‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 73 sur 137 · Néhémie, m · texte numérisé non relu

Néhémie, m

et de combats, méritaient que David, devenu roi, ne les oubliât point. Du reste, après l'avènement de Salomon, l'histoire perd leurs traces, comme s'ils s'étaient très vite éteints ou qu'on eût supprimé leur institution. La maison qui conservait leur nom devrait donc avoir été construite au temps de David1.

Ce dernier, s'il pensa de la sorte à son peuple et à ses amis, ne se négligea point lui-même. Après que son nom, toujours grandissant, eut amené les Phéniciens à nouer avec lui des rapports de commerce et d'amitié, il fit appel à eux pour lui aménager un palais, dans l'enceinte de Ville-David, l'ancienne Sion devenue sa résidence personnelle. Le roi de Tyr, Hiram, lui expédia des poutres de cèdre, et lui envoya des charpentiers experts à travailler et à assembler les pièces de bois, ainsi que des tailleurs de pierre qui savaient construire des murs en grand appareil régulier2. Comme Hiram monta sur le trône à peu près sept ans avant la mort de David, ces derniers travaux doivent se dater de la fin du règne de celui-ci.

1. Après avoir mentionné les travaux de David à Jérusalem le texte hébreu de I Chroniques, xi, 8, ajoute : « et Joab faisait vivre le reste de la ville », avec un imparfait fort suspect et un verbe de sens étrange dans ce cas. Quelques textes; grecs, dont L, ont traduit par 7cepnTOtTQffaTO, « conserva pour soi, se réserva », la Vulgate, par « extruxit », qui viserait des travaux complémentaires de ceux de David aux murs et au Millô. A la place de cette phrase relative à Joab, B et A continuent, en en supprimant la fin, la phrase précédente, qui a David pour sujet et disent : « et il combattit et prit la ville » ; c'est la seule mention de la prise de la ville même, puisque ailleurs il n'est parlé que de la prise de la citadelle. Ce détail serait intéressant (voir, ci-dessus, p. 185, n. 1), s'il ne venait après la mention des travaux de David, et par conséquent trop tard. Aussi il vaut mieux conserver le texte qui parle de Joab, tout en regrettant son obscurité. A la rigueur on peut songer, avec la Vulgate, à des travaux entrepris par Joab, en se référant au sens du même verbe « faire vivre, faire revivre » employé dans Néhémie, ni, 34 : a Rendront-ils la vie aux pierres en les tirant des tas de décombres ?» Il s'agit ici de la reconstruction des murs de Jérusalem au retour de la captivité, et comme le texte de Chroniques étudié ici est, lui aussi, de rédaction tardive sans doute, puisqu'il n'est pas dans le passage parallèle de Samuel, le sens donné à « faire vivre » pourrait être autorisé par le passage de Néhémie. Il serait moins indiqué de traduire : a Joab donnait la vie sauve au reste de la ville ». Signalons, pour finir, une correction assez attrayante de Winckler, qui propose de lire : « Joab fut chef de la ville », n\zr n>n, "VJ/tt *vn au lieu de vrn NurnN ~irvn> ; I Chroniques, xi, 6, disait précisément que le premier à abattre un Jébuséen deviendrait prince et chef, i\ir.

2. II Samuel, vi, 11 et I Chroniques, xiv, 1. D'après les données de Josèphe (Antiquitafes Judaicae, vin, 3, 1), Hiram aurait commencé à régner sept ans avant Salomon. Sur ce point de chronologie, voir la Note à la fin du IIIe volume. Sur Hiram, voir, Salomon, pp. 38-54. La Bible n'indique pas où se trouvait ce palais ; mais la résidence de Ville-David est tout indiquée. Si l'on s'en tient aux données chronologiques déduites de la Bible et de celles que donne Josèphe, ce point ne peut pas être établi par II Samuel, vi. On voit seulement par ce chapitre que David avait sa demeure dans Ville-David. Mais comme l'arche y fut transférée

l88 DAVID ET JÉRUSALEM

Enfin, songeant au jour où il s'en irait par le chemin de tous les hommes de la terre, David se fit creuser un sépulcre. On avait enterré Samuel dans sa propre maison, à Râmâ; lui, choisit Sion pour y dormir du suprême sommeil. On connaissait encore son tombeau au premier siècle de notre ère.1 Au dire de Josèphe,

assez tôt sans doute après la prise de Jérusalem (voir ci-dessous, p. 189, n. 1), et que le palais n'y fut construit par les Phéniciens que vers la fin du règne, ce n'est pas d'une fenêtre de ce nouveau palais que Mîkhal regardait David dansant, le palais de David est encore signalé par Néhémie, xn, 37.

1. Actes, 11, 29. Sur le tombeau de David, voir Josèphe, Antiquitaies Judatcac, vu 15, 3 ; vin, 8, 4; xvi, 7, 1, et De bello Judaico, I, 2, 5. Outre la disposition de cette nécropole, Josèphe en mentionne deux violations, opérées, en vue d'en retirer des trésors, l'une par le grand-prêtre Jean Hyrcan, l'autre par Hérode. Celui-ci, pour expier sa faute, fit ériger un riche monument de pierre blanche à l'ouverture du sépulcre. Ces détails pour être agrémentés de grossissements ou de légendes, ne méritent pas d'être rejetés en bloc. Ils ont, d'ailleurs, été retenus par Clermont-Ganneau, et avec d'autant plus de justesse que ce type de tombeau à puits est fréquent en Palestine comme en Phénicie, d'où venaient les architectes de David et de Salomon.

Aussi est-ce trop s'écarter d'une donnée très recevable que de vouloir identifier avec la nécropole de Ville-David un ou plusieurs des tombeaux découverts par R. Weill sur la colline orientale de Jérusalem, car ils sont en forme de galerie à salle unique ou doublée et ne répondent guère à la disposition indiquée par Josèphe. Du reste, le plus spacieux de ces tombeaux (Ti de la nomenclature de Weill) porte les traces des méthodes de forage et de travail qui furent employées par les perceurs du canal souterrain d'Ezéchias. Si la nécropole de David était bien dans cette partie de la ville antique, on pourrait admettre que T1 serait le tombeau d'Achaz, prédécesseur d'Ezéchias, qui fut enterré dans Ville-David (II Rois, xvi, 20; le deuxième « avec ses pères » doit être omis avec B, L, syro-hexaplaire), mais non pas dans le sépulcre royal (II Chroniques, xxvin, 27). T1 pourrait être d'autre part, le tombeau d'Ezéchias, qui ne fut pas non plus enterré dans le sépulcre royal mais tout près de celui-ci, « à (dans ?) la montée des tombeaux des fils de David » (II, Chroniques, xxxn, 33. Ces tombeaux, réunis en nécropole, seraient donc encore à trouver quelque part non loin de T1. Mais si la citadelle de Sion, devenue Ville- David, et renfermant cette nécropole, devait se localiser plus au nord, à la hauteur de la source de Gihon, dans cette partie de la colline qui est encore inexplorée, c'est là qu'il faudrait chercher aussi le tombeau d'Ezéchias. Dans cette hypothèse, T1, qui fut creusé à l'époque de ce roi, ne pourrait-il rappeler un passage d'Isaïé tout à fait en situation ? C'est Isaie, xxn, 15-18. Le prophète eit chargé par Yahwè d'aller trouver Shebnâ, préfet du palais d'Ezéchias, pour lui dire :

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