RAPPORTS DE LA SYRIE AVEC L'EGYPTE ET L'ASSYRIE
tributs, déportant des familles d'otages. Ces succès lui ouvrent la route de la Méditerranée, et il atteint enfin la côte. L'éclat de ses armes semble avoir terrifié toute la moitié septentrionale de la Syrie, qu'il parcourt comme en une promenade militaire : A Arwad, il s'embarque sur un navire phénicien, et s'amuse à tuer un requin en pleine mer ; au Liban, il chasse le buffle, tue quatre pièces superbes, et prend vivants des jeunes qu'il veut élever ; il paraît à Palmyre, oasis perdue au milieu du désert de Syrie * ; il s'avance même peut-être jusqu'au fameux promontoire du Nahr-el-Kelb, au delà de Byblos, et pourrait avoir fait graver son nom et résumer ses succès sur un pan de rocher, à côté des inscriptions égyptiennes de Ramsès II 2.
Nous ne savons pas ce que pensèrent de cette avance des Assyriens les cités phéniciennes et les tribus hébraïques. Elles ne furent sans doute pas .sans inquiétude, car l'Egypte ellemême s'en émut. Le pharaon qui régnait alors à Thèbes, ou plutôt quelque prince à demi autonome du Delta 3, expédia, en guise de présents d'amitié ou d'hommage, quelques bêtes de son pays, notamment un crocodile, que Téglath-phalasar montra avec une satisfaction souriante aux gens de son empire. Cette pointe des Assyriens vers la Méditerranée pouvait faire présager leur retour futur contre les États de la côte syrienne ; pour le moment, autant que nous sachions, elle n'eut pas de suite. Ce ne fut qu'une démonstration puissante et grandiose, mais passagère ; elle ne se renouvellera que plus de deux cents ans après, et se terminera, cette fois, par une conquête brutale, où disparaîtront le royaume de Damas et celui d'Israël.
L'envoi de bêtes curieuses que l'Egypte adressa à Téglathphalasar Ier prouve que, si elle n'avait plus la force de revendi-
i. « Ta-ad-mar du pays d'Amourrou » n'est pas mentionnée dans les textes indiqués ci-dessus, mais dans deux inscriptions récemment trouvées à Assour et publiées par O. Schrôder en 1922. Tadmar est le nom assyrien de Palmyre, correspondant à Tadmôr de l'hébreu. Sur ce détail, voir Dhorme, Palmyre dans les textes assyriens, Revue Biblique, 1924, pp. 106-108.