‹ Histoire du peuple suisseChapitre 35 sur 125 · CONQUÊTE DE L'ARGOVIE · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE L'ARGOVIE

seulement furent épargnés; soixante^ix sur quatrevingts payèrent de leur vie Thonneur d*avoir fait leur devoir. Les confédérés ne réussirent ni à prendre Zurich d'assaut, ni à tromper la vigilance des défenseurs de la ville. Parmi eux s'organisa une compagnie d'audacieux jeunes gens, surnommés les Boucs, qui fit éprouver des pertes sensibles aux assiégeants, par des sorties imprévues, portant dans leurs rangs le massacre et le pillage. Malgré ces difficultés, le siège fut continué. Pour amener une solution, TAutriche chercha des secours à l'étranger et décida le roi de France à tenter une expédition contre les Suisses. Le Dauphin vint par Bâle , dans Tété de 1444, avec 30,000 brigands mercenaires, appelés Armagnacs (1), et menaça les confédérés de mort et de destruction. Une petite troupe de 1200 à 1400 Suisses alla au-devant de lui ; à peine eurent-ils aperçu Tarmée ennemie près de la Birse, qu'ils s'élancèrent sur elle de l'autre côté de la rivière, malgré la défense de leurs chefs, et sûrs de vaincre leurs puissants adversaires. Bientôt accablés par rartillcrie et la cavalerie ennemies, ils se retranchèrent derrière les murs de l'hôpital de Saint-Jacob et s'acharnèrent à la lutte avec un courage de lion, jusqu'à ce que le dernier d'entre eux fût tombé. Leur mort héroïque fut un triomphe; car elle avait coûté de si grandes pertes au Dauphin (8,000 hommes) qu'il abandonna l'entreprise et s'éloigna rapidement. Les confédérés levèrent aussi le siège de Zurich (août); la guerre se ralentit , et , au bout de deux ans, la lassitude générale fit désirer la paix. Là encore, Zurich tint opiniâtrement à ses droits de libre ville impériale et traîna les négociations en longueur (1446-1450). Enfin, un tribunal arbitral, présidé par le

(l) parce que le noyau de ces troupes était originaire de la commune d'Armagnac,

magistrat Henri de Bubenberg^ de Berne, au nom des villes impériales , régla définitivement la question et jugea que Zurich, dans Tintérét de la confédération ? devait renoncer à l'alliance de TAutriche. Ainsi Talliance suisse ne fut plus une alliance relâchée des divers cantons, mais une alliance de droit commun, engageant à toujours chacim de ses membres. Les confédérés restituèrent à Zurich toutes leurs conquêtes à l'exception des hameaux supérieurs du lac. A partir de cette époque, le parti confédéré prévalut complètement dans la ville de Zurich. La société des « Boucs », exclue de la paix, fut forcée de subir Texil et ne rentra que beaucoup plus tard. En 1454, pendant les fêtes du carnaval, le chanoine de Zurich, Haemmerlin, fut attaqué par des confédérés et emmené prisonnier, parce que, dans un écrit « sur Taristocratie » il avait tourné les Schwitzois en ridicule en les appelant d'efféminés museaux de vaches, et qu'il les avait représentés comme des paysans sans aveu, horribles et abjects. L'esprit de Talliance semblait régénéré; en 1451 et 1454 les confédérés réconciliés s'unirent avec Saint-Gall et améliorèrent la position juridique de Glaris. Mais le résultat le plus important fut Téchec de la troisième tentative de l'Autriche pour dissoudre la confédération avec le secours de Zurich. § 30. — Nouvelles conquêtes des confédérés,

ACCOMMODEMENT AVEC L* AUTRICHE. — Après leS glorlOUX

incidents de cette longue guerre, les confédérés s'unirent plus étroitement que jamais. Le sentiment de leur force les poussa à ne négliger aucune occasion de faire valoir leur supériorité militaire et d'étendre leurs possessions. Mettant au second rang l'activité pacifique, ils se livrèrent sans modération au métier des armes où ils avaient si souvent éprouvé leur valeur, et se laissèrent entraîner

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