CONFÉDÉRATION DES HUIT GANTONS
assiégea Soleure en 1318; les Soleurois se défendirent vaillamment, et le pont sur l'Aar s'étant rompu sous le poids des Autrichiens, ils sauvèrent généreusement leurs ennemis. Ainsi échouèrent les desseins formés contre les Waldstaetten ; ceux-ci trouvèrent Toccasion de se fortifier en s'unissant à ceux qui partageaient leurs sentiments, tandis que la maison d'Autriche était occupée d'autres conflits et subissait des revers dans d'autres pays. Le commun danger les rapprocha des villes bourguignonnes et surtout de Berne et de Thoune ; ils s'eiforcèrent avant tout, de gagner le voisin dont la politique hostile leur avait été le plus nuisible et dont Tamitié était pour eux une impérieuse nécessité ; ce voisin était Lucerne, qui déjà lors du premier soulèvement contre Habsbourg, en 1250, avait fait alliance avec eux. Leurs relations de commerce et de contiguïté rendaient leurs intérêts communs. Menacée aussi par TAutriche, la ville de Lucerne était plus disposée à resserrer son alliance avec les Waldstaetten. Depuis qu'elle avait passé de la domination tempérée du couvent de Marbach à celle de la maison de Habsbourg, elle devenait de plus en plus dépendante, et ses maîtres, peu soucieux de son bienêtre et de ses droits, étaient sourds à toutes ses demandes de franchises. Il se forma dans son sein un parti qui voulait une alliance avec les Waldstaetten. La situation fut encore plus tendue entre la ville et ses tyrans lorsque les citoyens eurent juré solennellement de se défendre contre toute usurpation. Le bailli autrichien de Rotenbourg, dans le ressort duquel se trouvait Lucerne, regarda cet acte patriotique comme dangereux pour ses maîtres, et il somma les villes d'y renoncer. Le parti de Talliance l'ayant emporté, Lucerne conclut le 7 novembre 1332 un pacte d'amitié perpétuelle avec les . trois
Waldstaetten ; ce pacte donna lieu à de longues et violentes luttes entre Lucerne, les cantons forestiers et les partisans de rAutriche ; le bailli de Botenbourg attaqua Lucerne et força la ville de rompre le traité et de rendre obéissance à ses anciens despotes (juin 1336). Dans un incendie, qui désola la ville, les gens de Nidwalden lui prêtèrent un généreux secours, malgré une contestation qu'ils soutenaient contre Lucerne.
Cependant le parti de l'alliance reprenait des forces (1) ; il s'afirancbissait de ses principaux adversaires et rétablissait la ligue avec les Waldstaetten. Dans cette union nouvelle des quatre cantons s'introduisit pour la première fois un élément citadin. Elle francbit les montagnes et s'enracina aussi dans la plaine; les villes bour« guignonnes s'étaient déjà rapprochées d'elle. La lutte recommença de tous côtés; dans la Suisse occidentale; comme dans la Suisse orientale, les bourgeois et les paysans jetaient le gant à la noblesse.
§ 21. Premières victoires de Berne sur la noblesse DE l'Obbrland. Victoire de Laupbn. — A l'ouest, la bourgeoisie de Berne profita de la décadence financière et morale de la noblesse de Eibourg (2). Hartmann de Kibourg avait été tué par -son frère Eberhard dans une querelle à l'occasion du partage de Théritage de Kibourg (3) ; et le meurtrier, craignant la vengeance de rAutriche qui était l'alliée de son frère, rechercha l'appui de la ville de Berne à laquelle il donna le fief de Thoune et des espérances du côte de Burgdorf. Les Bernois
(1) Cet événement a donné lien à la légende du massacre de Lucerne ; les rapports du temps ne mentionnent pas l'histoire de Tenfant qui révéla la conjuration au fourneau.
(2) £. de Wattenwill-Diesbach, Histoire de la ville et du canton de Berne,
(3) Rapports de la nouvelle maison de Kibourg avec Pandenne, page 33.
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entraînèrent dans leur alliance anti-autrichienne le roi Louis, et, en 1323 les Waldstaetten. Us conquirent Laupen en 1324, détruisirent le château de Wildenstein dans le Jura et combattirent avec Eherhard contre les comtes de Neufchâtel. Mais Louis se réconcilia avec TAutriche en 1330, et Eberhard, qui s'était brouillé avec Berne, suivit son exemple.
Les Bernois, se retrouvant seuls, sentirent se réveiller leur ardeur belliqueuse; ils ravagèrent le château de Gûmminen en 1332, attaquèrent Eberhard, lui prirent Landshut, combattirent contre les seigneurs de Weissembourg dont ils précipitèrent la ruine; ils rasèrent Straettlingen et d'autres châteaux; et enfin ils conquirent sur les seigneurs de Weissembourg la vallée d'Hasle (1335). Cette conduite audacieuse de Berne exaspéra la noblesse, qui trouva bientôt une occasion jfavorable pour témoigner sa haine à la ville. Le roi Louis, excommunié par le pape, n'ayant pas été reconnu par Berne, résolut de lui faire la guerre ; et tous les seigneurs boui^ignons se liguèrent avec lui contre Berne. Dans cette ligue se trouvaient au premier rang les comtes de Eibourg, de Nidau, d'Aarberg,de Strassberg, de Neufchâtel, de Greyerz et les ducs d'Autriche. La ville de Fribourg se joignit à eux par jalousie contre Berne. Us s'assemblèrent à Nidau, renouvelèrent toutes leurs réclamations; et, comme Berne ne leur donnait pas pleine satisfaction, ils résolurent sa perte et déclinèrent avec mépris toute négociation pacifique. A chaque rencontre, les nobles raillaient Berne par ces paroles : « Si tu es Berne, courbe-toi ». Les seigneurs se vantaient déjà d'avoir déchiré ses lettres de franchise. Au printemps de 1339, ils marchèrent au nombre de plus de 15,000 sur Laupen que défendit vaillamment le chevalier Jean de
Bubenberg, jusqu'à ce que les Bernois fussent accourus. Geux-ci avaient des troupes auxiliaires de Soleure, des Waldstaetten, de la vallée d'Hasle et de celle de Simmen , réunies sous une bannière rouge portant une croix blanche (1), et formant en tout une armée de 5,000 hommes. Us attaquèrent avec furie, et, après un combat d'une heure et demie, les nobles succombaient. Cette brillante victoire de Laupen, le 22 juin 1339, affranchit les Bernois et leur rendit une pleine prépondérance. La forteresse du chevalier Jordan de Burgistein, qui s'était ri de leur détresse, fut détruite et la noblesse ennemie châtiée. Sous la conduite de Rodolphe d'Ërlach, ils marchèrent contre les Fribourgeois, leur firent subir une sanglante défaite et ravagèrent les environs de leur ville. Partout Berne triomphait; tout le pays semblait reconnaître sa souveraineté, et Ton disait avec étonnement que Dieu s'était fait citoyen de Berne et combattait pourla ville. Cependant, ainsi que ses ennemis, elle aspirait à la paix qui fut conclue en 1342 avec TAu triche pour dix ans. Berne promettait à l'Autriche des secours en temps de guerre. Après cela, elle renouvela son alliance avec les Waldstaetten dont l'appui, à Laupen, lui avait été d'un aide si puissant et auxquels elle s'attacha plus étroitement dans le danger commun. Berne formait pour ainsi dire le boulevard occidental de la confédération ; et, grâce aux nouveaux conflits de l'Autriche dans la Suisse orientale, elle devint à jamais membre de la confédération.
§ 22. Alliance avec Zurich, Glaris, Zua bt Berne. — Comme Berne à l'ouest, Zurich formait à Test le centre
(1) C'est la première mention de cette enseigne fédérale qui provient des armes de Schwitz. La participation de Rodolphe d^Erîach à la bataille de Laupen parait douteuse, d'après de récentes informations.
ALLIAJiGB AVEC ZURICH, OLARIS, ZU0 ST BBRNE d3
du mouvement; mais, àTopposé de Berne, Zurich cherchait à se fortifier en s'unissant avec TAutriche. Depuis 1292, rinûuence de celle-ci croissait dans la Suisse orientale : Zurich ne put s'y soustraire, mais ce fut son maire, Rodolphe Brun, qui opéra son alliance stvec TAutriche. Cet homme, dévoré d'ambition, aspirait à la direction suprême de TÉtat. Il profita de la lutte engagée entre les patriciens ou la vieille bourgeoisie prédominante et les artisans exclus du gouvernement, lutte qui des villes de TAllemagne s'était propagée jusqu'à Zurich. Brun se mit à la tête du parti des artisans et parvint à établir une nouvelle constitution (1335-1336), qui accordait à ceux-ci des droits égaux à ceux des patriciens (constitution et corporation). Puis il rechercha Tappui de l'Autriche qui, dans l'intérêt de Brun, amena la paix entre la ville et les conseillers bannis. Ces derniers fomentèrent de secrètes intrigues, et, soutenus par le comte Hans de Rapperswyl, ils tentèrent de renverser le boui^mestre et ses adhérents. Mais Brun fut assez vigilant et assez rusé pour les prévenir ; dans la nuit où il devait tomber (nuit sanglante de Zurich, février 1350), il fit sonner le tocsin et massacrer les conjurés dont bien peu furent sauvés. Ensuite il marcha sur Rapperswyl qu'il détruisit. Mais par ses violences, il s'attira la haine de la noblesse et môme de l'Autriche, qui d'abord lui avait été favorable, et il perdit ainsi ses plus importants appuis. Cependant il ne se découragea pas et, comme les Bernois à Laupen, il songea . aux Waldstaetten, dont Zurich était l'alliée depuis cent ans. Sur ses instances, la libre ville impériale entra, le l®"* mai 1351, dans l'alliance perpétuelle des confédérés. Ainsi la confédération s'affermit dans la plaine ; tout le pays entre le Grimsçl, l'Aar, le Rhin, la Thur et le Saint-Gothard, formait un
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cercle dans rintérieur duquel les confédérés promirent de se prêter secours. Mais rAutriche ne voyait pas d^un œil indifférent les progrès de la confédération. Le duc Albert renouvela contre elle la tentative qui avait échoué à Morgarten ; et, pour Tanéantir, il assiégea Zurich (septembre 1351), défendue par une garnison confédérée. Les alliés penchaient vers la paix, mais les conditions de rAutriche furent si rigoureuses, que les négociatioiLS ne purent aboutir et le combat continua. Zurich et les Waldstaetten conquirent Glaris. Ce pays, apanage de l'Autriche, était depuis longtemps brouillé avec ses maîtres, et il s'était ligué, en 1323, avec les Waldstaetten. Il reçut les confédérés comme des libérateurs, il défit complètement le bailli autrichien à Rautifeld, près de Naefels, et entra avec joie dans la ligue perpétuelle, le 4 juin 1352. Sur d'autres points, les confédérés forent aussi victorieux; les Zurichois battirent, en décembre 1352, une troupe d'Autrichiens à Tûtwil ; Zug, outrageusement abandonné par le duc Albert, se rendit aux confédérés et entra dans la ligue le 27 juin 1352. Mais le duc Albert voulut regagner d'un coup tout ce qu'il avait perdu par ses échecs successifs. Tous ses partisans lui fournirent des hommes ; Berne elle-même, par le traité de 1342, était obligée de lui prêter secours. Gomme l'année précédente, il marcha sur Zurich, le plus proche et le plus important avant-poste des confédérés (21 juillet 1352), mais il y rencontra une si courageuse résistance, de la part des Zurichois et de leurs alliés, qu'il leva le siège au bout de trois semaines. Ainsi les confédérés l'emportaient; mais Zurich, entraînée par Brun, prit une position intermédiaire entre l'Autriche et la confédération, et, se croyant une ville impériale plutôt qu'un membre de la confédération, elle conclut isolément la
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paix de Brandebourg (1) (3 septembre 1352). Cette paix fut désastreuse : Glaris et Zug durent de nouveau prêter obéissance à TAutriche ; Schwitz et Unterwalden furent contraints de laisser jouir leurs maîtres autricbiens des revenus de leurs terres et de s'engager à ne jamais] se liguer avec d'autres villes ou pays du duc. Mais la ligue s'accrut par Fadbésion de Berne. Déjà, pendant le siège de Zurich, les Bernois avaient quitté le camp autrichien, profitant de Texpiration du traité de 1342 qui les obligeait de fournir des secours aux (Lues, et ils avaient renouvelé leurs relations amicales avec les confédérés. L'Autriche était réconciliée avec les Waldstaetten par le traité de Brandebourg et Berne, sans entrer directement en hostilité avec elle, conclut avec les confédérés une alliance perpétuelle, le 6 mars 1353. Une seconde ville impériale s*était ainsi jointe à la confédération, dont l'in» fluence et la puissance s'étendaient sur toute la Suisse occidentale. Gomme Zurich au nord-est, Berne formait l'un des plus solides boulevards du sud-ouest. L'entrée des deux villes dans la confédération lui assura nonseulement la durée, mais aussi le pouvoir politique dans l'empire allemand.