elles ne se déroulaient point nécessairement comme les actes d'une liturgie.

Par contre, les idoles domestiques ou personnelles sont abondantes au delà de tout dénombrement. Parmi elles, les images féminines sont de beaucoup les plus nombreuses. Le type le plus répandu en est celui de la Déesse nue, dont on doit préciser un peu trop la signification en lui donnant le nom générique de « plaque d'Astarté 1 ». Car cette représentation d'une déesse ne se trouve pas seulement en Canaan et en Phénicie où Astarté était particulièrement honorée ; on la découvre aussi dans toute l'Asie Antérieure, depuis la Méditerranée jusqu'au delà du Tigre, dans l'île de Chypre et même dans les pays égéens 2. En Canaan, comme dans ces autres contrées, on en a rétro avé beaucoup d'exemplaires. Sur une plaquette d'argile de la dimension moyenne de la main ouverte, généralement en une empreinte faite au moule, apparaît de face le corps de la déesse. Le plus souvent elle est entièrement dévêtue, parfois voilée d'un pagne collant, rarement prise dans une simarre étroite et longue. Quand elle porte des parures, c'est une sorte de tiare sur la tête3, une perruque ou des nattes encadrant le visage, de lourdes boucles aux oreilles, des colliers sur la poitrine, des bracelets aux poignets, des anneaux aux chevilles, une ceinture ornée autour de la taille. Ses bras, quelquefois, tombent le long du corps ; plus généralement, écartés et relevés vers les épaules, ils accentuent sa cambrure tandis que chaque main tient une fleur de lotus à longue tige pendante, ou bien, ramenés librement par devant, tantôt ils appuient les deux mains sous la gorge, tantôt les posent dans l'attitude équivoque de la « Vénus pudique ». Ce même type se retrouve plus ou moins ébauché dans quelques

1. Sur ces représentations voir le mémoire du Dr Contenau, La déesse nue babylonienne, Paris, 1914.

2. On en trouve même l'équivalent dans des dessins sur roche et dans des statuettes de pierre de l'époque préhistorique ; voir des représentations de ces derniers dans Boule, Les Hommes fossiles, pp. 300-307, et Mainage, Les Religions de la Préhistoire, pp. 320-327. Y a-t-il là un emprunt des populations plus récentes aux hommes primitifs ? est-ce l'effet d'un instinct naturel ou religieux qui, à des époques diverses, poussa l'homme à multiplier ces images de la femme et de la mère ? Les historiens admettraient plus volontiers la première hypothèse ; les préhistoriens, la seconde.

3. Macalister, loc. cit., t. 11, p. 413, suggère que cette tiare ou couronne cylindrique était faite de plumes ; elle pourrait ainsi rappeler la coiffure analogue caractéristique de quelques aventuriers égéens et notamment des Philistins ; toutefois parmi eux, les hommes seuls la portaient, cf., ci-dessus, p. 37.

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