II NOTICE SUR L'ABBE DESNOYERS
les exprimer clairement et finement. Il n'était pas de ceux qui font de l'érudition le but de leur vie, il savait que c'était un moyen, le seul d'ailleurs, d'étayer sur des fondements inattaquables les récits qu'il présentait avec agrément au grand public.
Il savait aussi que, comme catholique et comme prêtre, il devait cire plus difficile qu'un autre dans la préparation de son œuvre. Il connaissait les préventions que les incrédules et les adversaires de l'Église entretiennent au sujet des travaux dûs aux plumes ecclésiastiques en matière d'histoire Biblique. Il voulait mettre au service de l'Église V autorité que lui donnaient la probité de son travail et la possession complète du sujet auquel il avait voué sa vie. La connaissance parfaite de la langue, des monuments témoins des antiques civilisations Sémitiques, lui permettait de pénétrer et de comprendre les manières d'agir et de penser des Hébreux. Aussi combien son « Histoire » y gagna-i-elle de vie et de pittoresque.
Une autre des qualités de l'abbé Desnoyers, plus qu'à tout autre indispensable à un prêtre traitant des questions qu'il abordait, était la prudence. Certes il regardait comme un devoir d'honneur de se prononcer sur les questions parfois délicates et épineuses que pouvaient faire surgir ses recherches, mais, modéré et sage, loin de se laisser entraîner par l'attrait d'une découverte ou d'une idée nouvelle il savait avec quelle prudence doit s'édifier une hypothèse ou une théorie et son respect de la vérité scientifique s'alliait tout naturellement à son amour de la religion, à son profond désir de ne heurter aucune susceptibilité digne de respect.
« Il était persuadé, comme on l'a fort bien dit 1, que, sur le terrain scientifique, le savant catholique a droit comme les autres à toute sa liberté et doit le montrer, s'il veut se faire, écouter et s'imposer. Il l'a dit et il l'a pratiqué non sans mérite. Mais il savait en même temps qu'il y a science et science, qu'il
t. P. Cavallera. Bulletin de la Facult • Catholique de Toulouse, 1929» p. [{29.
notice su:; l'abbé DESNOYERS III
faut se défier des engouements trop fréquents et ne point s eu laisser imposer par V opinion ou par la réputation même des plus grands. Il savait aussi que V Église a mission pour nous diriger. Aussi se préoccupait-il d'éclairer ses recherches à la lumière de ses décisions et des données théologiques. Il savait consulter ; loin d'être a priori favorable aux opinions nouvelles, même quand elles recevaient bon accueil dans les milieux catholiques, il ne les adoptait qu'après les avoir sérieusement examinées. »
Les éloges unanimes qui avaient accueilli le Tome I T de « L'Histoire du Peuple Hébreu » l'avaient vivement encouragé à poursuivre son œuvre. Malgré une santé de plus en plus chancelante il avait pu mettre la dernière main à son « Salomon » avant la crise douloureuse qui l'emporta. Il eûi sans doute, s'il eût vécu, complété quelques notes, mais l'œuvre était achevée et nous avons cru que la publier telle qu'elle était le meilleur hommage à rendre à la mémoire de l'historien éminent qui fut aussi une âme très haute et un grand chrétien. C'est aussi, nous le croyons sincèrement, un service rendu à la science catholique et à la science tout court, que de mettre entre les mains du public le résultat de tant d'années de travail consciencieux, de recherches passionnées sous la forme d'une synthèse vivante présenté en un style aussi ferme qu'élégant.
N. B, — Grâce au talent de M, Vignon, nous sommes heureux de donner un fort beau portrait de M. l'abbé L. Desnoyers, nous tenons ici à en remercier l'artiste.