‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 66 sur 137 · I. — DAVID S'EMPARE DE SION ET ORGANISE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

I. — DAVID S'EMPARE DE SION ET ORGANISE JÉRUSALEM

Ce fut vraisemblablement après avoir à peu près fini de chasser les Philistins que David occupa Jérusalem, sa future capitale1. Habitée de longue date par le clan des Jébuséens, et restée

Sources du chapitre vin : II Samuel, v, 6-16 ; vi, vu ; I Chroniques, xi, 4*9 ; xiii ; xiv, 1-7 j xv-xvn.

1. On ne peut préciser la date de la prise de Sion et de Jérusalem. Le fait que David marche contre cette ville « avec ses hommes », II Samuel, v, 6, donnerait à croire qu'il ne s'en empara qu'avec l'aide de ses compagnons judéens, car cette expression se retrouve surtout dans les récits de la vie d'aventure en Juda ; pour les soldats du roi d'Israël, on trouve plutôt « peuple », « choisis », « armée », ou, s'il s'agit d'un groupe d'élite, t serviteurs ». D'autre part, dans la lutte dernière contre les Philistins, qui suivit l'accession de David au trône du Nord, ces ennemis sont battus deux fois au voisinage de Jérusalem, et ce n'est pas de cette ville que David marche contre eux, mais de « la forteresse », qui, comme on l'a vu ci-dessus, doit être Adoullam, ibid., v, 17, 18. De plus, à suivre l'ordre des faits présentés par le rédacteur, la prise de Sion suit l'onction de David comme roi de Juda. Il est

en leur pouvoir depuis la conquête de Canaan par Josué, Jérusalem se dressait comme un îlot rebelle au coeur du royaume uni1. Mais déjà elle devait s'inquiéter. Les Philistins, qui lui étaient tout au moins sympathiques pour l'hostilité qu'ils nourrissaient comme elle à l'égard des Hébreux, venaient de se laisser battre deux fois non loin de ses murailles ; elle se sentait seule maintenant en face des vainqueurs. Ceux-ci, d'autre part, tarderaient-ils encore longtemps à tenter de la réduire? Elle creusait comme une faille gênante et dangereuse entre Israël et Juda, qui fraternisaient alors, et semblait jeter un défi injurieux à leur union, aussi laborieuse que désirée. Aussi pouvait-elle craindre avec raison que leur roi ne se disposât à reprendre contre elle la politique naguère suivie par Saùl contre les Cananéens de Gabaon : les Hébreux voulaient être les seuls maîtres dans le territoire que leur avait donné leur Dieu ; partout les anciens indigènes devaient disparaître ou plier. A son tour, Jérusalem

impossible de choisir avec assurance entre ces deux dates, faute de données plus précises»

1. Il ebl déconcertant que nous n'ayons point de récit de la prise de Jérusalem par David, mais seulement quelques traits qui se réfèrent surtout à la prise de Sion, la citadelle de Jérusalem. Il semble que le rédacteur voulait simplement donner des détails sur cette citadelle, devenue, sous le nom de Ville-David, la résidence de ce roi.

Du fait que seule la prise de Sion est décrite, faut-il conclure que la ville de Jérusalem avait été déjà conquise à l'exception de sa citadelle, qui serait restée au pouvoir des Jébuséens ? A la rigueur, cette manière de voir pourrait n'être pas inexacte ; en tout cas, elle s'appuie sur Juges, I, 8. Mais comme les détails géographiques de Juges I furent rédigés à une période où « Israël était devenu fort », c'est-à-dire au plus tôt au temps de David et de Salomon, on ne saurait dire que la prise de Jérusalem, qui s'y trouve mentionnée, ne viserait pas la prise de cette ville par David. Que Jérusalem n'ait pas été conquise par les Hébreux à la conquête de Canaan, c'est ce qui ressort nettement de Juges, xix, 10-12 (Lévite d'Ephraïm), et implicitement de Josué, x, où Jérusalem n'est pas signalée comme tombée aux mains des Hébreux ainsi que trois des quatre villes qui s'étaient confédérées avec elle contre Josué. Enfin, bien qu'il ne faille peut-être pas trop presser les termes du rédacteur de I Samuel, v, 6, et de I Chroniques, xi, 4, ces termes laissent du moins entendre que c'est bien de Jérusalem même que David, a qui marche contre elle », veut s'emparer. Des textes comme Josué, xv, 63, Juges, I, 21, qui montrent les Judéens et les Benjaminites établis à Jérusalem parmi les Jébuséens, s'ils visent une période antérieure à David, pourraient n'avoir en vue qu'une infiltration toute pacifique d'éléments hébreux dans Jérusalem restée jébuséenne. Cette situation, après plusieurs siècles d'occupation israélite de Canaan, n'aurait rien que de très vraisemblable ; c'aurait été, en somme, l'équivalent de ce qui s'était passé pour Sichem, qui, d'après Juges, ix, avait une population mixte d'Hébreux et de Cananéens. Or, nulle part le Livre de Josué ne mentionne la prise de cette ville au moment de la conquête, et la survivance du clan des Benê-Hamôr donne assez à entendre que les Cananéens y restaient à peu près les maîtres ; cf. La Période des Jnges, pp. 17, r/4»

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