‹ Histoire du peuple suisseChapitre 31 sur 125 · LA SUISSB GONSIDÉRÉB GOMME ÉTAT MILITAIRE EUROPÉEN · texte numérisé non relu

LA SUISSB GONSIDÉRÉB GOMME ÉTAT MILITAIRE EUROPÉEN

1* Affranchissement et a4hésion d'Appensell, dn Valais

et des Grisons.

Si, après leurs victoires dans les guerres d'indépendance , les huit cantons confédérés n'avaient pas été attaqués et que leurs voisins n'eussent pas pris garde à eux, leur confédération ne se serait pas étendue beaucoup par elle-même. Mais leur exemple fut suivi et réveilla des idées de liberté qui ne leur permirent pas de rester dans rinaction. Ainsi la confédération s'étendit de tous côtés, et bientôt elle fut entourée d'une forte enceinte de municipalités, dont les plus grandes et les plus importantes étaient dans les cantons d'Appenzell, du Valais et des Grisons.

§ 26. Adhésion d'Appenzell (1). — La majeure partie des fiefs d'Appenzell et de la ville de Saint-Gall étaient échus à l'abbé de Sain1>-Gall. Pendant que les abbés cher-

(1) Zeliweger, Histoire (TÀppenieU,

ADH^SIOlf D'APPBNZBLL 79

chai^it à faire valoir et à étendre leurs droits, les habitants d'Appenzell et de Saint-Gall s^e^orçaieat de se rendre indépendants. En ] 376, Tabbé Georges de Wildenstein ne put empêcher les gens d'Appenzell, de Hund wil Umaeschen, Gais et Teufen de se liguer avec les villes allemandes des bords du lac de Constance, et de se donner des chefs communs, librement élus. Bientôt la résista4ce fut générale. La ville de Saint-Gall rechercha la faveiy* de l'empereur, et celle de Wil se révolta. Lo successeur de Georges Guno de Stoffeln parut dominer le n^ouvement par une habile politic[ue et une forte compression. Il sut gagner Tempereur, se ligua môme avec les villes impériales, avec Tappui desquelles il força les habitants d'Appenzell de lui rendre hommage et de lui payer des impôts, des revenus et des dîmes ; les mécontents durent payer double contribution, et Wil fut occupé par des soldats autrichiens. Ce fut le signal de la révolte ouverte et générale. Résolus d'en venir aux dernières extrémités, les habitants d'Appenzell s'unirent, en 1401, à ceux de Saint-Gall, et marchèrent sur le château abbatial de Clanx. Grâce aux efforts des villes impériales, dont Tabbé était lui-même citoyen, Saint-Gall se réconcilia avec lui; mais les gens d'Appeazell persistèrent dans leur soulèvement ; en 14(fê ils se liguèrent avec Schwitz qui leur envoya des secours et mirent leur pays en état de défense ; en même temps, ils détruisirent plusieurs châteaux forts et s'approchèrent tout près de Saint-Gall. A l'appel de Guno, les troupes des villes impériales s'étaient rassemblées, et le 15 mai 1403, elles se réunirent avec les gens de l'abbé et ceux de Saint-Gall, en tout 5,000 hommes, sur la hauteur de Voeglinseck, où les attendaient 200 Appenzellois, 300 Schwitzois et 200 Glaronais. Malgré I51 disproportion du nombre, elles furent repoussées

après une courte et sanglante action, laissant deux cent cinquante hommes sur le champ de hataille. A la suite de cet échec, les villes impériales firent la paix avec les Appenzellois, laissant Tabbé continuer seul la lutte (1404); celui-ci sollicita Tappui du duc d'Autriche qui ne se décida qu'avec répugnance à intervenir; mais lorsqu'il se fut déclaré pour l'abbé, les Schwitzois se retirèrent afin de ne pas violer le traité de 1394. Saint-Gall, au contraire, s'unit aux Appenzellois, qui furent soutenus aussi par le comte Rodolphe de Werdenberg, que l'Autriche avait chassé de ses possessions. Les Autrichiens s'avancèrent en deux divisions, dont l'une campa devant Saint- Gall et l'autre d'Altstsetten se prépara à l'attaque. La première fut complètement défaite ; la seconde, qui occupait une position désavantageuse, près du Stoss, fut presque entièrement anéantie par les Appenzellois, qui descendirent de la hauteur, sous la conduite du comte de "Werdenberg (18 juin 14(fô) (1). Le duc d'Autriche découragé renonça à la lutte, et les Appenzellois, déployant librement leurs forces, obtinrent des succès rapides et inespérés. Ils renouvelèrent leur alliance avec Saint-Gall, soumirent dans leur marche victorieuse toute la vallée du Rhin, délivrèrent les villes de "Werdenberg, Sargans, Feldkirch, Bludenz, et conclurent avec elles « l'alliance sur le lac » ; le district de Toggenbourg s'y adjoignit aussi. Cette ligue formait pour ainsi dire une seconde confédération à côté de celle de la Suisse ; elle tenait des assemblées particulières et agissait à l'extérieur comme une puissance indépendante. Dans l'ivresse de la victoire et l'ardeur de la vengeance contre une si longue tyrannie, les Appenzellois ravagèrent les domaines des sei-

(i) L'histoire d'Uli Rotach et celle des femmes d*Appenzell n'ont été rapportées que bien plus tard et ne sont pas dignes de foi.

ADHÉSION D'aPPENZELL ëi

gneurs voisins et des villes ennemies ; ils détruisirent plus de cinquante châteaux. L'abbé de Saint-Gall avait pris la fuite ; ils se saisirent de lui et le reconduisirent avec dédain de Wil à son couvent (1407). La Thurgovie et le Voralberg furent envahis, le. comté do Kibourg et toute la Souabe étaient consternés de la fureur effrénée de ces montagnards irrésistibles. Aussi essaya-t-on contre eux des efforts désespérés; l'empereur assembla des troupes et le comte de Toggenbourg retira ses sujets de la ligue. Les bourgeois de Constance et la noblesse de Souabe se liguèrent, surprirent les Âppenzellois devant Bregenz (8 décembre 1408), et les mirent en déroute. Après cette défaite, la ligue sur le lac fut dissoute et les Appenzellois, humiliés dans leur orgueil, renoncèrent à de nouvelles invasions. C'est alors qulls furent menacés de nouveau dans leurs propres domaines; car l'empereur voulait les soumettre à l'abbé. Dans leur soudaine détresse, ils jurèrent de rester étroitement unis et se donnèrent une constitution qu'ils promirent -de garder à perpétuité ; ils trouvèrent un nouveau partisan dans la personne de Frédéric de Toggenbourg, qui espérait se servir d'eux contre l'Autriche et pour la conquête de la vallée du Rhin ; enfin ils gagnèrent aussi les confédérés, qui les reçurent dans leur alliance, le 1®' septembre 1411. Ainsi la liberté d'Appenzell fut assurée par son adhésion à l'alliance des sept cantons, sans compter Berne. La ville de Saint-Gall suivit son exemple, une année après, car elle avait forcé le nouvel abbé de reconnaître son indépendance. En vain ses successeurs s'efforcèrent-ils de recouvrer leurs droits de souveraineté, ils furent obligés de se contenter de quelques revenus et impôts qu'ils perdirent peu à peu. Mais la réunion d'Appenzell et de Saint-Gall aux confédérés fut confirmée après les

d.ï:ndlikgr 6

guerres de Zurich, pendant lesquelles ils avaient soutenu l'Autriche.

§ 27. Affranchissement du Valais (1). — Ainsi (pie les Appenzellois, les habitants du Valais recherchèrent le secours des confédérés pour conquérir l'indépendance, n y avait dans ce canton beaucoup de gens libres ^ contrecarrés toutefois par une aristocratie puissante. Le pays était divisé en deux parties distinctes : le Haut- Valais, presque en entier allemand, sous la domination de révéque de Sion, et le Bas-Valais dont la population était romane (française), sous le duc de Savoie. Le Haut- Valais avait acquis peu à peu, comme d'autres districts ecclésiastiques, une situation plus indépendante. Les associations particulières appelées dizaines avaient obtenu quelques franchises que l'empereur Charles IV (1354) leur avait confirmées. Chaque dizaine avait son tribunal et toutes étaient réunies sous un chef de district et un conseil. Déjà Tévèque avait cherché à se fortifier contre ces préludes d'affranchissement, en concluant une alliance avec les comtes de Savoie; mais ceux-ci songeaient à profiter de cette circonstance pour étendre leurs droits dans le Valais. Ainsi le comte Amédée VII de Savoie s'immisça dans une querelle entre révoque et la ville de Sion. Ce conflit alluma une guerre dévastatrice, dans laquelle Amédée et l'aristocratie (peu de temps après la victoire des confédérés, près de Naefels), furent défaits près de Visp, par les gens du Valais (1388). Enfin (1392), les puissants barons de Raron négocièrent une paix très-défavorable aux Valaisans et très-avantageuse pour la Savoie* A partir de cette époque, les sei* gneurs de Raron (les frères Witchard et Guillaume) et la Savoie étaient ligués contre les franchises de la ville de

(l) Furrer, Histoire du Valais.

Page 1