Anéantissement complet de la puissance de TAutriche
en Suisse.
§ 29. Conquête de l'Argovie et « ancienne guerre PE Zurich. »— La paix de 1412 qui garantissait la Suisse des empiétements de l'Autriche, n'était pas suffisante pour assurer la durée et le libre développement de la confédération. Partout les confédérés étaient limités et séparés par des domaines autrichiens. Mais le premier prétexte de guerre vint de l'extérieur. Le duc Frédéric avait été frappé de proscription et de han, parce qu'il avait refusé de rendre hommage au roi Sigismond, et oflensé le conseil de Constance, en favorisant le pape Jean XXII, qui y avait été condamné. L'empereur Sigismond. au nom de l'empire, somma les villes et les pays d'attaquer les États de Frédéric. Les confédérés se décidèrent difficilement à rompre la paix de 1412 ; ce ne fut que sur les intimations réitérées de Sigismond et du concile que les Bernois envahirent l'Argovie autrichienne et ' s'emparèrent, sous la bannière impériale, de Zofingen, Aarbourg, Aarau, Lenzbourg et Brugg. Les Zurichois après eux, conquirent une partie du bailliage libre (de Knonau) ; bientôt il n'en resta plus rien* Les Lucernois prirent Sursee, Vilmergen, etc., etc.; les sept cantons (sauf Berne) réunis, prirent Mellingen, Bremgarten, et firent l'assaut de Baden dont le château (Stein) fut incendié (18 mai). Sigismond leur accorda à titre de biens de l'empire et moyennant une contribution en argent, toutes les conquêtes qu'ils avaient faites comme sujets de l'empire allemand. Ainsi les confédérés acquirent la pre-
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mière propriété commune, aux droits de laquelle Frédéric avait été forcé de renoncer. Mais les x)arents de Frédéric désavouèrent cette renonciation; ils eurent la satisfaction de voir naître une querelle au sujet de Théritage du dernier comte de Toggenbourg ; ils firent leur possible pour augmenter la division entre les confédérés et dissoudre leur alliance. Frédéric VII, de Toggenbourg, fut le seul seigneur important qui put conserver sa puissance au-delà du Rhin malgré les efforts du peuple pour se rendre indépendant. En se servant habilement de ses amis et de ses ennemis, il étendit considérablement ses anciennes possessions, et sut réunir sous sa domination le comté de Toggenbourg, Utznach, la Marche supérieure (1), Prœttigau, Malans, Maienfeld et Coire; il re^ tint en gage les États autrichiens de Sai^ans, Gaster (2), ainsi que Wesen et Windegg, la vallée du Rhin et Vorarlberg. Les confédérés, avec lesquels sa conduite avait toujours été équivoque, attendaient impatiemment sa mort, car il était sans enfants. Au commencement de son règne, il avait conclu avec Zurich, pour lui et le district de Toggenbourg, une alliance de mutuelle défense qu'il renouvela plus tard (1416). Il en forme une autre de cinq ans avec Schwitz et Glaris. Mais quand Zurich eut porté préjudice à ses droits sur Wesen, Windegg et Gaster, il se porta vers Schwitz. à qui il promit la Marche ; et il ne répondit que par des subterfuges et des prétextes aux missives par lesquelles Zurich le pressait de prendre des dispositions à Tégard de son héritage. Il mourut subitement le 30 avril 1436, sans testament. Sa mort fut
(1) • Marche t était le nom du territoire situé sur la rive gauche da canal de la Lioth et du lac supérieur.
(2) Ainsi s*appelait le territoire de la rive droite du canal de la Linth*
la cause d*une funeste guerre civile entre les confédérés. Les Schwitzois et les Zurichois se posèrent en rivaux, comme prétendants à Thérltage; ceux-là, plus démo-^ crates, cherchèrent leurs appuis dans les campagnes, tandis que ceux-ci, suivant leurs tendances aristoi^ratiques, négocièrent avec la comtesse. Les Schwitzois se hâtèrent d'occuper la Haute-Marche, et Zurich se fit donner Utznach par la comtesse; mais les habitants de ce domaine et ceux de Gasler et de Toggenboui^ se laissèrent entraîner dans une alliance avec Schwitz, grâce la prudence et à Thabilcté du landamman Ital Reding Zurich en fut exaspérée; le bourgmestre Rodolphe Stiissi, plus ambitieux et plus présomptueux que Reding, était résolu d'assurer, par tous les moyens possibles, la prépondérance à sa ville et à lui-même.
Il exclut aussitôt Schwitz du marché de Zurich et mit ainsi les pays voisins en grande détresse ; mais Schwitz ne se laissa pas contraindre ainsi et en référa à la sentence d'un tribunal arbitral confédéré ; Zurich, de son côté, récusa la médiation de celui-ci, bien qu'elle fût liée par la lettre de Talliance de 1351 ; elle prétexta sa qualité de ville impériale pour ne reconnaître qu'un seul tribunal arbitral, devant lequel comparaissaient les villes impériales ; et eVe prit aussitôt les armes. L'union et la fraternité des confédérés étaient tout à coup oubliées ; Zurich se flattait de pouvoir tout justifier par sa qualité de ville impériale. Après un premier combat défavorable aux Zurichois, à Etzel, en mai
1439, les deux parties firent la paix qui, en réalité, n'était à leurs yeux qu'une suspension d'armes et un moyen de faire de nouveaux préparatifs de guerre. Cependant Zurich se ligua avec Sargans ; dès le mois de novembre
1440, les armées campèrent pour la seconde fois à Etzel.
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La soudaine apparition des gens d'Uri et d'Unterwalden du côté des Schwitzois effraya les Zurichois à tel point qu^ils laissèrent leur déjeuner et se retirèrent en toute hâte. En conséquence de leur fuite, toute la rive gauche du lac avec le bailliage deKnonau tomba entre les mains de leurs ennemis ; en outre, Zurich fut obligée de rouvrir son marché et de céder à Schwitz et à Glaris le pays de Sargans, Pfœfikon , Wollerau , Hurden et Ufenau. Cette humiliation lui fut bien amère, et Sttissi surtout, qui voyait toutes ses espérances déçues, ne songeait plus qu'à venger sa honte sur les confédérés, et qu'à leur arracher leur proie. Il en trouva le moyen dans un rapprochement avec rAutriche; ainsi que Brun en 1356 et Schœno en 1393, Stûssi et son parti n'hésitèrent pas à s'appuyer entièrement sur FAutriche. Et, sous leur inilueuce, la bourgeoisie de Zurich conclut une alliance défensive avec l'empereur Frédéric III et son frère Albert, malgré Topposilion du parti confédéré dont les chefs étaient Meiss, Trinckler^ et Biuntschli ; et elle promit même de céder à l'Autriche la plus grande partie du comté de Kibourg (l). Frédéric, de son côté, s'engagea à faire restituer à Zurich, Toggenbourg et Utznach; de plus on ré£i0lut de fonder une nouvelle confédération autrichienne, dont Zurich serait la tête. Frédéric III confirma ses promesses par ime visite à Zurich, qui le reçut avec transport, acclamant ainsi les insignes autrichiens (les plumes de paon). Toute la confédération laissa éclater sa juste indignation contre cet allié infidèle ; Zurich invoqua son droit de libre alliance que la lettre du traité de 1351 lui avait réservé ; mais, aux yeux des confédérés,
(l) Le comté de Kibourg avait été donné par l'Autriche en gage à Zurich en 1424; Zurich n*en garda que le territoire sur la rive gauche de la Glatt.
elle avait commis un véritable forfait contre l'esprit du traité, contre les anciens frères d'armes et les principes traditionnels. La conduite de Zurich donnait à rennemi mortel de la confédération Toccasion de relever la tète au milieu môme des confédérés. L'empire allemand, considérant cette expédition comme une entreprise autrichienne, refusa son appui à Frédéric. MaisSchwitz, sans perdre courage, déclara, le 20 mai 1443, la guerre à l'Autriche et à Zurich. Après un combat défavorable sur la frontière près de Freienbach, les Zurichois se retirèrent et, pour la seconde fois, la rive gauche du lac et le bailliage tombèrent entre les mains des confédérés. Le 22 juillet 1443, l'armée zurichoise, faible, mal disciplinée et divisée, fut complètement mise en déroute près Saint- Jacob sur la Sihle ; Stûssi lui-même tomba en voulant empêcher la fuite et défendre le pont de la Sihle. Cependant le parti autrichien conserva la prépondérance dans la ville : il profita même d'une trêve conclue à la hâte, pour écarter par une émeute populaire les chefs du parti confédéré (Meiss, Trinkler, Bluntschli), et rassembler toutes ses forces pour continuer la guerre. A l'expiration de la suspension d'armes, les confédérés se levèrent de nouveau (avril 1444) et envahirent pour la troisième fois les possessions zurichoises, ravageant toutes les campagnes. La forteresse de Greifensee fut forcée de se rendre après s'être défendue vaillamment environ quatre semaines sous le commandement de Wildhans de Landenberg. On établit des conseils de guerre pour juger la garnison qui, selon la sentence de la majorité (Lucerne et Schwitz s'y opposèrent) (1) fut exécutée sans pitié. Dix
(1) Th. de Liebenau, index de VHistoire de la Suisse, 1873, n» 2, p. 303. Les rapport^ zurichois^ pc^r haine départi, eu avaient injustement attribué la faute à Ital Reding.