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La contre-réformation et ses conséquences

§ 44. Partis religieux bt ligue de Borroméb. — La réaction catholique, apparaissant en Suisse après la bataille de Gappel , fut pour ainsi dire le prélude de la contre-réformation européenne qui remplit la seconde moitié du xvi^ siècle. Il semblait qu'une nouvelle race fût née; les sentiments nobles et conciliants d'Aebli, de Golder, Wengi, etc., s'étaient effacés, et Tintolérance réciproque atteignit le dernier degré de violence. Berne appliqua la première ce principe : « Celui qui possède un pays peut lui imposer sa religion, » en enlevant aux habitants inoffensifs de la vallée de la Saane son culte catholique et même ses divertissements et ses fêtes na-

(1) Henné- Amrhyn, Histoire de la Suisse.

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tionales, en 1555. La contre-partie eut lieu la même année dans les bailliages italiens. Les germes de la réforme avaient été transplantés à Locarno par les baillis évangéliques de Zurich et de Glaris; et ils y avaient trouvé un sol favorable ; bientôt le zélé prédicateur Beccaria fut à la tête d'une communauté considérable. Mais les cinq cantons firent décréter par la diète que les réformés n'avaient le choix qu'entre le retour au catholicisme et la proscription. Ceux-ci persistèrent dans leur refus d'apostasier, prêts à tout sacrifier à leur foi; au milieu de Thiver, plus de cent personnes traversèrent les Alpes couvertes de neige; elles reçurent de Zurich un accueil hospitalier et y trouvèrent, conune à Bâle, une nouvelle patrie (1).

Déjà, dans cette occasion, le légat du pape et Tinquisition romaine avaient découvert leur action et, depuis ce moment, les cantons catholiques furent en relations de plus en plus étroites avec la papauté, sans toutefois renoncer à leur indépendance. Ainsi ils prirent part à la réforme du catholicisme qui fut effectuée par le pape et les jésuites, au concile de Trente (jusqu'en 1563), et qui agrandit encore le gouffre qui séparait le catholicisme du protestantisme; mais ilsn'adoptèrent du concile de Trente que les résolutions qui ne menaçaient pas leurs libertés, et ils se liguèrent sans égard, pour leurs alliés confédérés, avec les puissances catholiques les plus intolérantes; en 1565, ils firent alliance avec Pie IV, qui leur promit assistance dans les afi'aires religieuses; ils se liguèrent aussi avec l'Espagne et la Savoie et se concertèrent sur les moyens d'extirper de force la nouvelle foi. Les étrangers excitaient leur zèle par des intrigues secrètes et par la con-

(1) Monographie de Ferdinand Meier, la Communauté évançé- Hque de Locarno,'

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cession de grands avantages. L'archevêque de Milan, Charles Borromée, qui avait fait avec rigueur de la contreréformation dans ses propres domaines, choisit la Suisse pour principal théâtre de ses menées. Il introduisit la contre -réforme à Misocco, s'efforça de gagner les États catholiques en essayant d'établir un séminaire de théologie catholique; il espérait ainsi faire pénétrer en Suisse l'inquisition et les jésuites. Dans son zèle infatigable, il s'avança trop, môme pour'les cinq cantons, qui se plaignirent de ses innovations et de ses empiétements, et demandèrent au pape un nonce pour régler les rapports ecclésiastiques ; ainsi parut en 1580, en Suisse, le premier nonce régulier, Buonuomo qui fixa son siège à Luceme. Mais Borromée poursuivait son but avec une inébranlable énergie. Il prit le bâton de pèlerin, traversa le Tessin, la vallée de Blegno, celle du Rhin antérieur et les cantons intérieurs; partout il fut reçu par le peuple enthousiaste, partout il le fortifiait pour la prochaine guerre de religion. Le nonce travaillait dans le même sens; dans sa tournée, il fut, non-seulement attaqué par les cantons réformés et accusé de les exciter à la révolte, mais il ne fut pas même reconnu par les cantons catholiques (Fribourg, Valais), qui craignaient pour leurs franchises ; les ecclésiastiques pétitionnèrent contre « le visiteur étranger » qui désapprouvait sévèrement leurs fautes et leurs négligences, et il demanda son rappel. Cependant des adversaires plus redoutables s'étaient introduits en Suisse; les jésuites» qui vinrent à Lucerne en 1574 et à Fribourg en 1580; les capucins, qui s'établirent à Altorf en 1581, à Stanz en 1583 et à Appenzell en 1588. Pendant que les jésuites agissaient sournoisement à l'école et dans les demeures des riches, les capucins, avec leurs pieds nus, leurs longues barbes et

leurs grossiers vêtements, devenaient l'idole du peuple et agissaient dans les chaumières des humbles citoyens.

Travaillés de cette manière, soulevés contre les réformés par des querelles continuelles, les cantons catholiques formèrent de nouveau le projet d'une ligue séparée; en 1586 se constitua la ligue de Borromée ou la ligue d'or (1), par laquelle ils se promirent secours et assistance pour punir les hérétiques et se défendre contre leurs agressions. En même temps ils conclurent une alliance avec le nouveau pape Sixte V, et, en 1587, avec Philippe II d'Espagne, le plus grand ennemi des hérétiques. Tout cela fut fait dans la prévision d'une nouvelle guerre religieuse.

§ 45. Effets de la contre-réformation. — A partir du concile de Trente, les cantons catholiques furent de plus en plus éloignés de leurs frères confédérés. La confédération était partagée en deux camps et ne pouvait plus songer à une action commune; les cantons ouvertement désunis travaillaient secrètement les uns contre les autres. Cet état de choses subsista jusqu'à la ligue de Borromée; non-seulement les cantons catholiques faisaient partout des tentatives de contre-réformation, mais encore ils s'opposaient à l'adoption des nouveaux membres de l'alliance qui se déclaraient protestants.

• Soutenu par les États catholiques, Tévêque de Bâle, qui s'était enfui à Porrentruy, s'efforça de recouvrer sa dignité, et rétablit de force le culte catholique à Laufien. Dans le Valais où en 1551 le parti réformé était si fort que l'on avait décrété la tolérance générale et l'égalité des droits, les catholiques provoquèrent le rapport du

(1) Ainsi nommée en mémoire de Borromée, mort en 1584, et aussi parce que le sceau de la bulle se trouvait dans une capsule d'or.

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décret et le rétablissement partiel du culte catholique ; et lors de rapparition des jésuites, vers la fin du siècle, les protestants furent ouvertement persécutés et chassés sans merci. Avec l'assistance des cantons catholiques, le duc Philibert-Emmanuel de Savoie obtint en 1564 la restitution des pays conquis en 1530 et convertis à la réforme par Berne, le Ghablais, le Genevois et Gex, et il chargea le jésuite François de Sales de la restauration de la religion catholique. Les Bernois, avec la garantie de la France, conservèrent le pays de Vaud dont on voulait leur contester aussi la possession. Charles-Emmanuel de Savoie (depuis 1580) chercha plusieurs fois à reconquérir la ville de Genève et ày reconstituer la puissance épiscopale; il était soutenu dans cette lutte par les cantons catholiques, le pape et FEspagne. Grâce aux divisions des cantons confédérés, Genève ne put se faire admettre comme membre de la confédération, mais elle résista vaillamment aux attaques du duc de Savoie. Après plusieurs assauts inutiles, celui-ci, en 1602, essaya de surprendre les assiégés dans la nuit du 21 au 22 décembre. Une troupe armée, profitant de Tobscurité, parvint à s'approcher des remparts. Déjà un certain nombre de soldats les avaient escaladés, lorsqu'un coup de feu réveilla les habitants qui accoururent, renversèrent les premiers assaillants et chassèrent les Savoyards (Escalade, 21-22 décembre). Charles-Emmanuel fut forcé de reconnaître Tindépendance de Genève. Les tentatives des catholiques n'eurent pas plus de succès dans les Grisons. Les partis religieux y étaient en même temps des partis politiques dont la France et l'Autriche recher^ chaient tour à tour l'alliance . Le parti autrichien (sous les ordres de Planta) qui avait reçu du pape la mission de travailleraurétabUssement du catholicisme, fut défaitenl56§

par les Français (sous les ordres de Salis) ; à partir de ce moment, les deux partis soutinrent une lutte incessante et acharnée. Le parti victorieux érigea un tribunal qui proscrivait et persécutait les vaincus. Les cantons catho* liques faisaient cause commune avec le parti catholique, aussi ils refusèrent d'admettre dans la confédération la ligue des dix juridictions protestantes. Parmi les cantons et les villes qui demandaient à être admis , se trouvait aussi Strasbourg; elle fut écartée par les États catholiques et conclut une alliance avec les États protestants. On raconte à ce sujet une curieuse anecdote très-conforme à la naïveté des mœurs de l'époque. Gomme on objectait la distance qui sépare Strasbourg de Zurich, quelques jeunes gens de cette dernière ville prouvèrent que cette distance ne pouvait être un obstacle; et, pour cela, ils allèrent en un jour d'une cité à l'autre par la Limmat, l'Aar et le Rhin, avec une marmite remplie de millet, prise chaude à Strasbourg et arrivée à Zurich chaude encore.

Mais on ne se contentait pas de refuser de nouveaux membres, on en renvoyait d'anciens. Déjà en 1548, la ville de Constance fut prise par les Autrichiens, écartée de la confédération et soustraite à la réformation. En 1588, les États catholiques signifièrent la rupture de la ligue à Mulhouse qui était réformée. Ces funestes divisions amenèrent également la séparation du canton d'Appenzell. Les Rhodes extérieurs inclinaient vers la réforme, tandis que les Rhodes intérieurs restaient fidèles à l'ancienne foi et aux sept cantons. Ceux-ci voulaient l'alliance espagnole, conclue par les cantons catholiques; ceux-là, soutenus par Zurich et Berne, la combattaient, ce qui, en 1597, scinda le canton en deux parties indépendantes; les Rhodes intérieurs se joignirent à la ligue espagnole et à la borroméenne.

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Cette division* se reproduisit dans les relations extérieures de la Suisse; depuis le concile de Trente, elle formait comme un État double dont les deux parties étaient dissidentes. Les États catholiques, malgré Topposition de Zurich et de Berne, secouraient efficacement la France contre les huguenots. Des troupes de mercenaires assistèrent aux batailles de Dreux, de Saint-Denis, de Jarnac, de Moncontour, etc., etc., tandis que les évangéliques soutenaient les huguenots : ainsi les discordes religieuses allumèrent la guerre civile entre les Suisses, sur le territoire et dans rintérèt de la France.

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