II Samuel, xi
3. Il ne dirigea pas la première campagne menée contre les Benè-Ammôn, II Samuel, x, y, ni celle qui fut marquée par le siège de Rabbath-Ammôn, xi, 1 (David
trente-trois ans qu'il régna à Jérusalem des loisirs prolongés pour promouvoir l'agrandissement et l'embellissement de sa capitale.
Sur les travaux qu'il entreprit, nous sommes par malheur fort peu renseignés, et simplement par de brèves indications du rédacteur sacré, par les allusions trop rares et par de très vagues souvenirs1.
Si le texte qui la mentionne était plus explicite, ce serait sans doute la construction d'un mur d'enceinte qu'il conviendrait d'envisager comme le plus important de ces travaux. Autant que l'on puisse voir, ce mur, qui s'amorçait à un remblai appelé
ne parut que pour la chute de la citadelle, xu, 29), et il laissa à Joab le soin de réduire Édom, I Rois, xi, 16.
1. Les quelques mots consacrés aux travaux de David à Jérusalem, II Samuel, v, 9, et I Chroniques, xi, 8, sont assez obscurs.
Le texte hébreu du premier de ces textes dit : « ...et David fit des constructions autour à partir du Millô (en revenant) vers l'intérieur, nrVDI ». Ce dernier mot doit signifier « en revenant en dedans », comme l'ont compris Symmaque et la Vulgate : « intrinsecus » ; on le retrouve, en effet, avec le sens équivalent de « tourné vers l'intérieur, en dedans », dans Exode, xxviii, 26 ; xxxix, 19 ; I Rois, vu, 25 ; voir aussi I Rois, vu, 8, où /b rV3D signfie « en dedans par rapport à », et, pour le contexte « à l'ouest de ». Les Septante ont transformé ce texte hébreu de Samuel en traduisant : «...et il la construisit (la citadelle) en ville autour à partir de l'Acra (= Millô) et sa maison (= n'riOT »), texte étrange, dont la bizarrerie ne constitue pourtant pas une raison pour suspecter la valeur du texte hébreu, qui lui est de beaucoup supérieur.
Le second texte, celui de Chroniques, s'inspire de celui de Samuel ; ici encore, sauf à la fin, l'hébreu l'emporte sur le grec. L'hébreu dit : « ...et David construisit la ville tout alentour (et non pas : « depuis autour » ; cf. Gesenius-Brown, p. 687 a), à partir du Millô jusqu'au pourtour». Comme ce passage est le seul où 3>3D soit employé substantivement avec le sens de « pourtour », et que l'on n'a pas l'équivalent de ce mot dans Samuel, il y a lieu de suspecter le texte. Le grec dit : «... et il construisit la ville autour », sans parler du Millô ni du pourtour, mais en ajoutant un détail évidemment hors de place : « et il combattit et prit la ville » (voir, cidessous p. 187, n. 1, sur ce détail). Cette nouvelle incohérence du texte n'est pas pour le faire préférer à l'hébreu.
En comparant la première partie du passage dans Samuel et dans Chroniques, on comprend qu'il doit s'agir de quelque mur d'enceinte, mais Samuel semble viser la citadelle et Chroniques vise clairement la ville. Quant à la seconde partie, un détail demeure acquis, c'est que la construction entreprise avait son point de départ au Millô. Celui-ci existait donc du temps de David, soit que David l'eût construit, soit qu'il l'eût trouvé déjà construit par les Jébuséen<;. Sur le Millô, voir, Salomon, p. 121-122 ; sur l'enceinte davidique ou salomonienne, p. 121..
Bien que ces détails soient fournis par une note rédactionnelle, d'ailleurs en mauvais état, ce n'est pas une raison pour en contester la réalité historique. Les rédacteurs, qui n'attachaient, pour l'ordinaire, une importance de premier ordre qu'à l'histoire religieuse, ont pourtant semé leurs compilations de ces menus détails tout profanes, dont on ne peut que les remercier. Du reste, il convient de remarquer que dans les chapitres 111-v de I Samuel, les notes d'origine rédactionnelle sont fort nombreuses. Celle qui relate d'un mot les travaux de David ne mérite pas d'être rejetée plus que les autres.
l86 DAVID ET JÉRUSALEM
Millô, situé apparemment soit vers le nord, soit vers le sud de la colline orientale, présentait un pourtour circulaire. Peut-être s'agirait -il d'une restauration de l'enceinte de la ville primitive et de son agrandissement sur la grande colline de l'ouest : les plus anciens vestiges de muraille qui entourent celle-ci peuvent, en effet, remonter au temps de David et de Salomon.
Là aussi, mais en haut sur la croupe, se dressaient des ouvrages que Josèphe1, avec ses contemporains, attribuait au premier de ces rois. « La Tour de David » ainsi que le « Tombeau de David » qu'on y montre aujourd'hui, perpétuent peut-être, tout au moins par leurs noms, le souvenir de quelque édifice bâti par lui en ces deux endroits2. Car n'y a-t-il vraiment aucune allusion historique dans la comparaison martiale du poète qui, au Cantique des Cantiques, célèbre la beauté de la Bien-Aimée en disant:
Ton cou ressemble à la Tour de David,
Bâtie pour des armées ; Mille rondaches y sont suspendues,
Tous les boucliers des Preux 3.
«La Maison des Preux», que Néhémie signale sur la colline orientale, non loin d'un réservoir qu'alimentait la source de Gihon, semble bien avoir aussi fait partie des travaux exécutés sur l'ordre de David4. Les Preux, ces compagnons aussi fidèles que braves, qui avaient partagé les misères de sa vie d'aventures, de guérillas
i. Josèphe, De Bello Judaico, v, 4, 1.
2. Le nom de « Tour de David » est donné à la tour nord-est de la citadelle située près de la porte de Jaffa. Ses dimensions correspondent à celles de la tour Phasaël bâtie par Hérode, mais les blocs à refend qui lui constituent une base massive sont loin de rappeler les dimensions des blocs énormes que Josèphe décrit pour l'édifice hérodien et qui étaient de 20 coudées de long sur 10 de large et 5 de haut, Josèphe, De bello Judaico, v, 4, 3 et 4.
Quoi qu'il en soit, il est bon de retenir que les trois tours hérodiennes avaient été intercalées dans le mur antique de la première enceinte, ibid., 4.
Le prétendu tombeau de David est caché jalousement par les Musulmans dans l'édifice de Néby Daoud, situé hors des murs sur la croupe sud-ouest de la colline occidentale. Cette localisation semble avoir été accréditée par les Juifs au xne siècle. Elle n'a aucune base scripturaire.
3. Cantique, iv, 4. Sur le sens de talpiyyôth, qui est tout à fait incertain, voir diverses conjectures dans Jouon, Le Cantique des Cantiques, pp. 203-205. Le sens de a trophées », qui y est proposé, est d'autant moins probable que les Preux dont les boucliers sont suspendus à la Tour semblent bien être ceux de David. La traduction par « armées » n'a d'ailleurs guère plus de certitude.