ÇÔ SAUL ET DAVID
la dernière grossièreté, et lui intima Tordre d'amener sur le champ David pour être mis à mort. « Pourquoi serait -il mis à mort ? riposta Jonathas ; qu'a-t-il donc fait ? » Rendu furieux par cette question qui ressemblait à un plaidoyer et à un reproche, Saiil brandit sa lance pour en frapper son fils. Jonathas se leva de table en proie à la colère, et sortit sans avoir rien mangé. Il était sûr maintenant que la décision de son père était arrêtée, et que le pire malheur menaçait son ami.
Le lendemain, de bon matin, il se trouvait dans la campagne et s'exerçait au tir de l'arc. Il lança une flèche le plus loin qu'il put, et tandis que son valet courait la ramasser, il criait de toutes ses forces : « La flèche est plus loin que toi. Vite, dépêchetoi ; ne t'arrête pas». David, dans sa cachette, comprit que ces derniers mots étaient pour lui, et qu'il fallait partir. Jonathas ayant renvoyé le valet avec ses armes, il sortit et se prosterna trois fois en s'avançant. Tout en larmes, les deux amis s'embrassèrent, se dirent adieu et se séparèrent. Mais, en s'éloignant, brisés, l'un de l'autre, chacun d'eux sentait pénétrer encore plus avant dans son cœur, avec la ferme volonté de rester fidèle à leur alliance, la mâle douceur de cette amitié qui avait mêlé leurs deux âmes. Il ne l'oublieront point dans la séparation, et David poussera une plainte déchirante en la voyant brutalement finir quand Jonathas tomba, frappé à mort, sur la montagne du Geîboé.
David n'était plus en sûreté.Mais où fuir ? Râmâ était trop près, et Samuel ne le sauverait pas. Passer aux Philistins, c'était renouveler trop tôt une tentative hasardeuse qui ne lui avait pas réussi. Il préféra regagner le territoire de sa tribu : loin de Saùl et près des siens, il échapperait plus facilement au danger, et, au besoin, trouverait des défenseurs. Sa fortune semblait l'abandonner. Il n'était plus qu'un fugitif au sein du royaume qu'il avait sauvé plus d'une fois, et il lui fallait défendre sa vie contre la fureur du roi qui l'avait naguère aimé.