LES PHILISTINS ECRASENT SAÛL I3I
Samuel, se prosterna. Un dialogue lugubre s'établit. L'ombre se plaignait d'avoir été troublée dans son repos. Saul, exposant la détresse où le plongeait la menace des Philistins, lui demandait de lui indiquer ce qu'il devait faire. La réponse fut sinistre. Yahwè rejetait le roi, qui avait épargné Amaleq ; le lendemain, Israël serait écrasé, et Saiïl avec ses fils rejoindrait Samuel au séjour des morts. L'ombre se tut. Le roi, qui n'avait rien mangé de tout le jour, tomba sur le sol, terrifié et défaillant. La femme et les serviteurs finirent, à force d'instance, par lui faire accepter de prendre quelque nourriture. En toute hâte, la nécromancienne tua son veau gras, pétrit de la farine, et servit ses hôtes. Quand ils eurent mangé, ils se levèrent, et partirent pendant qu'il faisait encore nuit.
Avant même d'engager le combat Saul était vaincu. Les Hébreux lâchèrent pied, furent refoulés sur leur base du Gelboé, et prirent la fuite. Les Philistins s'acharnèrent après le roi et ses fils, Jonathas, Abinadab, Malkishoua. Les trois jeunes gens tombèrent tandis que Saul continuait à fuir. Mais il ne put échapper à son destin. Les archers ennemis le dépistèrent, et se lancèrent à sa poursuite. Sur le point d'être pris, peut-être blessé d'une flèche au ventre, il commanda à son porteur d'armes de l'achever, pour ne pas devenir le jouet des incirconcis 1. Mais cet homme n'osa point. Saul se jeta sur son glaive et mourut. Son compagnon l'imita.
de la terre, Isaie, xxix, 4 ; les 'ôbk et les yidde'ônî ont un parler qui ressemble au pépiement des moineaux (*]ssx), à un bourdonnement (n>ana), ibid., et vin, 19, et ils sont associés, ibid., xix, 3, à des « murmurants » (n>19N)> qui sont aussi des gens que l'on consulte. Tout cela rend très vraisemblable l'interprétation des Septante qui ont traduit 'ôbh par « ventriloque ». Toutefois, cette interprétation assez radicale n'implique pas que, pour les Hébreux, tout l'art du spirite consistait à faire venir sa voix du sol ou d'un autre endroit ; mais ils devaient penser plutôt que Ce parler étrange avait pour origine l'action ou la présence d'un esprit dans un sujet apte à le recevoir et à lui servir d'organe de la parole.
Dans la scène d'Endôr, si on la comprend d'après ces données bibliques, Saul, qui ne voit pas Samuel, cause pourtant avec lui, mais par l'intermédiaire de la femme, qui est une spécialiste de ces médiations. La question de supercherie ne se pose pas pour l'auteur du présent récit ; et, au contraire, la prophétie de Samuel qu'il rapporte montre assez qu'il considérait comme réelle l'évocation du prophète mort. On retrouve la même conviction chez l'auteur de I Chroniques, x, 13, et chez celui de Eccelésiastique, xlvi, 23. Sur les discussions relatives à ce fait, voir Dictionnaire de la Bible, t. II, coll. 2129-2131. Sur les esprits voir, en particulier, Driver, Deutercnomy, 2e édition, pp. 225, 226, et Encyclopaedia Biblica, coll. 1120, liai.
1. Abimélék, fils de Gédéon, blessé mortellement à la tête, se fait achever par son porteur d'armes, pour ne pas mourir de la main d'une femme, Juges, ix, 54.
Cette défaite prit rapidement les proportions d'un désastre. Les Philistins se répandirent dans les villes des deux grandes plaines et des bords du Jourdain, chassant devant eux les Hébreux affolés l. La Montagne d'Éphraïm les verra bientôt reparaître. En attendant, ils occupent Beth-shean. Cette ville était au nord du Ghôr, comme le pendant de Jéricho, au sud, pour la richesse du sol et l'importance de la situation à proximité des gués. Mais elle la surpassait beaucoup par l'intensité de son transit. Etablie sur une colline élevée qui domine toute la plaine, elle avait échappé à la conquête israélite. Toutefois, si les Cananéens en demeuraient encore les maîtres, ils furent contraints, peut-être précisément à la suite de cette grande victoire, d'accueillir dans leurs murs un groupe important de ces « Peuples de la mer », dont faisaient partie les Philistins, et qui, vers 1200 avant J.-C, s'étaient installés en Canaan 2. Des Philistins, en effet, ou de leurs congénères, ont laissé, aux nécropoles de Beth-shean, une trace parlante de leur séjour, dans des jarres funéraires, assez longues pour contenir un cadavre, et dont la partie supérieure porte un masque surmonté de la couronne de plumes dressées, leur coiffure caractéristique 3. Tant que ces étrangers, Cananéens ou Egéens, demeuraient pacifiques, Israël s'accommodait de leur présence, et ne perdait pas son unité, en dépit de ces puissants îlots païens qui parsemaient son territoire. Mais maintenant qu'ils venaient de rétablir victorieusement leur suprématie hostile de la baie d'Acre jusqu'au
1. I Samuel, xxxi, 7, dit que la panique se mit parmi les Israélites de «l'au delà de la Plaine » et de « l'au delà du Jourdain » ; le passage parallèle de I Chroniques, x, 7, parle simplement des Israélites « de la Plaine ». Cette dernière lecture permettrait peut-être de corriger « l'au delà de la Plaine ». Cette expression, à la rigueur, pourrait vouloir désigner la plaine de Beth-shean qui était au delà de celle de Yizreël ; mais elle est assez étrange. Quant à l'Outre-Jourdain, ses régions voisines de Bethshean pouvaient d'autant mieux être gagnées par la panique que cette ville fut occupée par les Philistins et que ceux-ci pouvaient bien, de là, menacer le pays situé plus à l'est. On n'a donc pas de raisons d'ordre historique pour réduire les données du texte de Samuel ; seul le texte de Chroniques pourrait imposer cette réduction, si l'on était sûr qu'il n'a pas resserré ici, comme il l'a fait ailleurs, le texte qu'il utilisait.