AFFRANCHISSEMENT DU VALAIS
Sion; la famille de Raron, la plus puissante alors du Valais, réunissait la puissance d'un évoque et celle d'un chef de district, et elle possédait encore de sûrs points d'appui à Berne où elle avait droit de citoyen, et auprès des ducs de Milan. Aussi se flattaient-ils de pouvoir assujettir le pays. Mais en 1414, les confédérés ayant été chassés de la vallée d'Eschen précédemment enlevée par eux aux Milanais, les Valaisans s'insurgèrent. On convoqua le ban et l'arrière-ban autour de la bannière féodale; le château des ancêtres de Raron, Beauregard, fut détruit et Witchard fut expulsé de Raron (1415). Les Raron ayant recherché l'appui du comte de Savoie, les Haut-Valaisans conclurent une alliance perpétuelle avec Uri, Unterwalden et Lucerne, avec lesquels ils entretenaient depuis longtemps de bonnes relations commerciales. Mais les Bernois soutinrent les Raron comme leurs co-bourgeois. La guerre recommença et se poursuivit avec les péripéties les plus diverses ; tantôt les Bernois et Witchard pénétrèrent dans le Valais qu'ils saccagèrent ; tantôt les Valaisans envahirent les États de Berne; enfin la paix fut négociée par les confédérés (1420); mais l'intervention de Berne et de la Savoie rendit cette paix désavantageuse aux Valaisans, qui furent contraints de payer une indemnité de guerre à Berne et aux Raron. Cependant au point de vue politique, ils en recueillirent des fruits précieux et durables. La place de chef de district fut à toujours occupée par des citoyens agréés par le peuple; une nouvelle constitution accorda au peuple plus de part au gouvernement (élection des fonctionnaires, des juges, des conseillers); l'évoque n'eut plus le droit de nommer ses agents sans l'agrément du pays. Vers la fin du siècle, l'union du Valais avec les confédérés fut consolidée par la participation du Valais aux guerres de Bourgogne.
84 LA SUISSE ÉTAT âilLITAlRK (1400-1516)
§ 28. Alliance avec les Grisons. — Dans aucune autre contrée, le territoire n'était aussi morcelé qu'en Rhétie (1). Sur les hauteurs qui couronnent les vallées du Rhin et de ses affluents, s'élevaient de nombreux châteaux forts dont nous voyons encore aujourd'hui les ruines romantiques. Ces châteaux étaient les résidences des puissants barons de Werdenberg, Sargans, Raziins, Montsax, Vaz, Montfort, etc., etc. Les évêques de Coire surtout occupaient de vastes domaines; ils possédaient presque tout le pays, à l'exception des vallées du Rhin antérieur, du Prîettigau et du Davos , et beaucoup de familles de seigneurs subissaient leur suzeraineté. Mais il y avait aussi de libres communes, analogues aux dizaines du Valais; on les appelait juridictions, et elles furent les précurseurs de la liberté, comme les cantons forestiers de la Suisse. Ce qui fut surtout favorable à leur affranehissement, c'était que leurs nombreux seigneurs se tenaient mutuellement en échec, ou se liguaient avec le peuple dans un but commun, celui de restreindre la puissance ecclésiastique de l'évoque. Aussi le peuple vivait-il presque toujours en relations pacifiques avec l'aristocratie. Les alliances furent un moyen efficace d'affranchissement ; la première naquit dans les domaines de l'évoque. Lorsque Tévèque Pierre, oubliant rintérèt général, se fut mis au service de l'Autriche, ses sujets formèrent en 1367 « Talliance de la maison de Dieu » ; à partir de cette époque, ces confédérés paraissent avoir participé à tous les actes importants; Ils avaient des diètes, surveillaient Tadministration et ne supportaient que les évêques qui avaient leur agrément. Bientôt après cette alliance, qui comprenait le centre des
(I) Juvalta, Recherches sur les temps féodaux dans la Rhétie de Coire, Zurich, 1871.