‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 91 sur 168 · LES IDOLES · texte numérisé non relu

LES IDOLES

magots de terre d'une laideur parfaite, et plus ou moins adapté aux principes de la statuaire dans un très petit nombre de statuettes d'argile ou de bronze. Des variantes inspirées à l'ouvrier, soit par sa fantaisie d'ailleurs assez courte, soit par le désir de copier un détail ou un attribut qui lui plaisaient dans les iconographies égyptienne et babylonienne, arrivent peut-être à enlever un peu de monotonie au sujet. Mais l'art, ou plutôt le travail, demeure très généralement des plus primitifs. Une fois ou l'autre, on arriverait peut-être à trouver quelque grâce à une certaine sveltesse des lignes ; la statuette de bronze de Taanakh, en particulier, malgré sa tête trop grosse et inexpressive en raison sans doute de son mauvais état, retient l'attention par les proportions heureuses de son corps moulé dans sa longue robe et rappelle vaguement la statue de telle ou telle reine égyptienne 1. Mais, pour l'ordinaire, on n'y voit rien que de lourd, d'épais et de grossier ; l'idée de rendre la maternité dans la représentation de la déesse a souvent entraîné une violente exagération des formes 2, et la hardiesse des mouleurs cananéens n'a reculé devant rien.

Les représentations de divinités masculines ne sont pas aussi nettement caractérisées que celles de la déesse. Il ne semble pas que Ton ait à mettre jusqu'ici une seule image d'un dieu cananéen sous forme humaine en regard des plaques ou des statuettes de la Déesse nue. C'est là un détail des plus intéressants, si l'on songe à la multiplicité des représentations de dieux en Egypte comme en Chaldée ou en Assyrie et à la prohibition des images humaines ou autres dans les ordonnances mosaïques. Mais on a découvert en abondance des emblèmes de la \ irilité faits de pierre ou de terre cuite, des têtes de taureaux, des ornementations empruntées aux corps du poisson et aux cornes du bélier. Dans la mesure où l'on peut croire que ces divers objets touchaient de quelque manière à la religion, il n'est pas malaisé d'y découvrir l'intention de symboliser l'énergie et les ressources vitales du principe masculin. On a trouvé aussi un serpent de bronze dans la fosse

1. En particulier la figure de bronze de la dame Takoushît, reproduite dans Maspero, Histoire ancienne, t. 11, hors-texte, p. 536.

2. Toutefois les exemplaires trouvés en Canaan n'offrent que rarement la stéatopygie qui caractérise les exemplaires d'autres régions ou ceux de l'époque préhistorique. On trouvera dans Macalister, loc. cit., t. m, pi. ccxx et ccxxi, une ample collection de ces représentations,

à offrandes du grand haut lieu de Gézer 1, et, en plusieurs endroits, des fragments de poterie ornés de serpents. Peut-être y aurait-il là l'indice d'un culte ophique, soit indigène, soit d'importation égéenne ou babylonienne.

A ces divers objets, qui n'étaient que des idoles privées ou plutôt même des amulettes et qui, portés sur la personne ou placés dans la maison, assuraient les faveurs des génies et des dieux tutélaires, il convient d'ajouter des bibeJots religieux de nature très diverse, imposés par les superstitions locales ou empruntés aux religions étrangères 2. Fragments d'os d'hommes ou d'animaux, croissants ou lunules d'argent, perles de corail, d'os, de cornaline, se signalaient déjà par toutes sortes de propriétés merveilleuses qu'ils n'ont pas toutes perdues aujourd'hui dans l'estime du fellah ou du Bédouin qui a la chance d'en retrouver un. A côté de ces amulettes de l'Orient sémitique, il faut signaler un grand nombre de menus objets exotiques de caractère profane ou religieux, parmi lesquels ceux qui venaient d'Egypte occupent le premier rang. Ce ne sont pas seulement des scarabées ou des cachets qui pouvaient n'avoir qu'une valeur de bijoux, mais des figurines de Bes et de Sekhet, d'Horus etd'Isis, dePtah et de Chnoum, des têtes d'éperviers, des cynocéphales, des yeux d'Horus, qui possédaient sûrement une valeur religieuse. Sans doute la plupart de ces objets avaient été primitivement aux mains des étrangers, qui, de tout temps, furent assez nombreux en Canaan et qui habitaient surtout les grandes villes fouillées par les explorateurs. Mais il devait bien en arriver quelques-uns

i. Macalister, loc. cit., t. n, p. 398. Le « Nehoustan » où l'on voyait le serpent d'airain élevé par Moïse dans le désert pour guérir les malades et qui fut brisé par Ézéchias lors de sa réforme cultuelle (II Rois, xvm, 4) montre que les Hébreux avaient foi aux vertus curatives de ce serpent. Il en était de même en Grèce, où le serpent était consacré à Asclepios, et il orne encore notre caducée. Des inscriptions votives d'Épidaure relatent des guérisons merveilleuses qu'il avait accomplies en faveur de pèlerins endormis dans le temple. En Crète le serpent avait de même un rôle religieux, quoique moins bien défini ; il y symbolisait plutôt des divinités chtoniennes. C'est aussi peut-être ce dernier caractère qui conviendrait le mieux aux serpents figurés d'Élam et de Chaldée. Dans la mesure où cet animal aurait tenu une place dans la religion cananéenne, on ne peut préciser si c'était comme guérisseur ou comme représentant des forces surnaturelles du monde souterrain. Cf. Vincent, loc. cit., pp. 174-176.

2. Sur tous ces menus objets, voir Vincent, loc. cit., pp. 170 et suiv. On trouvera dans Macalister, loc. cit., t. m, pi. ccn-ccxi, la représentation des nombreux échantillons trouvés à Gézer.

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aux mains des indigènes, soit par l'effet du hasard ou de la curiosité, soit parce que leur efficacité était trop vantée pour ne pas provoquer le désir d'en profiter. Toutefois, ce n'est là qu'un exemple courant de superstition populaire, un cas secondaire d'échange en matière de croyances et de pratiques religieuses, et il n'y a pas à en tenir grand compte s'il s'agit de caractériser l'état de la religion cananéenne telle que la trouvèrent les Hébreux lors de leur invasion.

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