RAPPORTS DE LA SYRIE AVEC L'EGYPTE ET L' ASSYRIE
et les richesses de leur aïeul ; toute leur fierté est d'en porter le nom. Point d'expédition militaire, une seule entreprise commerciale vers les pays du sud, tel est le pauvre bilan de leurs règnes. Ils ne s'occupent guère que de tombeaux, pour s'en édifier de magnifiques, pour réprimer les déprédations des pillards de cimetières. Cependant, les prêtres des sanctuaires, que Ramsès III a gorgés de richesses, deviennent, à Thèbes surtout, les véritables maîtres, et vers 1100, quand Ramsès XII, le dernier de ces rois fainéants, s'éteignit, l'Egypte, morcelée, avait deux chefs principaux : dans le Delta, Smendès, qui fonda à Tanis la XXIe dynastie ; à Thèbes, Hrihor, le premier prophète d'Amon, qui régna sur tout le sud, y compris l'Ethiopie.
La XXIe dynastie dura cent cinquante ans ; elle resta nominalement maîtresse de toute l'Egypte et maîtresse effective du Delta, jusqu'au milieu du règne de Salomon, vers 950 %. Son pouvoir se trouva toujours gêné par celui que les prêtres s'étaient arrogé à Thèbes ; si ce n'était une raison, ce pouvait être une excuse de sa médiocre activité. Elle ne la dépensa guère qu'à restaurer d'anciens édifices et à en construire de nouveaux à Thèbes, à Memphis, à Tanis surtout, sa capitale, qui devint une belle ville et un port fréquenté. Elle ne sut pas réveiller dans le peuple et parmi la noblesse l'esprit guerrier d'autrefois ; elle trouva plus facile de faire appel aux mercenaires, principalement à ces Libyens, qui avaient si souvent tenté en vain la conquête du Delta. Maintenant, ils y pénétraient à leur aise et y étaient bien reçus. Tandis que certains d'entre eux, plus pacifiques ou plus travailleurs, s'installaient dans les campagnes ou se livraient à un métier dans les villes, les soldats trouvaient un emploi auprès des nobles et dans la garde ou l'armée du pharaon. Aptes à beaucoup de services, et de toutes sortes, ils finirent par se rendre indispensables, puis par s'adjuger quelque autorité, enfin par s'emparer du pouvoir. L'un d'eux, du nom de Shéshonq, fondera la XXIIe dynastie, vers 950 avant J.-C.
Ces pharaons tanites de la XXIe dynastie, comme les derniers Ramsès de la XXe, n'étaient donc pas de taille à renouveler,
1. Sur la XXIe dynastie, voir Breasted, loc. cit., et Maspero, loc. cit., pp. 756 et suiv.
ni même à exploiter, l'énergique intervention de Ramsès III dans les affaires des États syriens 1. Ceux-ci devaient cependant voir un maître paraître un instant chez eux ou sur leurs frontières. Ce maître, qui ne venait pas des rives du Nil mais des bords du Tigre, se nommait Téglath-phalasar IeT, et il était roi d'Assyrie (1115-1100 environ) 2. A partir du milieu du xme siècle avant J.-C, ses prédécesseurs, ayant subjugué le s régions turbulentes qui avoisinaient leur royaume au nord et à l'est, s'étaient attaqués à Babylone avec des alternatives de succès et de revers. Téglath-phalasar la soumet à son sceptre 3. Ce n'est là qu'un couronnement ajouté à de nombreuses victoires. En moins de six ans, il s'était taillé dans l'Asie Antérieure un empire qui s'étendait des montagnes à l'est du Tigre jusqu'au littoral méditerranéen. Pendant les trois premières années de son règne, il écrase le Naïri, ravage la Commagène, bouscule les Hittites, pénètre en Asie mineure. L'an IV, il se jette sur les Ahlamou araméens qui rôdaient dans les steppes le long de l'Euphrate, les culbute, les disperse, les pourchasse jusque du côté de Karkémish, qui gardait le pays des Hittites aux passages de la boucle de l'Euphrate, et, ayant fait traverser le fleuve à ses troupes sur des outres gonflées, opère un pillage rapide, puis rentre à Ninive chargé de butin.
L'année d'après, il reparaît dans cette région, non plus pour un raid précipité, mais pour une véritable campagne. Il triomphe du Mouçri et de la Commagène, massacrant les habitants qui lui résistent, ruinant les villes qui le retardent, imposant des
1. Seul Ramsès IV reçoit un tribut ou des présents apportés par les habitants du Rotanou, Montagne d'Éphraïm et Galilée, Maspero, loc. cit., p. 483, n. 2.
2. On sait qu'il régnait en l'an 1107 avant J.-C, par un détail d'une inscription de Sennachérib qui le mentionne pour la 418e année avant la prise de Babylone en 689; cf. l'inscription sur roche de Bavian, 1. 50, dans Schrader, t. II, p. 119, de l'ouvrage qui va être cité. Les textes relatifs à ce roi sont transcrits et traduits dans Schrader, KeilinschHftliche Bibliotkek, 1. 1 ; ils se répartissent entre un cylindre pp. 14-47 ; une inscription sur roche, pp. 48-49 ; et un obélisque brisé attribué à Ashournaçir-apla (884-860), mais dont la 6e colonne (ire dans Schrader), est généralement rapportée aux chasses de Téglath-phalasar Ier, pp. 122-127. Sur l'histoire de ce roi, voir Maspero, loc. cit., pp. 652 et suiv., ou le résumé de Dhorme, Les Pays Bibliques et V Assyrie, dans Revue Biblique, 1910, pp. 56 et suiv.
3. La soumission de Babylone est mentionnée dans l'histoire synchronique, Schrader, loc. cit., pp. 198-199, où Téglath-phalasar est désigné sous le nom de Tukultiapalikur. Comme il n'en est pas question dans le récit du cylindre qui raconte les campagnes des six premières années, elle doit se placer après l'an VI du règne.