I. — Reprise de l'oppression philistine
La période des Juges se termine avec la judicature de Samuel, et c'est avec lui que commence l'histoire de la royauté l. Personnage religieux de premier plan, Samuel ne joua pas, en qualité de Juge, un rôle politique hors de pair. En refoulant vers leurs plaines de la côte les Philistins qui s'étaient avancés sur les monts d'Ephraïm, il procura bien à son peuple quelques années d'un repos bienfaisant qu'il sut mettre à profit pour raffermir la foi et la confiance en Yahwè ; mais s'il battit les envahisseurs, il ne les écrasa point pour toujours. Son prestige s'étendait sur tout Israël ; il atteignait même le sud de Juda ; mais son ministère de Juge ne s'exerçait guère au delà des bornes d'un étroit canton 2, et ses dons de voyant lui atti-
Sources de ce chapitre: l Samuel, ix-xii. i. Voir La Période des Juges, pp. 221-223 2. I Samuel, vu, 16, 17 ; vin, 1, 2.
30 l'institution de la royauté
raient plus de considération publique qu'ils ne lui conféraient d'autorité nationale. Ce n'était pas lui qui était destiné par Dieu à opérer la libération générale et définitive qui deviendrait pour les Hébreux le principe d'une fière indépendance et d'un développement tout à fait merveilleux.
Samuel ne réussit même pas à conserver les gains de sa victoire jusqu'au terme de ses jours. Dans sa maturité, il avait chassé les Philistins ; vieillard déjà sur le déclin, il éprouva le désappointement de les voir revenir. Ils ne revenaient pas, comme jadis, avec des armées considérables, dont l'arrivée menaçante eût soulevé contre eux tout un peuple ainsi provoqué à vaincre ou à périr. Pareil déploiement de force ne leur était plus nécessaire. Sans crainte à l'égard des Hébreux, qui n'avaient pas de chef capable de les grouper tous pour les conduire à la bataille, ils arrivaient jusqu'au cœur de la Montagne d'Ephraïm par un progrès tranquille, que Samuel n'arrêtait pas.
Leur poussée tenace, pacifique ou brutale selon les occasions, finit par les mettre en mesure de s'y installer en colons, de s'y poser en maîtres, d'y sévir en oppresseurs. En plus d'un endroit, ils exploitaient la terre, engraissaient des troupeaux de bœufs et de moutons 1. A Gabaa de Dieu, à Géba ou à Gabaa de Benjamin, ils établirent des préposés philistins, assistés sans doute d'une petite garnison, et chargés de percevoir les redevances tout en faisant la police 2. Leur corps de troupe circulaient dans la région occupée, pour assurer l'ordre et surveiller
i Lors de la poursuite des Philistins battus par Saiïl, ses gens leur prennent du bétail comme butin, I Samuel, xiv, 32. Ce détail autorise à penser que les Philistins résidaient dans le pays hébreu comme dans une colonie.
2. Cf. I Samuel, x, 5, pour Gabaa de Dieu ; dans ce passage, il convient de lire le singulier neçîbh, « préposé », avec le grec, le syriaque et la Vulgate. C'est un singulier que l'on trouve de même, ibid., xm, 3, pour Gabaa, d'après le grec, pour Géba, d'après l'hébreu. Quant au sens de neçîbh, on peut hésiter entre celui de t préposé », qui est attesté par I Rois, iv, 19, entre autres passages, et celui de « garnison », « poste », qui pourrait se trouver dans I Chroniques, xi, 16. Mais comme dans I Samuel, xm, 23 ; xiv, 1, 4, 6, n, 15, « poste » est rendu par maççâbh, il est plus probable que, dons les textes du même groupe où se trouve neçîbh, ce terme a un sens différent, soit » préposé ». Le sens de « colonne, pilier », que neçîbh a évidemment dans Genèse, xix, 26, où il s'agit de la « colonne de sel », est encore préféré ici par quelques exégètes modernes, qui voient dans cette colonne ou ce pilier, un symbole de la suprématie philistine, ou un trophée de leur victoire sur Israël. Mais il ne semble guère s'accorder avec le verbe « frapper, battre », dont il est le complément dans I Samuel, xni, 3, ce verbe ayant, dans les textes de cette période, une personne pour complément.