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LES ALLEMANES ET LES FRANCS

ces païens prirent possession du territoire, y anéantirent les derniers vestiges des Romains et en exterminèrent ou soumirent les habitants. Us y établirent le système allemand qui s'y est conservé jusqu'à présent. Us s'y fixèrent selon Tancienne coutume germanique : les aUiés, les familles, les particuliers restèrent dans Tendroit où ils étaient attirés par une source, un champ ou une forêt. Us dédaignèrent la coutume romaine d'habiter des viUes et des maisons groupées; ils préféraient les villages ouverts, les hameaux, et surtout les métairies isolées où chacun entourait sa chaumière d'une cour et d'une haie comme on en voit encore dans Appenzell et Toggenboui^. Le nom des fondateurs de la métairie se transmettait à la localité môme (de là le grand nombre de noms de famille ou de race terminés en wiler, wH, hofen , hausen , etc., etc. (1). U en était tout autrement des Burgundes, qui conservaient de bons rapports avec les Romains. Ceux-ci leur cédèrent le pays par un accord pacifique, et en gardèrent un tiers où ils vécurent en bonne intelligence avec les barbares. Les Burgundes n'étaient plus païens, ils s'étaient déjà convertis au christianisme arien. Dans la Suisse occidentale, au sein d'une civiUsation plus avancée, ils respectaient et épargnaient l'élément romain, ils vivaient selon la coutume romaine, demeurant ensemble dans des habitations fermées (bourgs) et ils se confondirent avec les Romains en un seul peuple qui devint, comme chez les Francs, le fond du caractère romain ou français. Malgré ces importantes différences, les deux peuplades germaniques

(1) Par exemple, Baerestwily c'est-à-dire Weiler de Berolt ; Wic' denswil^ Weiler de Wadin ; Volketswil, Weiler de Volkart, etc. Puis Dœnikon^ primitivement Tanninghofen^ les fermes des Tannin g, etc., etc.

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avaient en commun certains principes politiques et so-> cianx, et des institutions de leur commune patrie, telle» que les districts et les centuries, l'oi^^isation judiciaire (l'amende ou le wehrgeld) (1), les assemblées nationales^ les divisions en castes (les libres, les demi-libres et les serfs, etc., etc.)»

g 7. Domination franqus. — Ainsi formés au milieu de tant de causes de troubles et de discordes, ces noù-> veaux Etats ne purent se développer librement. Sans cesse en guerre les uns contre les autres, ils combat-^ talent moins pour dominer que pour conserver. Gepen** dant, grâce à leur valeur et aux circonstances qui les fa-* vorisèrent, les Francs reprirent une véritable prépondérance. Ils soumirent les AUemannes après les avoir défaits près du Haut-Rhin en 496. Pour défendre leur indépenr* dance, les AUemannes du Sud firent alliance avec Théo* doric, roi des Ostrogotbs, qui possédait, outre lltalie, la Suisse méridionale, le Tessin et la Rhétie; mais en 540 ils succombèrent avec les Ostrogotbs dans leur guerre contre les Francs. Les dissensions amenèrent bient6t après la chute des Burgundes ^). Malgté le zèle du clergé catholique, les Burgundes refusèrent d'abjurer la foi arienne, et Gondebaud déclara résolument € qu^il ne voulait pas avoir deux dieux » (3). Leur situation s'ag-grava par la convearsion de Glovls, roi des Francs, prince belliqueux, sur lequel les catholiques placèrent toutes leufô espérances. Le propre fils de Gondebaud était dans

(1) C'est-à-dire les dommages-intérêts qu'un meurtrier était tenu de payer à la famille de sa victime. Ils se réglaient selon les conditions : ils étaient plus élevés pour les gens libres et encord plus pour le clergé et la noblesse.

(2] Binding, Royaume burgunda-romain^

(3) D'après la doctrine catholique^ Christ est éternellement ég& À Dieu le Père; selon l'arianisme, ît émane du Père auquel il est subordonné.

BXTBNSION DE LA. GHriLISAIIOfit CHRÉTIENNE 19

le camp des catholiques. Glovis commença Fattaque du vivant de (xondebaudy ei ses ûls^ après la mort de ce piince, soumireal la Bourgogne eu 532, par la victoire d'A:utun. Quelques années après, en 536, la Rhétie de Goire fut cédée aux Francs, et les Mérovingiens gouvernèiBiit toute la Suisse. Us respectèrent les institutions du pays. La Rhétie garda son chef élu par le peuple coinme juge suprême et gouverneur et, à partir de la un du vi^ siècle, cette dignité resta pendant deux siècles héréditaire dans la famille des Yictorides, qui s'arrogea même l'évéché de Goire; ainsi la Rhétie conserva ce qui lui était propre. La Bourgogne conserva également son organisation et son administration propres ; ses possesr sions suisses (à Test du Jura) furent gouvernées par un patrice indigène quesoutenait la noblesse bourguignonne. Les Allemannes eurent leurs ducs et leur législation particulière ; cependant, celle-ci fut renouvelée et étenduje par rinfluence du christianisme sous les rois francs Glotaire II etDagobert lY (613-622) (^8-638). Lors de la chute des Mérovingiens, les Allemannes devinrent libres sous leur vaillant duc Godefroy (700), qui favorisa le couvent de Saint-Gall et suscita des embarras au maire du par lais. Pépin l^.

§ 8. Extension de la giviusatign gjelrétibnnb. — Sous la domination franque, la civilisation chrétienne se répandit de plus en plus chez les tribus germaniques; à cet égard encore, la Suisse occidentale était dans de meilleures conditions que la Suisse orientale; car la Bourgogne, à raison même de sa situation géographique, ressentit d'abord Les impulsions que reçut le christianisme catholique dans la Gaule. Peu de temps après que saint Martin eut donné un puissant essor à la vie menas* tique, les deux fiirôres Romanus et Lupicinus se reti-

rèrent dans les montagnes du Jura pour s'y consacrer au renoncement et à la méditation. On présume que Romanus a été le fondateur du célèbre couvent de Romainmotier. Le couvent de Ck)ndat, que les deux frères créèrent en commun dans le Jura français (Saint*Glaude) devint le foyer de la civilisation; le biographe de Romanus dit q[u'il en sortit « comme d'ime ruche d'abeilles )> des essaims de missionnaires et d'instituteurs qui firent défricher la terre, bâtirent des monastères et des écoles et cultivèrent les sciences. Près de Gondat et de Romainmotier florissait déjà dans le Valais le couvent de Saint- Maurice, fondé par un évoque en Thonneur des « Thébains )>, et agrandi par Sigismond, roi de Bourgogne, en 515. On rapporte que ce roi avait ordonné que les voûtes du couvent retentissent sans cesse du chant des psaumes. Jusque-là, les centres de la vie ecclésiastique avaient été les évôchés de Saint-Maurice et d'Aventicum, mais ces évèchés furent transférés à Sion et à Lausanne après la ruine d'Aventicum et les incursions des Lombards à Saint-Maurice, qui avait été menacé aussi par un éboulement de montagne. L'évèque Marins, qui préférait Lausanne , propagea la civilisation romaine et trouvait, au milieu de ses travaux manuels, le temps d'écrire une intéressante chronique ; il posa aussi les fondements de la ville de Payeme. C'était surtout chez les AUemannes que les rois francs et le clergé s'efforçaient de propager le christianisme. On dit que ce fut sous les auspices de Glovls que saint Fridolin vint en mission chez les AUemannes; il fonda Ssectkingen, et la vallée de Glaris, qui y fut réunie de bonne heure, le vénère comme son patron. Mais ceux qui exercèrent la plus grande influence sur les AUemannes, ce furent des moines irlandais qui se dévouèrent à l'œuvre

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