DAVID S'EMPARE DE SION ET ORGANISE JÉRUSALEM IJI
pensait que l'heure était venue de défendre son autonomie, si elle ne voulait point la sacrifier par la soumission ou la perdre par la défaite.
Elle décida de résister. Que de fois, au cours de sa longue histoire, ne l'a-t-elle pas courageusement tenté ! Ce courage, c'est en grande partie, la solidité de sa position qui le lui inspira.
Le massif calcaire qui domine Jérusalem au nord-ouest projette vers le sud deux collines parallèles et inégales, où la ville est assise1. Celle de l'est, plus allongée, plus étroite, et courbée en demi-croissant, va s'abaissant par trois paliers et se termine en une pointe insignifiante. Celle de l'ouest, qui ne se rattache au massif que par une sorte de pédoncule, s'étale ensuite largement, et, dépassant la colline orientale, qui la côtoie, se relève en une croupe imposante et fière. Entre elles deux, descend un vallon, le Tyropoeon. A l'ouest et au sud de la colline occidentale, un ravin, le val de Hinnôm, ou la Géhenne, décrit un quart de cercle. La petite colline est longée à l'est par le ouâdy du Cédron, dans lequel confluent les deux autres vallons, et qui poursuit sa course vers la Mer Morte 2. Ces trois dépressions n'ont plus aujourd'hui, sur tout leur parcours, la même profondeur qu'autrefois, en raison des débris qu'y ont accumulés le temps et les hommes. Mais celle du milieu est encore sensible, même dans le centre de la ville, et les deux de l'extérieur, avec leurs flancs abrupts et rocailleux, détachent netteiment ce piédestal jumelé, sur lequel Jérusalem repose, puissante et dominatrice.
Depuis longtemps les Jébuséens avaient su tirer parti de ce relief bien découpé. Sur la grande colline toutefois, ils n'habitaient guère que la pente qui regarde au sud-est, et encore ne semblent-ils avoir eu là qu'un quartier plus ou moins compact 3, une
1. Voir, à la fin de ce volume, le tracé du terrain occupé par Jérusalem. On trouvera de nombreux renseignements sur la topographie de Jérusalem dans Vincent, Jérusalem, t. I, pp. 43 et suiv. La description que Josèphe donne des reliefs du terrain (De Bello Judaico, v, 4, 1) est intéressante.
2. Le Tyropoeon, ou vallon « des fromagers », est aujourd'hui nommé el-Ouâdy, dénomination qui correspond à l'hébreu n>m, haggayc, t le Vallon ». Le val de Hinnôm ou des Benè-Hinnôm est le ouâdy er-Rabâby. La vallée du Cédron est appelée ouâdy Sitti-Maryam le long de la colline orientale, et ouâdy en-Nâr à partir du confluent des trois vallées.
3. Il ne semble pas que cette portion de la colline occidentale ait été entourée de murs par les Cananéens. Les vestiges des murs méridionaux découverts par Bliss {Excavations at Jérusalem, 1898, pp. 1-47, 83-131) paraissent plutôt israélites,
sorte de faubourg à la disposition capricieuse, ccmme il s'en crée au voisinage des villes fortifiées devenues trop étroites pour la population et les commodiés. C'était sur la petite colline, celle de l'est, que se trouvait resserrée leur principale agglomération. Ils l'avaient choisie de préférence à la plus grande parce qu'elle suffisait à leur nombre, qu'il leur était plus facile de l'enclore comme de la défendre, et qu'ils s'y trouvaient plus près des sources, celle de Gihon, qui jaillissait par intermittence sur le flanc oriental, et se déversait dans le Cédron, celle qui coulait encore aux temps anciens dans la dépression transversale coupant légèrement cette colline en son milieu K
même dans leurs éléments qui reposent sur la roche; voir Salctnon, p. 121. Mais des restes d'habitations et de tombeaux très anciens pourraient montrer qv.t des Jébuséens occupaient ce quartier.
Peut-être aussi pourrait-on déduire ce fait des passages de Josué cités ci-dessus, p. 170, n. 1. La frontière de Benjamin et de Juda côtoyait, du côté sud, les Jébuséens,. ce qui s'entendrait fort bien de la portion méridionale de la grande colline, qui est ici assez développée au-dessus du ravin de Hinnôm,et s'entendrait moins exactement de la seule colline orientale, qui ne présente qu'une pointe étroite, méritant à peine Ja désignation de *p2, Kéthéph, « épaule ». Ce mot, en effet, dans son acception topographique, là du moins où le contexte la rend claire, semble bien comporter une étendue de terrain assez notable pour mériter le nom d' « épaule ». Cette nuance n'est pas accusée quand il s'agit de villes, Josué, xv, 11 ; xvrrr, 12, 13, 19; mais elle l'est au contraire clairement quand il s'agit d'une plaine, Jcsué, xvin, 18;. d'un clan, xv, 8 «= xvm, 16 (« le Jébuséen ») ; d'une montagne, xv, 10; de la mer de Génésareth, Nombres, xxxiv, n ; d'un territoire, Isaïe, xi, 14 (ici, « l'épaule des Philistins » pourrait bien désigner une partie déterminée de leur pays).
1. Gihon, dont le nom hébreu gîhôn se rattache au verbe gî'ah, « sourdre, se précipiter au dehors », se trouvait en contre-bas de Sion (I Rois, 1, 33, 45), à l'est de la ville (II Chroniques, xxxnr, 14) dans « le torrent », qui ne peut être que le Cédron, seul nahal du lieu (ibid.) ; son ouverture fut bouchée par Ezéchias afin d'en amener l'eau au couchant de Ville-David (ibid., xxxir, 30), détail qui correspond au percement de l'aqueduc souterrain de Siloé. Toutes ces indications concordent pour légitimer la localisation, ordinairement reçue, de Gihon à la Source aux Degrés eu de Notre-Dame Marie. La seconde source fut découverte en 1924 par M. Macalister ; une troisième, voisine de celle-ci, ne semble pas avoir été utilisée par des hommes.
Il n'est plus besoin aujourd'hui de développer longuement les raisons qui militent en faveur de la localisation de la Jérusalem jébuséenne et de Sion, sa citadelle,, sur la petite colline orientale. Elles ont été souvent présentées. Le lecteur français les trouvera, par exemple, dans Lagrakge, Topographie de Jérusalem, Revue Biblique, 1892, pp. 25-55, et dans Legendre, Sion, Dictionnaire de la Bible, t. V, coll. 1 788-1 795. Les arguments en faveur de la thèse qui veut que la grande colline occidentale, appelée Mont-Sion par les chrétiens, sur la foi de Josèphe, depuis le iv« siècle, ait porté la citadelle Sion des Jébuséens, sont encore défendus par quelques rares ouvrages récents par exemple Meistermann, Guide de Terre Sainte, 2e édition, pp. r66-i74. Il suffira de retenir ici, simplement à titre d'indications en faveur de la localisation sur la colline orientale, les preuves scripturaires suivantes : i° le temple et Sion sont sur la même hauteur ; or le temple se trouvait sur l'emplacement de la mosquée d'Omar, sur la colline de l'est ; — 20 on montait pour aller de Sion au temple, I Rois, vin, 1 ; II Chroniques, x, 2 (voir aussi, sur ce point, Sakunonr