‹ Histoire du peuple suisseChapitre 25 sur 125 · AFFRANCHISSEMENT DBS CANTONS FORESTIERS · texte numérisé non relu

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sont accomplis dans les Waldstaetten (1). De même Thistoire de Tell abattant la pomme sur la tète de son fils se rencontre dans des légendes danoises, norwégiennes, anglaises et même indo-germaniques, et remonte à des époques bien plus reculées que celle du chant du Tell en 1474. La légende ne s'inquiète pas du temps, elle rapproche et confond les événements séparés par les âges et les distances, comme le poème desNiebelungen place sur la même scène Attila et Théodoric et réunit en une seule des versions populaires dont les origines sont les plus diverses (2). Les historiens du xv« siècle (Justinger 1520, Hœmmerlin 1480, la Chronique du Uvre blanc, d'Obwalden en 1480, Chronique du Lucemois, Melchior Russ 1482, Etterlin de Lucerne en 1507) ont embelli les faits et y ont ajouté des données peu authentiques ; plusieurs môme n'ont pas craint d'altérer les documents pour prouver leurs récits (3). Cependant il y a des recueils différents les uns des autres et des narrations contradictoires. Ceux qui les ont reproduites ne sont pas d'accord entre eux relativement aux dates des événements, à leurs causes et aux personnages qui y ont joué un rôle. Tandis que les uns admettent un soulèvement général provoqué par la tyrannie des baillis (Hœmmerlin), les autres attribuent la délivrance de la Suisse uniquement à l'action de Tell (Chant de Tell en 1474 et Chronique de Russ), ou bien ils représentent Tell comme un des trois confédérés {drame d'JJri en 1511). L'historien Tschudi, de Glaris

(1) Les Gessler n'ont jamais possédé Kûssnacht, qui a donné son nom à ]a famille de chevaliers qui l'habitait, (î) Vilmar, Histoire de la littérature, p. 93. (3) La commune d*Uri a inscrit le nom de Tell dans son registre

Saroissialy et en 4387, elle a organisé des pèlerinages à la demeure e Tell; en 13S8, 114 personnes ont rendu témoignage d'aroir connu Tell.

(1515-1572), a essayé d^effacer toutes ces divergences. Obéissant à un aident patriotisme, il a voulu mettre en pleine lumière la gloire de la Confédération par une brillante et saisissante synthèse, et il a traité Thistoiré de sa fondation d'une manière libre, comme une épopée, un roman, « ou comme un tableau bistorlque dont le peintre groupe les figures héroïques de manière à obtenir TefiTet désiré (1). » Il a placé Tinsurrection dans le temps qui lui semblait le plus convenable (immédiatement avant la mort d'Albert en 1307 et en 1308), et il a donné les dates des jours bien que de plus anciens auteurs ne les aient pas déterminées. Il a sgouté de nouveaux noms (entre autres le prénom « Hermann » et la désignation de Bruneck au nom de Gessler, Walter Fiirst, Beringer de Landenberg, Conrad Baumgarten, Henri et Arnold Anderhalden, Wolfenschiess, etc.); il a cherché à concilier les contradictions des premiers chroniqueurs et à bien disposer toute Tordonnance de son dramatique sujet. Ainsi se produisirent peu à peu les vivants récits de la conjuration du Rûtli, de l'expulsion des baillis, de Tell, de Gessler et de Stauffacher que Jean de MûUer^ par son Histoire de la Suisse, et Schiller, par son beau drame de Guillaume Tell, ont rendus si populaires qu'ils sont encore dans toutes les bouches. Mais quand Eutychès Eopp, professeur à Lucerne en 1835, publia les documents relatifs à la naissance de la Confédération, on reconnut clairement l'inexactitude de ces récits. Il fut ainsi prouvé que la délivrance eut lieu peu à peu par l'obtention et la confirmation des franchises impériales, que l'alliance perpétuelle fut formée en 1291 à Brunnen (et non au Rutli); que les Gessler et les Landenbei^er n'ont jamais rien eu à démêler avec les Waldstaetten, etc. Ces docu-

(1) G. Meyer de Knonau, p. 35.

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ments démontrent surtout que la destruction des châteaux forts des vassaux de Habsbourg ne peut avoir eu lieu qu*au milieu du xiii® siècle (1247-1252), ce qu'établissent également les rapports les plus anciens (Justinger) (1). n ressort en outre de ces documents que la tradition a conservé fidèlement des souvenirs isolés et qu'elle a exactement retracé le rôle joué par la famille de Stauffa* cher comme landammann de Schwitz, et par les Wemer d^Attinghausen comme directeur d'Uri. Depuis Kopp on ne se borne pas à nier les traditions, mais on s'efforce d'en expliquer Torigine (Vischer et Meyer de Enonau) et d'y démêler la vérité et Terreur. On reconnaît déplus en plus la valeur et l'attrait de la tradition; on l'apprécie comme une création poétique qui exprime avec une vérité naïve les sentiments et les mœurs du peuple suisse. Bien souvent elle a inspiré des actions patriotiques, et nul n'arrive à l'adolescence sans avoir senti dans son cœur l'béroïsme, le courage et l'entbousiasme pour la liberté que la légende attribue aux confédérés.

(i) On peut admettre alors une conjuration au c Rûtli, • si Ton veut sauyer la réputation classique de notre propriété nationale.

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