II. — DAVID TRANSFÈRE L'ARCHE A SION
Ce qui acheva de faire de Jérusalem une véritable capitale israélite, c'est qu'elle reçut dans ses murs, peut-être assez tôt après la prise de Sion, l'objet sacré, précieux entre tous, l'arche de Yahwè, qu'avait fait fabriquer Moïse1. Depuis qu'elle avait été rendue par les Philistins, qui s'en étaient emparés au temps malheureux du vieux prêtre Héli, l'arche se trouvait déposée à Qiryath-yearim, ville encore à demi païenne située dans le territoire de Juda, à l'ouest de Jérusalem. Les Philistins, tant qu'ils avaient été en état de molester Israël, avaient dû s'appliquer à ne pas faciliter les pèlerinages hébreux à l'arche sainte, qui était pour ses fidèles un gage de victoire. Aussi, « pendant les
à-dire dans un lieu élevé, ce qui correspond bien à la situation du tombeau Tl de Weill. De là les images qui suivent : Yahwè le fera rouler de la hauteur où son orgueil affichait ses prétentions.
Il est curieux qu'à partir du douzième successeur de David, Achaz, aucun roi de Juda n'est enterré dans la nécropole davidique. Cela donne à penser qu'il n'y avait eu de place que pour douze rois, David et ses onze premiers successeurs. De là l'hypothèse faite dans le texte ci-dessus que le sépulcre aurait été aménagé dès l'origine pour contenir seulement douze corps.
1. La date du transfert de l'arche n'est pas indiquée par la Bible ; mais on conclut facilement d'autres données que ce transfert doit être placé dans la première moitié des trente-trois ans que dura le règne de David à Jérusalem. En effet, lors du siège de Rabbath-Ammôn, David avait déjà l'arche à sa disposition, puisqu'il l'avait fait porter devant la ville assiégée, II Samuel, xi, 11. Or ce siège précéda de peu la naissance de Salomon, ibid. xir, 24, et celui-ci devait avoir de vingt à trente ans à son avènement puisque, vers la fin de ses quarante ans de règne, il était vieillard, I Rois, xi, 4.
Sur la destinée de l'arche jusqu'à son transfert, voir La Période des Juges, pp., 220, 221.
igO DAVID ET JÉRUSALEM
jours de Saùl, ne s'était-on pas occupé d'elle»1, et bien que Ton eût alors livré de nombreux combats, elle n'avait point paru comme jadis sur les champs de bataille. Son éloignement, l'espèce de captivité où elle était réduite, avaient accru le prestige d'un autre sanctuaire, le grand haut lieu benjaminite de Gabaon, où la branche aînée des Aaronides, qui avait pour chef Sadoq, gardait jalousement deux autres objets sacrés, hérités, eux aussi, de la période mosaïque : la tente de réunion et l'autel plaqué d'airain2.
Quand David se décida à transférer l'arche dans sa nouvelle capitale, son projet ne semble pas avoir reçu une approbation aussi unanime qu'il pouvait l'espérer. Les cheikhs et les chefs du peuple, qu'il consulta à ce sujet, lui donnèrent leur pleine adhésion. Mais ,à ce que laissent entendre les textes3, les prêtres de Gabaon et les Lévites qui se rattachaient à eux ne répondirent point à son invitation. Sans doute voyaient-ils avec déplaisir que l'importance de leur sanctuaire serait menacée par l'éclat de cette Jérusalem toute voisine, qui deviendrait une ville sainte de premier ordre, par suite de la présence de l'arche. N'aurait il pas été préférable, devaient-ils penser, de réunir chez eux, à Gabaon, tous les objets sacrés antiques? Du reste, établis dans le territoire de Benjamin, comme beaucoup des membres de cette tribu, restaient-ils peut-être assez froids à l'égard de David le Judéen, et ne reportaient -ils qu'assez lentement sur lui la fidé-
i. I Chroniques, xin, 3. Le verbe w"H, ddrash, employé par l'hébreu, signifie ici, « s'informer de, rechercher » ; la phrase implique presque une sorte d'oubli.
2. II Chroniques, 1, 3. 1 Chroniques, xvi, 40 mentionne seulement l'autel des holocaustes. Sur le sanctuaire, le mobilier sacré et les prêtres de Gabaon, voir, Salomon, pp. 204-206.
3. I Chroniques, xm, xv, xvn reproduit d'abord, avec quelques retouches, II Samuel, vi, puis ajoute de nombreux détails sur le deuxième transfert. Ces détails, qui sont d'origine sacerdotale, ne doivent pas avoir été imaginés par le Chroniqueur, dont la dépendance des sources est assez marquée par le fait qu'il reproduit II Samuel, vi, où nous pouvons contrôler son exactitude. La série des faits, telle qu'elle va être rapportée, s'explique fort bien si l'on veut admettre que le corps des Lévites, et leurs chefs, en particulier, tenaient une place importante dans la vie nationale. Remarquons, au surplus, que si le Chroniqueur, ou le document qu'il employait, avaient brodé sur l'histoire, ils n'auraient pas imaginé que David, avait dû maintenir le sanctuaire de Gabaon en exercice à côté de celui de Jérusalem, comme le rapporte la fin de ce récit, I Chroniques, xvi, 39-42. — Pour l'interprétation des faits, et notamment du conflit entre David et les prêtres de Gabaon, voir Hummelauer, Commentarius in Paralipomenon , t. II, pp. 243-249 ; 255-286 ; Kugler, Von Moses bis Paulus, pp. 258-264.