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Commencement des lattes pour Tindépendance

§ 18. Première querre contre l'Autriche. Bataille DE MOROARTEN. — Gouvaincus que leur plus ferme appui était dans l'union avec leurs concitoyens, les Waldstaetten se joignirent à la ligue perpétuelle de Zurich contre Habsbourg. La maison de Habsbourg avait acquis par Rodolphe Farchiduché d'Autriche qui, à partir de ce moment, devint le fondement de la puissance des Habsbourg; le chef de la maison d'Autriche-Habsboui^ était alors Albert, fils de Rodolphe. Lorsque Adolphe de Nassau fut élu anti-roi, tous les ennemis des Habsbourg embrassèrent sa cause, et la guerre éclata. Mais les Zurichois qui avaient marché contre la ville autrichienne de Winterthur, furent complètement battus (avril 1292); leur ville fut assiégée par Albert et contrainte de se rendre. La ligue contre les Habsbourg fut ainsi momentanément dissoute ; les Waldstaetten et Lucerne furent forcés aussi de renoncer à la lutte. Mais la liberté ne succomba point. La commune rurale de Schwitz protesia contre l'injustice qui exemptait les couvents des impôts. Le roi Adolphe assura la liberté impériale à Un et à Schwitz; à Touest, la cause autrichienne fut mise en

52 FONDEMENTS DE LÀ GONFÉDéRATION (1218-1315)

échec par la victoire des Bernois à DoDnerbûhl en 1298. Mais quand le roi Albert eut abattu son compétiteur et resta seul maître du pouvoir, il ne reconnut pas les franchises des Waldstaetten et de Berne et s'efforça de rétablir la puissance autrichienne à Test et au centre de la Suisse par Tadministration de Habsboiu^-Au triche. Les Habsbourg menacèrent de nouveau Tindépendance des Waldstaetten, lorsque Albert fut assassiné en 1308 à Brugg par un seigneur mécontent. Les Waldstaetten profitèrent de cet événement pour obtenir du roi Henri VH de nouvelles chartes (1); Unterwald aussi fut déclaré libre sous la protection de rempire,et se trouva dans la môme situation que les deux autres Waldstaetten. En vain les ducs d'Autriche essayaient de faire valoir leurs prétentions : une nouvelle rivalité des deux empereurs en 1314 (Louis de Bavière contre Frédéric d'Autriche) amena une reprise d'hostilités des Waldstaetten contre l'Autriche ; et les Schwitzois ne craignirent pas d'incendier le couvent d'Einsiedeln placé sous la protection de l'Autriche et avec lequel ils étaient en contestation depuis deux siècles ; ils s'emparèrent aussi du boui^ autrichien d'Art. Frédéric résolut de soumettre les Waldstaetten par la force des armes, et il en chargea son frère Léopold. Le 14 novembre 1315, celui-ci se rendit avec la fleur de sa chevalerie de Zug vers le lac d'^geri pour attaquer Schwitz; une autre division devait s'avancer par le Brtinig sur Obwalden et arrêter les Lucernois sur le lac de Nidwalden et d'Uri. Mais aussitôt que les Schwitzois eurent compris les intentions du principal corps, ils occupèrent les hauteurs et le défilé de Morgarten qui était l'avantrposte naturel du pays au nord-ouest, pour ainsi dire la

(I) A la tête d*Uri était Werner d^Attinghausen, à la tète de Schwitz un Stauffacher.

GUBRRB CONTRE L*A.UTRIGHB 53

porte du canton de Schwitz. Le 15 novembre au matin, ils répandirent la confusion au milieu des chevaliers, .en roulant sur eux des blocs de rochers et des troncs d*ar* bres (l) ; puis ils sortirent de leurs cachettes avec l'agilité du chamois, s'élancèrent pleins de courage et d'audace sur Tannée de Léopold, à laquelle sa position dans ses défilés rendait la défense presque impossible. Elle tomba sous leurs coups de massue comme un troupeau mei^é à la tuerie ; beaucoup se noyèrent dans le lac. Demimort de peur et d'épuisement, Léopold s'enfuit en toute hâte à Winterthur. D'un seul coup, une petite troupe de paysans avait porté un coup mortel à la puissance autrichienne. Le corps d'armée qui avait passé le Brunig retourna chez lui aussitôt qu'il eut appris la nouvelle de la défaite de Léopold. Cette grande victoire des Suisses eut des conséquences décisives. Non-seulement elle délivra les trois cantons de la domination de TAutriche, mais encore elle affermit l'ancienne alliance. Qnis plus étroitement par le danger commun, les trois cantons renouvelèrent la ligue de 1291, à Brunnen le 9 décembre 1315. L'unité des pays confédérés fut de nouveau solennellement consolidée : aucun canton particulier ne devait accepter un maître ni entreprendre des négociations ou des traités sans le consentement des autres. Quiconque attaquait ou trahissait l'un des pays, encourait la haine et la proscription de tous. L'année suivante Louis confirma les lettres de franchise des Waldstaetten; en 1318 l'Autriche fit avec eux une convention qui lui assura une redevance territoriale et annula tous ses droits de souveraineté*

(1) La légende attribue ce fait à quelques bannis qui voulaient ainsi obt«)nir leur grâce. Jean de Winterthur (1330)^ qui décrit la bataille d*iine manière détaillée et d*aprës les rapports de témoins ne mentionne pas ces bannis.

54 fondements de la œnfédération (1218-1315)

§ 10. Tradition de l'affranchissement des gantons FORESTIERS OU Waldstabtten. — Le souvenir des glorieux événements de la délivrance subsista pendant des siècles dans la mémoire du peuple, et, en Tabsence d'bistoriens, se transmettait de génération en génération. Ainsi les faits furent altérés et, peu à peu la marche des événements fut rapportée telle qu'on se la figurait plutôt que selon la réalité des choses (1). On oublia par degrés que la liberté suisse s'est développée graduellement, par des progrès successifs sur le terrain de la constitution primitive de la Suisse; de môme que les villes ont acquis pas à pas leurs droits et leurs franchises. Les diverses insurrections contre la maison de Habsbourg (1245-1273 et 1291-1315) se confondirent dans les souvenirs du peuple en une seule révolution soudaine, et, pour justifier cette révolution on la reporta au temps où le caractère de la lutte était la défense des droits sacrés contre un despotisme impie. L'imagination du peuple exigeait alors des épisodes particuliers, s'appliquant à chacun des événements de cette lutte, et les trouvait dans les traditions et les légendes locales. Tous les récits analogues, recueillis dans la patrie ou à l'étranger, tout ce qui s'était conservé des souvenirs les plus reculés fut lié aux exploits de la délivrance (2). Ainsi les querelles des paysans avec les seigneurs de Kiissnacht, et le meurtre de l'un d'eux dans le chemin creux, se lièrent aux faits qui se

(1) Les meilleurs ouvrages à consulter sur la légende de Torigine de la Confédération sont : Rilliet, les Origines de la Confédération suisse; histoire et légende, 1870. — W. Vischer, Légende de la délivrance des Waldsfaetten. — Huber, la Lég*mde de TelL — Geilfuss, Origine des ligues des confédérés, trois rapports, 1872. — G. Meyer de Knonau, Légende de l'affranchissement des cantons forestiers , 1873.

(2) Voyez Texcellente analyse de la légende suisse de Carrière dans Tédition du Guillaume Tell de Schiller par Brockhaus.

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