DAVJD AU SERVICE DES PHILISTINS II
du sud, dans l'espoir de l'immobiliser à leur profit et d'avoir par là leurs coudées franches pour se jeter sur Saùl, ne lui avaient pas fait connaître plus ou moins clairement qu'ils étaient disposés à louer les services de sa bande ? C'est la meilleure politique qui puisse être suivie dans ces pays et les rôdeurs, souvent acculés à la faim ou à la déroute, n'hésitent pas à changer quelquefois de camp.
Toujours est -il que David vint s'établir avec ses compagnons chez Akhish, fils de Maohk, roi de Gath, l'un des cinq serin philistins l. Il devenait ainsi son gêr, ou hôte domicilié,ayant droit à sa protection mais tenu, en retour, de lui rendre service. C'était contre lui surtout qu'il avait jusqu'alors combattu, et voici que, néanmoins, il lui offrait mieux que la paix, puisqu'il lui apportait le secours de ses armes. Cette confiance hardie, ce désintéressement apparent de la cause d'Israël, Akhish ne crut pas les payer trop cher au prix d'une cession de territoire. Il aliéna à son ancien ennemi, devenu maintenant son vassal, la ville et les dépendances de Çiqlagh, située entre Gaza et Bersabée 2. Ainsi il n'avait ni à sa charge ni trop près de lui ces soudards toujours un peu inquiétants, et, du même coup, il constituait habilement, aux confins de son propre pays, une marche occupée par de vaillants routiers, qui le protégeraient contre les incursions des pillards du midi.
David ne se fit point faute d'accomplir cette dernière partie de son programme. Il n'écartait pas seulement les pillards ; il allait les razzier chez eux. De Têlam à la frontière égyptienne, il saccageait les villages, les douars et les oasis qui appartenaient aux Amalécites, aux Geshourites, aux Girzites 3, raflait les
1. Sur ces deux noms propres et sur le titre de sérén, voir La Période des Juges, p. 50, n. i et p. 49, n. 2.
2. Çiqlagh ou Siceleg se trouvait dans le Négéb de Juda (Josué, xv, 31) ou de Siraéon (ibid., xix, 5). On l'identifie, sans grande assurance, avec Khirbet Zouheilîqa, à une vingtaine de kilomètres vers le sud-est de Gaza, qui serait plutôt dans la Shephêlâ, ou avec Khalaça, entre Bersabée et Rehoboth, qui n'offre guère de rapport onomastique, et qui, du reste, est trop au sud, car, d'après Néhémie, xn, 28-30, Çiqlagh paraît avoir été située au nord de Bersabée.
3. L'existence des Geshourites dans la portion sud-ouest de Canaan est attestée, en plus du présent passage, par Josué, xiii, 2, qui les place au voisinage des Philistins. Il existait d'autres Geshourites dans ie nord de Canaan, entre le Galaad et l'Hermon ; ils devaient être araméens, car ils sont toujours cités avec Maakhâ (sur cette principauté araméeuae, voir, ci-dessus, p. 19), Deutèronome, ni, 14 ; Josué,
moutons et les bœufs, les ânes et les chameaux, les hardes et autres objets faciles à emporter, et, faisant une guerre sans quartier contre ces ennemis héréditaires de Juda, mettait à mort les hommes et les femmes qu'il pouvait saisir 1. S'il s'était résigné à être transfuge, il lui répugnait de se conduire en traître.
Ce n'était pas là précisément ce que son maître attendait de lui. Il comptait plutôt que David, ayant eu trop de choses à souffrir dans son pays, n'aurait aucun scrupule à y semer la dévastation, et qu'il se fermerait ainsi toute porte pour y rentrer. On voit qu'il se trompait du tout au tout. Du reste, David s'appliquait de son mieux à le maintenir dans l'erreur. Quand il se présentait devant lui après ses coups de main, afin de lui rendre compte de ses opérations et de lui remettre sans doute une part de son butin, Akhish lui demandait chez quelle tribu il avait travaillé, et chaque fois David répondait effrontément : « Au Négéb de Juda », ou « Au Négéb de Yerahmeèl », ou encore « au Négéb des Qênites », ces deux dernières tribus étant, comme on l'a vu, des alliés de Juda 2. Akhish le croyait, ou feignait de
xii, 5 ; xm, ii, 13. Y avait-il un rapport entre les Geshourites du sud et ceux du nord ? On ne sait. En tout cas, un rapport quelconque pouvait exister, comme il en existait un entre Dan de la Montagne d'Ephraïm et Dan du haut Jourdain, à peine moins distants l'un de l'autre. ■ — Les Girzites nous sont inconnus par ailleurs ; ce n'est pas une raison, apparemment, pour les transformer en une peuplade mieux connue, ni même pour en faire des Gézérites, avec le qcrê, tout au moins s'il devait s'agir des habitants de la ville de Gézér, au sud-est de Jaffa, qui est sûrement hors de cause ici. L'omission de cette tribu par B pourrait s'expliquer par la ressemblance de son nom avec Geshouri, qui le précède, l'addition d'un terme uniquement employé ici ne s'expliquant guère.
1. Avant de juger la conduite sévère de David envers ceux qu'il razziait, il ne faut pas oublier qu'il mettait à mort ceux qui n'avaient pas pris la fuite, et ces nomades ou semi-nomades, vivant par nécessité sur le qui-vive, ne se laissaient pas toujours aisément cerner et prendre. Il ne faut pas oublier, non plus, que David s'attaquait à des ennemis d'Israël, qu'il faisait donc une véritable guerre, et non de simples expéditions de rapine. Sur ce point, voir I Samuel, xxx, 26, où les Amalécites, qui sont en cause ici également, sont désignés comme « des ennemis de Yahwè », c'est-à-dire, d'un autre point de vue, des ennemis du peuple hébreu. Voir aussi dans Jaussen, Coutumes des Arabes au pays de Moab, p. 165, la définition de la razzia d'après les Arabes eux-mêmes ; « une incursion à main armée, sur un territoire ennemi... » La razzia ainsi comprise s'opère selon des usages qui ont force de loi pour les Bédouins. Elle peut, d'ailleurs, dégénérer en guerre s'il y a eu du sang versé. On trouvera, ibid., pp. 165-180, sur la razzia et sur la guerre, d'intéressants détails qui feront connaître et juger avec un esprit plus équitable un stade de civilisation différent du nôtre, mais analogue à celui du temps de David.
2. La Période des Juges, pp. 72, 73. — L'étendue du Négéb de Juda se déduit de Josué, xv, 21-32 ; il s'étendait de Ziph à Bersabée et englobait Çiqlagh. On voit assez, ne serait-ce que par la mention de Çiqlagh, restée aux mains des Philistins jusqu'à David, que cette description est soit théorique, soit tardive ; on le voit ausii
le croire ; c'était assez pour lui que David ne fût pas venu le piller lui-même.
La renommée du jeune chef grandissait cependant, même chez les Hébreux qu'il venait de quitter. Aussi, de nouveaux guerriers, désireux de partager sa gloire et ses profits, arrivaient -ils vers lui jusque dans sa lointaine résidence de Çiqlagh. C'est ainsi qu'une vingtaine de Benjaminites, abandonnant Saûl, dont ils étaient pourtant parents, vinrent mettre au service de son rival leur habileté à tirer les flèches et à lancer les pierres aussi bien de la main gauche que de la droite. L'un d'eux mérita par sa bravoure de devenir membre du corps des Trente. 1
Il y avait à peu près un an que David menait cette existence de transfuge fidèle à son pays, lorsque les Philistins, ses maîtres, s'enhardirent à projeter une grande campagne contre lesHébreux. Délaissant, pour le moment, leur tactique d'incursions bornées à un canton et au pillage, ils résolurent d'occuper la grande route qui, par la plaine de Yizreël et celle de Beth-shean, gagnait les plateaux de l'Outre- Jourdain et les plaines de Basan, pour atteindre enfin Damas, où se rencontraient des caravanes venant de l'Orient tout entier. S'ils réussissaient dans cette vaste entre prise, c'en était fait, on le pouvait craindre, de la prospérité commençante du jeune royaume de Saûl, de l'union, déjà presque complète, des tribus hébraïques, peut-être même de l'indépendance du peuple d'Israël. Les Hébreux de la Galilée et ceux de l'Outre- Jourdain seraient partiellement isolés du foyer de la nation, qui se trouva toujours dans les régions montagneuses
pour celle de la Shephêlâ de Juda, où sont comprises les villes philistines d'Ekron, Asdod, Gaza. De pareilles listes, qui ont dû être commencées de très bonne heure, ont subi le contre coup des vicissitudes de l'histoire ou des idées avant d'être arrêtées à la forme où elles se présentent à nous. — Le Kégéb des Qênites semble devoir être placé au sud de la ville d'Arad, située entre Bersabée et la Mer Morte ; celui de Yerahmaël, dans le voisinage, un peu plus au sud, par exemple vers le ouâdy Rabama, à l'est de Rehoboth, dans le nom duquel Palmer pense qu'on peut retrouver un vestige du nom de Yerahmeël.
i. I Chronique, xn, 1-7. L'un deux, Yishmayâ, devint gihbôr des Trente (voir, ci-dessous, p. 239) ; la différence de son nom et celle de son pays d'origine, Gabaon, ne permettent pas de le confondre avec Shammâ, l'un des Trois, II Samuel, xxm, n, malgré les mots « sur les Trente » qui suivent sa mention dans I Chroniques, xn, 4 ; ces mots, s'ils désignent un grade, n'impliquent pas le rang d'honneur parmi les Trois. Les Manassites vinrent vers David au moment du départ pour la campagne contre Savil, dont il va être question.
centrales à l'ouest du fleuve. Les grasses plaines de Yizreël, de Beth-shean, du haut Ghôr, les pâturages et les forêts du Basan, seraient occupés, ou, tout au moins, taxés et exploités par les envahisseurs. Les grandes places fortifiées qui jalonnaient la route du trafic ne viendraient pas, de longtemps, arrondir les possessions d'Israël, qui n'était guère encore qu'un peuple de campagnards et de bergers. Enfin, les marchands d'Egypte, de Phénicie, de Syrie, passant aux portes du pays et n'y pénétrant guère, Israël resterait plongé dans sa médiocrité.
Afin de conjurer ce grave danger et de sauver son œuvre compromise, Saiil, apprenant que les Philistins mobilisaient leurs forces rassembla aussitôt les siennes, et vint occuper le seuil étroit qui ferme, au sud-est, la plaine de Yizreël. Campé près d'une source voisine de la ville de Yizreël, il espérait pouvoir barrer, en cet endroit facile à défendre, la route aux Philistins 1.
Ceux-ci, cependant, concentraient les contingents de leurs cinq principautés à leur base habituelle d'Aphek, ville de la plaine côtière, d'où tant de fois déjà, ils étaient montés au pillage dans la Montagne d'Éphraïm 2. David se trouvait parmi
i. C'est en combinant deux textes, d'origine d'ailleurs distincte, que l'on est amené à fixer la double position d'attente de Saiil d'abord près de Yizreël, puis au Gelboé ; cf. I Samuel, xxvni, 4, et xxxi, 1. Ces deux textes permettent également de fixer deux étapes de l'avance des Philistins, Sounam et Aphek. « La source qui est à Yizreël » pourrait être 'Aïn Djaloûd, qui se trouve un peu à l'est de Beth-shean.
2. Il y a tout lieu de croire que l' Aphek mentionnée par I Samuel, xxix, 1, est bien celle de la plaine du Saron (voir La Période des Juges, p. 217, n. 1), et non celle qui devait se trouver dans la plaine de Yizreël d'après I Rois, xx, 26. Si David, en effet, est de retour à Çiqlagh, trois jours seulement après avoir été congédié de l'armée philistine rassemblée à Aphek (I Samuel, xxx, 1), ce court laps de temps se rapporte mieux à la plus méridionale des deux Aphek. De plus, ibid., xxix 11, il est dit que, après le départ de David, « les Philistins montèrent à Yizreël », ce qui s'entend mieux s'il s'agit de l'Aphek de la plaine côtière que de l'autre ; si celle-ci était dans la plaine de Yizreël, on montait à peine pour atteindre la ville de Yizreël ; si elle était sur les hauteurs du pourtour de la plaine, on en serait descendu. L'hypothèse de Tolkowsky (citée par Revue Biblique, 1923, p. 158), qui identifie Aphek de I Samuel, iv, 1 ; xxix, 4 ; I Rois, xx, 26, avec Fouqoû'a, village actuel du Mont Gelboé, paraît très peu défendable. D'une part, en effet, le nom moderne se termine par une gutturale dure étrangère à l'hébreu psN, 'âpkêq, et qui ne saurait provenir d'une métathèse, puisque l'hébreu commence par une gutturale douce. D'autre part cette localisation ne convient à aucune des trois situations .décrites par les trois textes cités. Pas à la première, puisque les Philistins étant concentrées à Aphek, les Hébreux le sont près d'Ébén-hâ'ézér, qui se trouvait au voisinage de Béthel, et que Héli attendait des nouvelles du coté de Miçpâ, au sud (I Samuel, iv, 13, corrigé). Pas à la seconde, puisque, comme on vient de le dire, les Philistins « montent » d'Aphek à la plaine de Yizreël Pas à la troisième, puisque les Araméens offraient le combat en plaine, I Rois, xx, 23.
S'il s'agit bien de l'Aphek du Saron, on peut s'étonner à bon droit que Saiil ne
eux avec sa bande, que venaient de rejoindre quelques chefs manassites : il était contraint par sa qualité de vassal à épouser les querelles de son maître et à prêter ses armes à ces païens, même contre son roi et contre ses frères. Il semblait se mettre en campagne d'un cœur allègre et décidé, si bien que, poussant la confiance à l'extrême, Akhish lui promit de l'élever à la dignité de chef de sa garde : les étrangers ont eu très souvent, au cours des siècles, le privilège de protéger les rois contre leurs sujets ; David, devenu roi, n 'enrôler a-t -il pas des Philistins pour le défendre ? Mais les autres sérén, voyant ces Hébreux à l 'arrièregarde et apprenant que c'était la bande de David, ne partagèrent point la confiance vraiment un peu naïve de leur collègue. Ils ne voulurent point dans leurs rangs de ces auxiliaires douteux, ni de ce chef trop chanté, qui se réconcilieraient avec Saul, en faisant défection au milieu du combat *. Akhish s'excusa avec embarras et avec chaleur d'avoir à faire exécuter cette décision qui l 'étonnait ; à quelques heures seulement de la bataille, David dut se retirer. Il partit en faisant sonner très haut son indignation pour un affront aussi injustifié. Au vrai, et il le sentit sûrement, ce renvoi le sauvait d'un mauvais pas 2.
Il lui permit, au surplus de réparer un désastre. Mettant à profit son absence, les Amalécites avaient poussé j usqu'à Çiqlagh une tournée de pillage qui les avait conduits dans le Négéb des Cretois et dans celui des Calébites 3. Se vengeant d'un seul coup
soit pas veau, comme le fit plus tard Josias pour les Egyptiens (II Rois, xxm, 29), attendre les Philistins aux passages de Megiddo et de Taanakh, par où l'on montait d'une plaine à l'autre, au lieu de s'acculer au fond oriental de la plaine. Peut-être pourrait-on supposer que la majeure partie de la plaine de Yizreël était encore surveillée, sinon possédée, par les Zakkalas de Dôr et par les Cananéens des grandes villes fortifiées ; ceux-là, par sympathie pour les Philistins, Égéens d'origine comme eux, ceux-ci par haine pour les Hébreux, auraient bien pu prêter leur concours aux ennemis qui marchaient alors contre Saul. Au surplus, il y a tout lieu de croire que la situation décrite par Juges, i, 27-33» suppose un affermissement d'Israël, que Salil ne devait pas encore avoir réalisé.
i. Les Philistins pouvaient se souvenir aussi que les auxiliaires hébreux enrôlés de force par eux quelques années plus tôt avaient fait défection au moment où Saul avait donné le signal de la révolte, I Samuel, xiv, 21. — Sur les Manassites qui rejoignent alors David, cf. I Chroniques xn, 19.
2. Il est tout à fait oiseux, faute d'indications, d'imaginer comment David aurait pu se conduire s'il n'avait pas été renvoyé de l'armée philistine. Remarquons plutôt la discrète ironie des conteurs hébreux à l'égard d' Akhish ; tous les textes où il paraît se plaisent à faire entendre comment sa naïveté fut habilement jouée.
3. Le Négéb des Cretois, alliés des Philistins, devait se trouver non loin du terri-
de plus d'une année de déprédations, ils avaient ravagé, pillé, incendié la résidence de David, puis emmené les femmes et les enfants pour en faire des esclaves qui les serviraient ou qu'ils vendraient aux caravanes d'Egypte et d'Arabie. Trois jours après avoir quitté l'armée des Philistins, David et ses hommes arrivaient à leur ville ; elle n'était plus que ruines et cendres ; il ne s'y trouvait plus âme qui vive.
Au spectacle de cette dévastation imprévue, ce ne furent d'abord que cris et gémissements. Puis, le premier émoi de la désolation passé, on s'en prit à David ; il faillit être lapidé. Sa situation devenait angoissante. Mais, reprenant de la force en Yahwé son Dieu, il appela le prêtre Abyatar pour consulter fephod. Sur la réponse des sorts sacrés, qui lui prédirent le succès de la poursuite, il entraîna les deux tiers de sa bande aux trousses des ravisseurs amalécites, dont il reconnaissait trop bien l'ouvrage. Chemin faisant, ses hommes trouvèrent un Egyptien, à moitié mort de soif et de faim. Ils le restaurèrent, et, quand il eut repris ses sens, David l'interrogea. C'était l'esclave d'un Amalécite, que son maître avait abandonné, parce qu'il était malade et incapable de suivre les pillards. Il fournit des détails sur les opérations de la razzia, et consentit à servir de guide si on lui jurait de l'épargner et de ne pas le rendre à son maître1. Grâce à lui, David tombait bientôt à l'improviste sur les Amalécites, tout absorbés dans une paisible bombance. Deux jours durant, il les traqua et les massacra. Seuls des jeunes gens échappèrent au carnage en sautant sur leurs chameaux, qui les emportèrent rapidement sans qu'on pût les poursuivre.
Tous les prisonniers hébreux étaient vivants ; chacun eut la joie de retrouver les siens. Enfin on se mit en marche pour regagner Çiqlagh, en poussant les nombreux troupeaux de moutons et de bœufs saisis dans la contre-razzia. Mais l'aubaine de ce butin faillit à son tour amener un conflit, car ceux qui avaient combattu refusaient de la partager avec les traînards
toire de ce dernier, à peu près entre Rehoboth et Raphia ou Gaza ; le Négéb de Caleb, notablement au sud d'Hébron.
x. Sur l'importance du guide poux la razzia, voir Jaussen> Coutumes des Arabes mis pays de Moab, pp. 171, 172.
restés au ouâdy Besôr pour garder les bagages1. David dut supplier les mécontents de ne pas offenser par leur égoïsme Yahwè, qui les avait aidés, et mettre en jeu son ascendant, renouvelé par cette victoire, pour apaiser leur convoitise. Il décida que tous avaient droit à une part égale ; telle fut désormais la coutume en Israël dans le partage des dépouilles 3.
Sur sa part de chef, qui était la plus grande, David préleva une portion importante pour servir de cadeaux. En bon patriote qu'il voulait rester, il fit don de ce butin « des ennemis de Yahwè » aux cheikhs de Juda, aux tribus de Caleb, de Yerahmeèl, de Qayin, à des villes qui s'échelonnaient d'Hébron aux confins du désert, à tous ceux, en un mot, qui se rattachaient à lui par les liens du sang, des alliances, de l'amitié, et qui lui avaient fait bon accueil aux jours de sa vie errante 3.
i. Ce ouâdy Besôr devait se trouver au sud de Çiqlagh, puisque !a poursuite avait, pour direction le territoire d'Amaleq. Dans le cas où Khirbet Zouheilîqa représenterait bien Çiqlagh, le ouâdy Besôr pourrait être identifié au ouâdy esh-Sherî'a ou au ouâdy es-SébaM qui se réunissent avant de se jeter dans la Méditerranée un peu au sud de Gaza. A. Musil propose de retrouver tout au moins le nom de Besôr dans celui de la colline peu élevée de Qôz al-Baçal, à mi-chemin entre Bersabée et la Méditerranée, sur le milieu de la rive droite du ouâdy en-Nâr, affluent de droite du ouâdy es-Séba*. La situation conviendrait parfaitement, et le ouâdy en-Nâr serait le ouâdy Besôr. Quant au nom actuel al-Baçal, s'il représente le BacreXov de Josèphe, Antiquiiatcs judaicae, vi, 14, 6, il répond moins bien à l'hébreu Besôr où, sans doute, r finale pourrait être devenue l, mais où l'on a une sifflante simple s au lieu de la sifflante emphatique ç de l'arabe. Sur cette identification, cf. A. Musil, Arabia Petraea, t. II, Edom, 2, pp 63, 64, et 245, n. 5.
2. Le rapport entre cette manière de partager le butin (I Samuel, xxx, 24, 25) et celle qui est réglée par Moïse, d'après Nombres, xxxi, 27, n'est pas aussi clair qu'on le dit parfois. Ici, le butin doit être réparti entre l'armée et 0 l'assemblée » non combattante, l'une et l'autre devant remettre une portion de leur lot aux prêtres. Là, le butin revient entièrement à des gens qui ont tous pris part à la razzia, les uns comme combattants, les autres comme gardiens des bagages ; dans ce milieu de la bande de David, du reste, il n'y avait que des hommes d'armes. Il faut convenir plutôt que la mesure prise par David, qui, au dire du texte, resta longtemps en vigueur dans l'armée, ne s'harmonise point avec la mesure édictée par Moïse d'après Nombres ; et que c^lie-ci présente un caractère très théorique, avec une tendance sacerdotale accusée qui manque à l'autre.
3. I Samuel, xxx, 2Ô-3r. Plusieurs des noms de ces villes ont beaucoup souffert dans leur transmission textuelle. En voici les restitutions probables ou certaines avec l'identification moderne lorsqu'elle peut s'établir.
Verset 27 : Béthel, qui ne peut être la ville sainte de la Montagne d'Ephraïm pourrait être la Béthel de Josué, xv, 30 (grec B), située dans le Négéb de Juda, ou la Bethoul de ibid., xix, 4, placée dans le territoire de Siméon ; Béthel ou Bethouî doivent représenter la même ville, car, dans les deux passages, l'une et l'autre sont nommées entre Elthôlad (=?) et Hormâ (voir au verset 30). Ce doit être aussi la même que Bethoûel, nommée par I Chroniques, iv, 30, comme se trouvant entre Thôlad ( — Elthôlad) et Hormâ, dans le territoire de Siméon. Ces rapprochements
C'est donc parmi ces habitants, encore semi-nomades en partie, du sud de Juda et des Négébs, que David possédait ses meilleurs partisans. L'admiration affectueuse qu'on lui avait d'abord
concordant malgré les légères variations de nom, doivent faire garder Béthel, ou l'une des deux autres formes voisines, de préférence à Beth-çour, que présente ici le grec B. — Rârnôth, ou Râmath (grec et Josué, xix, 8) du Négéb appartenait aussi à Siméon ; dans le passage de Josué, on a un nom étrangement long, Baalath-beêrrâmath-néghébh, « Dame-du-Puits-hauteur-du-Midi », alors que le passage parallèle de I Chroniques, iy, 33, porte simplement « Baal » ; peut-être le second nom « Râmath du Négéb » avait-il été substitué au nom trop païen de « Baalath du Puits », ces deux noms ayant été conservés dans Josué. Dans ce dernier passage, la ville semble avoir été assez loin du centre du territoire siméonite. Hauser pense que l'on pourrait ainsi placer Beêr à el Birein, au sud de Siméon. — Yattir est généralement identifiée d'après Onomasticon (Klostermann, p. 108, 11. 1-4; p. 110, 1. 17) qui la place à vingt mille d'Éleuthéropolis, avec Khirbet 'Attir, entre Hébron et Bersabée ; le nom actuel, avec y, correspondrait mieux avec la forme grecque re66o'p, que donne ici le grec B. Cette ville était dans la Montagne de Juda, Josué, xv, 48.
Verset 28 : 'Ar'ârâ (corrigé d'après une correction de Josué, xv, 22), ville du Négéb de Juda, est aujourd'hui la ville de même nom à quelque trente kilomètres au sud-est de Bersabée. — Siphemôth n'est pas connue. — Eshtemôa, ville de la Montagne de Juda, pourrait être Es-Semoû'a, au sud d'Hébron, à la hauteur de Ma'in.
Verset 29 : Carmel (d'après le grec) et Yerahmeël sont déjà connus. — Les Qênites sont remplacés, dans le grec, par les Qenizzites; ils sont connus. Voir La Peiiode des Juges, à l'index.
Verset 30 : Hormâ, comme on l'a vu au verset 27, à propos de Béthel, appartenait à Siméon, et se trouvait dans le Négéb de Juda. Son nom primitif était Çephat, d'après Juges, 1, 17. On l'identifie parfois avec Khirbet es-Sbeyta, à environ quarante kilomètres au sud de Bersabée. Mais si cette orthographe moderne est exacte (elle est donnée par A.Musil, dans Arabia Petraea, t. II, Edom, 2, p. 268), elle ne saurait guère reproduire l'orthographe hébraïque, dont elle n'aurait gardé aucune des trois consonnes. D'autres topographes en retrouvent du moins le nom au passage Naqb eç-Çafâ, sur la route de Pétra à Hébron, soit à mi-chemin entre es-Sbeyta et la pointe sud de la Mer Morte.
Cette seconde identification pourrait être confirmée par Nombres, xxi, 1, du moins si l'on corrigeait « Athârîm » en « Temârîm », et qu'on vît dans ce dernier mot une allusion à la ville de Thamar (= Kournoub) voisine de Naqb eç-Çafâ. Observons qu'on pourrait retrouver le même groupe topographique dans Juges, 1, 16, 17, où l'on a « la ville des Temârîm », ou des Palmiers (qu'on identifie plus couramment avec Jéricho), Çephat et Hormâ. Toutefois ces deux identifications semblent placer Hormâ beaucoup plus au sud que ne le comporteraient des textes comme Nombres, xiv, 45 ; xxi, 3; Deutéronome, 1, 44, qui, à propos de cette ville, parlent de Cananéens (les deux premiers passages) et d'Amorrhéens (le troisième) ; et les listes de villes de Josué, xii, 14 ; xv, 30 ; xix, 4, placent elles aussi, Hormâ plus au nord, à en juger par les noms de villes plus connues qui l'avoisinent. Elle pourrait, dans ces conditions, être cherchée aux environs de Bersabée. A titre d'hypothèse, on signalerait le nom de Oummou Hroum, de la carte de Musil, à cinq kilomètres environ au nord de Bersabée («= Kh. 'Omri, de la carte Legendre) ; mais Musil ne donne aucun détail archéologique sur cette localité — Bôr-'âshân renferme sans doute, dans son nom composé avec Bôr, « Puits de », le nom de 'Ashân, ville de la Shephêlâ ou Plaine de Juda, Josué, xv, 42, mais appartenant à Siméon, ibid., xix, 7. On ne peut l'identifier avec 'Asan, au nord de Bersabée, qui est sur la ligne de crête, et, par suite, dans la Montagne, ou mieux dans le Négéb et non pas dans la Shephêlâ. ■ — 'Athâkh se trouvait aussi dans la Shephêlâ de Juda, Josué, xv, 42 (texte grec B) ; mais ici l'hébreu porte 'Ethér, de même que, ibid., xix, 7, l'hébreu et le grec. En somme, on ne sait pas s'il faut chercher cette ville de Athâkh dans les passages ci-dessus. Hébron est déjà connue.