‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 19 sur 137 · UN VOYAGE SUR LA CÔTE SYRIENNE VERS IIOO AVANT J.-C. 2J · texte numérisé non relu

UN VOYAGE SUR LA CÔTE SYRIENNE VERS IIOO AVANT J.-C. 2J

meurtre de ses gens l ! La reine, ébranlée à son tour, arrêta le peuple, et dit à l'Égyptien : « Passe la nuit ! »

Le lendemain, sans doute, comme aux autres fois, Wenamon vit s'ouvrir une éclaircie dans sa destinée errante. Mais nous n'avons plus la suite de ses aventures. Nous devinons seulement qu'il rentra en Egypte, probablement avec le naos où reposait la statue d'Amon-du-Chemin ; elle ne lui avait pas évité tous les malheurs, mais elle l'avait du moins ramené dans sa patrie. Il y trouva assez de loisir et de sérénité d'esprit pour rédiger, avec quelques longueurs, mais non pas sans un certain sens du pittoresque, la relation des péripéties de son long voyage.

Grâce à la multiplicité de ses détails, dont la sincérité candide du narrateur met la vie en relief, ce récit ne présente-t-il pas la plus claire des introductions à l'histoire des rapports internationaux auxquels la royauté naissante va entraîner le peuple d'Israël? Chez celui-ci également, par le trafic, par un mariage royal, par l'assistance militaire, par le rayonnement des arts, par les intrigues politiques, l'Egypte exercera une forte influence. Beaucoup des messagers envoyés par Salomon en Phénicie suivront la même route maritime, relâcheront aux mêmes ports syriens que ce Wenamon. Salomon trouvera auprès d'un roicommerçant le même accueil empressé où se mêlent la courtoisie souriante et la cupidité calculatrice. Les artisans tyriens, peut-être l'une de leurs princesses, apporteront leurs dieux et pratiqueront leur culte à Jérusalem, comme l'Égyptien fait à Byblos. Les Hébreux, ayant appris à piloter des navires phéniciens, se mettront à parcourir les mers, non sans souffrir parfois, comme le messager d'Amon, de la duplicité des hommes et de la méchanceté des éléments. Quel intérêt ne trouverions-nous pas à lire

I. Hiram 1er de Tyr exerçait quelque autorité sur Chypre, en particulier sur la ville de Kittion, qu'il obligea par les armes à payer l'arrière de son tribut, cf., t. III, Salomon, p. 48. On voit, par le discours de Wenamon, qu'au, commencement du XIe siècle, les Phéniciens de Byblos inspiraient déjà aux Chypriotes une sorte de crainte, que l'Égyptien exploite avec esprit à son avantage.

quelque relation d'un voyage à Tarsis ou à Ophir écrite paF un navigateur hébreu ! Les Livres saints, uniquement soucieux de retracer la haute destinée du peuple élu, nous privent trop habituellement de ce qui nous instruirait de sa simple vie humaine. Aussi, tout en cherchant, à leur lumière et sous leur conduite, à comprendre d'abord les vicissitudes de cette mission divine, l'histoire ne doit-elle pas négliger de recueillir partout ces parcelles de réalité qui aident, fussent-elles toutes menues, à mieux entrevoir comment Israël a vécu, dans quelles conditions favorables ou hostiles il a su garder et faire fructifier le dépôt de ses grandes vérités religieuses.

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