AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR
Il importe, au début de cet ouvrage, de prévenir tout malentendu de la part de lecteurs de bonne foi qui pourraient y chercher ce qu'ils ne trouveront pas. L'auteur n'a pas entendu faire œuvre d'apologétique ni d'édification. Il n'a pas écrit selon une expression connue « ad probandum » mais bien « ad narrandum ». — Le peuple hébreu a vécu dans le temps et dans l'espace comme tous les autres peuples — il a été en contact avec d'autres nations de civilisations fort différentes, aux religions également fort variées. Nous connaissons son histoire par la Bible, par des inscriptions, des monuments figurés émanant de milieux divers. On peut donc — sans méconnaître aucunement le rôle de la Providence au cours des siècles — reconnaître avec Bossuet :
« Dieu a voulu... que le cours des choses humaines eût sa » suite et ses proportions. A la réserve de certains coups » extraordinaires, où Dieu voulait que sa main parût toute » seule, il n'est point arrivé de grand changement qui n'ait
i . L'auteur étant mort au moment de la mise sous presse des tomes II et III, l'éditeur ne s'est pas cru autorisé à rien ajouter au tome I ; c'est donc en tête du tome II qu'il imprime cet avertissement caractérisant l'esprit dans lequel M. Desnoyers a écrit son ouvrage.
\'l AVERTISSEMENT DE i/EDITEU^
» eu ses causes dans les siècles précédents... La vraie science » de l'histoire est de remarquer dans chaque temps ces se- » crêtes dispositions qui ont préparé les grands changements, >: et les conjonctures importantes qui les ont fait arriver.1» Et Bossuet qui, dans les deux premières parties de son Discours, n'avait voulu qu'être érudit et théologien, se révèle, quand il applique cette méthode de recherche aux Empires, le maître d'un Montesquieu et le précurseur des historiens modernes.
De l'histoire, telle que Bossuet la définit, on trouve quelques vestiges dans la Bible, mais des vestiges fort clairsemés. C'est que la plupart des auteurs inspirés ne se proposaient point d'instruire leurs lecteurs sur l'enchaînement des faits historiques de la vie nationale d'Israël, à la manière de Thucydide dans son récit de la guerre du Péloponèse. Assurément beaucoup d'entre eux en étaient capables et quelques-uns l'ont essayé. Mais l'inspiration leur imposait une tout autre tâche, et ils lui auraient été infidèles s'ils ne s'étaient préoccupés de faire ressortir dans leurs livres historiques, surtout, sinon même exclusivement, la part prépondérante que Dieu avait eue dans la conduite des événements. Aussi est-ce une histoire religieuse, ou, comme nous aimons à dire, une « histoire sainte » qu'ils ont écrite. Cette haute préoccupation n'entache d'aucune façon la valeur objective des faits qu'ils racontent, après les avoir judicieusement choisis par rapport à leur but. Oui ne voit qu'ils n'ont envisagé pourtant qu'un côté de l'histoire, le plus beau, le pins édifiant, le plus capable
i. Cf. tome III pp. 279 et seq.