I Samuel, xxn
2. I Samuel, xxi, 5. La pureté rituelle était requise en vue de la participation à une nourriture dont la Divinité avait mystiquement pris sa part. Cette condition se retrouve formulée dans Lévitique, xxiv, 5-9 :seuls les prêtres peuvent consemmef les pains enlevés chaque sabbat, et encore ne doivent-ils le faire que dans le lieu saint. Si ce n'est pas la lettre du précepte que suit Ahimélék, en donnant de ces pains à David, c'en est au moins l'esprit, puisqu'il réclame de lui qu'il soit en état de pureté légale. Il est fait allusion à cet épisode dans l'évangile ( Matthieu, xn, 3. et passages parallèles) mais seulement pour montrer que David et ses cempagrous avaient bien le droit de consommer ces pains réservés aux prêtres, puisque la faim en faisait une nécessité.
La question du prêtre sur la pureté rituelle vise uniquement les rapports sexuel?, qui mettaient dans l'état d'impureté, Lévitique, xv, 16-18, et cf. Excdè, xix, 15 ; voir aussi Hérodote, i, 198, pour les Babyloniens et les Arabes. La réponse de. David montre que, pour lui et ses gens, cette abstinence était de rigueur avant les expéditions. Cette pratique, que l'on retrouve chez nombre de peuples anciens ou primitifs (cf. Schwally, Semitische Kriegsalterîùmer, t. 1, pp. 60 et suiv. ; pour les Arabes du vme siècle, cf. W. R. Smith, The Religion of the Sémites, pp. 455, 483); dérivait de cette idée que la guerre était une entreprise sainte. On trouve une trace de la même pratique dans Deuiéroncme, xxm, 10, n, moins sûrement dans II Samuel, xi, 11. Le reste de la réponse de David est obscur, peut-être en raison de l'état du texte ; les traductions présentées sont diverses. Il y a deux difficultés, l'une dérivant du sens de >Ss, kelî, qui pourrait être, ici « armes », « sac à provisions », ou, par euphémisme, « parties du corps » ; l'autre, dérivant de l'incise bn *pT NlïTl, "mot à mot : « et ceci, un chemin (voyage) profane ». En donnant à >b3 le sens de « sac à provisions », qui est attesté, par exemple, par I Samuel, ix, 7, où il sert à mettre le pain, et par ibid., xvn, 40, 49, où il s'agit de la gibeeière de berger, on pourrait entendre ainsi : au prêtre qui dit n'avoir que « du pain sacré », tfnp Etib et pas « de pain profane », bn Dnb, David répondrait : « Mais certainement nous nous sommes abstenus de femme, comme toujours quand je pars en expédition ; aussi les sacs des garçons sont-ils saints (c'est-à-dire, en état de recevoir du pain saint) ; d'ailleurs s'agirait-il de voyage profane, que, sûrement, aujourd'hui, il deviendrait saint dans le sac (puisque celui-ci est saint), t II y a de l'incohérence dans la fin de cette traduction ; mais l'on voit assez, que si l'on pouvait remplacer « voyage » par « pain », soit "p^ Par Dnlj> on aurait une réponse de David assez acceptable : le sens serait celui-ci : « Nous sommes si bien en état de sainteté rituelle que, même si tu nous donnais du pain profane, il participerait à notre sainteté ». Cette conjecture, qui aurait l'avantage de rendre le texte suffisamment clair, ne peut guère s'appuyer que sur la vague ressemblance des deux mots "pT et cnb en écriture araméenne, et sur ce fait qu'elle reprend, comme il est assez naturel dans une conver-
revenait mieux qu'à tout autre; enfin, dans la simplicité de son cœur, il consulta même Dieu par 1 'éphod pour l'homme le plus détesté du roi. Malheureusement, tout avait été observé par un individu retenu là en vue d'un acte religieux assez difficile à préciser, un nommé Doëg, Édomite d'origine, qui occupait un rang élevé parmi les serviteurs de Saùl, et qui, comme il paraît, détestait David aussi bien que les prêtres. Cet homme néfaste allait bientôt attirer sur le sanctuaire la pire des catastrophes li Saiïl fut déconcerté par cette fuite de David au sein de sa tribu. N'ayant su ni la prévoir ni l'empêcher, il se figura que les siens l'avaient favorisée, et n'aperçut plus que des traîtres autour de lui. Des traîtres, c'était trop dire. Mais il est sûr que Saiil voyait s'éclaireir les rangs de ses fidèles, ou, à tout le moins, faiblir leur attachement, depuis que David avait paru. Tout ce qui lui manquait de liant dans le caractère, David le possédait à un rare degré, et, comme sa jeunesse lui donnait on ne savait quel charme plein d'insouciance et dépourvu de prétention, il gagnait les cœurs avant qu'on eût trouvé la moindre raison de se mettre en garde contre sa séduction. Parmi ceux qu'il s'était ainsi très vite attachés, et, qui, dans les rêves dorés d'une admiration affectueuse, pronostiquaient pour lui la plus haute destinée, les yahwéistes fervents ne devaient pas manquer. Ils le distinguaient de tous pour ce quelque chose de délicat et de tendre qu'il mettait dans sa piété, et le préféraient à Saûl, dont la foi
sation, les mots Sn "anS, lits par le prêtre ; mais il faut avouer qu'elle n'a pas d'appui dans le texte des versions. Pour d'autres interprétations, voir les commentaires. E'îes ont, en général, l'inconvénient de supposer « un voyage profane », ce qui ne cadre pas avec les premières paroles de David, qui a précisément déclaré que lui et ses gens avaient pris le soin de rester en état de sainteté rituelle ; ils entre- > • enaient donc une expédition sacrée.
; i. L'hostilité de Doëg à l'égard de David paraît indiquée par I Samuel, xxn, 22. j II y a quelque incertitude sur le nom et le pays d'origine de Doëg. Au lieu de c Doëg », il est nommé « Dôyég » dans le ke?hîbh de I Samuel, xxn, 18, 22 ; cette forme est aramatsante ; or il se trouve que ibid.. xxi, 7, au lieu de « Édomite », le grec B, A et Josèphe ont « Syrien », soit « Araméen » ; la confusion entre DTK et aïs 'cf. La Période des Juges, p. 132, n. 2) est assez fréquente pour expliquer |la m^orise ; mais on ne voit pas de quel côté doit être, ici, la vraie lecture. De même, jsa fonction dans l'entourage de Saiil est exprimée par « le vaillant des bergers » dans l'hébreu, « le pâtre des ânesses » dans le grec. Plusieurs exégètes veulent faire ide lui le « vaillant des coureurs », en corrigeant n>7l, ro'im, en n>si. rdçim. jL'expression serait plus acceptable, en effet ; mais d'après I Samuel, xxn, 17, n 'semble bien, par le contexte, que Doëg n'était pas compris parmi les coureurs de S l'il. — Sur la orésence, apparemment forcée, de Doëg au sanctuaire de Nôb, voir, Saîomon. p. 20? n. 3.