‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 77 sur 137 · DAVID TRANSFÈRE L'ARCHE A SION ICI · texte numérisé non relu

DAVID TRANSFÈRE L'ARCHE A SION ICI

lité qu'ils avaient autrefois témoignée à Saùl. Enfin, ils durent être tout au moins sollicités de reconnaître les droits d'Abyatar, le prêtre et l'ami de David, qui, bien qu'appartenant à la branche puînée des Aaronides, se trouvait tout indiqué pour assurer le service de l'arche après son transfert à Jérusalem, puisqu'il descendait d'Héli, qui l'avait autrefois desservie à Silo1. Ces diverses raisons, où se mêlaient l'antipathie, la rivalité et le désir de conserver une position acquise, ne les jetèrent peut-être point dans un conflit ouvert avec le roi ; elles les retinrent du moins de lui prêter leur concours2.

David ne se laissa point détourner de son projet par ce mauvais vouloir. Puisque les prêtres de Gabaon ne voulaient pas le suivre il agirait sans eux, espérant bien, d'ailleurs, qu'un jour il saurait les gagner à ses vues. Il rassembla une troupe de plusieurs milliers d'hommes, autant pour donner de l'éclat à la cérémonie du tranfert que pour tenir en respect les Philistins et impressionner les mécontents, et se rendit avec elle à Qiryath-yearim, ou Baalâ de Juda, afin de prendre possession de l'arche3. Celle-ci fut placée sur un chariot neuf traîné par des bœufs*. En avant marchait Ahio, à côté Ouzza, deux fils de cet Abinadab qui

1. Cette manière de voir est confirmée par le fait qu'après le transfert définitif de l'arche à Sion, Sadoq retourne au sanctuaire de Gabaon, I Chroniques, xvi, 39. Il est vrai qu'il n'est point dit tout d'abord qu'Abyatar servit l'arche ; ce n'est que plus tard qu'on le trouvera attaché à l'arche ; mais alors Sadoq l'est aussi ; II Samuel, xv, 24-29. Sur cette nouvelle situation de Sadoq, voir, Salomon, p. 214.

2. Il n'est pas question de prêtres dans le récit de la première partie du transfert, bien que, d'après I Chroniques, xiii, 1-3, David, qui ne consulte que des laïques, ait décidé d'inviter « les prêtres et les lévites » du royaume.

3. La ville où David va chercher l'arche est désignée dans le récit de I Chroniques, xiii, 6, par deux noms accolés, le premier, Baalâ, avec le â locatif de mouvement, le second, Qiryath-yearim, « qui appartient à Juda» avec la particule hiï, él, « vers» ; l'un des deux doit être une addition, et c'est probablement le cas pour le second, puisque le premier, Baalâ, doit être restitué dans le passage parallèle de II Samuel, vi, 2, où il se présente sous la forme fautive : Baalê de Juda ; du reste la précision, « qui appartient à Juda » après Qiryath-yearim est superflue, puisqu'il n'existait qu'une ville de ce nom, nécessaire, au contraire, après Baalâ, plusieurs villes portant ce nom. Dans Josué, xv, 9, Baalâ est identifiée à Qiryath-yearim ; ibid., 60, on a de même une Qiryath-Baal identifiée à Qiryath-yearim ; il doit donc bien s'agir de la même agglomération urbaine, dont le nom païen en Baal ou Baalâ aurait été changé en un nom plus orthodoxe. Mais on pourrait supposer aussi que la ville comportait des quartiers ayant des noms distincts. L'emploi d'un autre nom que Qiryath-yearim, qui se trouve dans I Samuel, vi, 21 ; vu, 1, pour désigner la ville pourrait appuyer l'hypothèse que II Samuel, vi, n'est pas de la même main que ce passage.

4. Ce mode de transport, déjà utilisé par les Philistins (I Samuel, vi, 7 et suiv.), n'était pas régulier. L'arche devait être portée à bras, et par des Lévites.

avait reçu la charge de garder l'arche dans sa maison. Ils n'étaient pas Lévites, mais il avaient tenu à honneur de mener eux-mêmes à un sanctuaire plus digne le saint dépôt qu'on leur avait confié.

Le cortège se déroulait avec les démonstrations d'une ferveur enthousiaste. Devant l'arche, qui s'avançait lentement par des chemins souvent cahoteux, David et la foule dansaient des pas sacrés, et chantaient de toutes leurs forces, tandis que résonnaient les lyres et les harpes, les tambourins et les trompettes, les sistres et les cymbales. On approchait déjà de Sion, lorsque cette manifestation pieuse et bruyante cessa tout à coup. En arrivant à l'aire de Nakhôn, Ouzza, l'un des conducteurs, s'étant affaissé, venait de mourir : il avait été frappé par Yahwè parce qu'il avait osé, n'étant pas Lévite, tendre la main pour retenir l'arche, qui avait failli tomber à un brusque mouvement des bœufs. La joie des assistants fit place à la stupeur. David même fut saisi par la crainte, et, redoutant quelque autre malheur, ne voulut plus recevoir l'arche chez lui, dans Ville-David. Il la fit déposer dans la maison d'un Gattite, nommé Obed-Édom1. Puis, la déception et la terreur dans l'âme, il congédia la foule. C'était un très grave échec. Que devaient en penser les prêtres de Gabaon?

L'inquiétude ne tarda point à se dissiper. Au lieu de causer de nouveaux malheurs, l'arche n'apporta que bénédictions à Obed- Édom, à sa famille, et à ses biens. David, en ayant été informé,

1. Dans I Chroniques, xv, 18, 21, 24 ; xvi, 5, 38 ; xxvi, 4, 8, 15, il est question d'un Obéd-Édom, fils d'Idithoun, qui était portier et chantre. Bien qu'un Obéd- Édom, paraisse dans le récit de I Chroniques, xv, dans le deuxième acte du transfert de l'arche, on n'a pas de raison sûre pour affirmer que c'est le même personnage, car Chroniques appelle le premier « le gattite », tandis que cette appellation n'est pas appliquée au second. Il est plus vraisemblable que le premier Obéd-Édom faisait partie des six cents gattites venus avec Ittay à Jérusalem, pour prendre du service chez David, II Samuel, xv, 18 ; il devait, lui aussi, demeurer à Jérusalem, car lorsqu'on emportera l'arche de sa maison, on la transportera simplement à bras, II Samuel, vi, 13, parce qu'il n'y avait qu'un court trajet jusqu'à Ville-David ; du reste, d'après I Chroniques, xv, 3, c'est à Jérusalem qu'à lieu le rassemblement du second cortège. Cet étranger, venu de Gath, pouvait n'être que païen; et l'on comprend assez que si David lui-même avait peur d'héberger l'arche chez lui, les autres yahwéistes ne l'auraient pas moins redouté. Les exégètes qui préfèrent penser qu'il n'y eut qu'un seul Obéd-Édom et qu'il était Lévite, supposent que son appellation de « gattite » lui venait d'une autre Gath que la ville philistine de ce nom, par exemple de l'une des deux Gath-Rimmôn, qui, d'après Josué, xxi, 24, 25, étaient villes lévitiques. Mais cette interprétation a contre elle qu'Obéd-Édom ne demeurait point à Gath, mais à Jérusalem.

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