COMMENCEMENT DE L'ARISTOCRATIE
puissances catholiques. On se combattait sur les propriétés communes et les pays soumis qui appartenaient en même temps aux cantons catholiques et aux réformés, Glaris et Schwitz se disputaient Utznach , Berne et Fribourg, le pays de Vaud, Zurich et les cinq cantons, la Thurgovie. L'évèque de Constance, dans sa revendication de la juridiction ecclésiastique en Thurgovie , qui appartenait à Zurich, s'appuyait sur Tédit de restitution, et il était soutenu par les cantons catholiques. Mais Zurich bénéficia des victoires de Gustave-Adolphe, qui encourageaient tous les protestants, menaça d'une intervention armée et put enfin amener en 1632 le traité de Baden par lequel ses droits furent reconnus. Cependant les deux partis firent de nouveaux préparatifs de guerre après que la commune réformée de Utwil en Thurgovie eut rasé une chapelle en ruine qui gênait les habitants, et que la commune de Lustorf se fut opposée au rétablissement du culte catholique. De telles contestations se répétaient presque chaque année ; tantôt les évangéliques dénonçaient la partialité et les vexations des baillis catholiques ou les troubles par lesquels on interrompait leur culte ; tantôt les catholiques se plaignaient des prétentions des protestants.
A ces dissensions se joignaient les griefs politiques de l'époque. Ce n'était pas seulement la religion qui divisait mais aussi la diversité des conditions et des classes. Partout on voyait une petite fraction de la bourgeoisie s'arroger peu à peu les droits exclusifs au pouvoir. Ce fait s'était préparé dès le xvie siècle, et voici quelle en était l'origine : avec la population croissante des villes et des villages croissaient aussi les séparations entre les bourgeois et les simples manants; le droit de citoyen qui, autrefois, était gratuit ne s'obtenait que moyennant des
174 ÉPOQUB DB jl'arissograhb (1600-1712)
sommes d*aigent de plus en plu3 élevées, et devenait ainsi presipie inaccessible aux étrangers. Dans quelc[ues cantons où les pensions payées par les nations voisines étaient partagées entre les bourgeois, on limitait ceuxci au plus petit nombre possible. Ainsi augmentait la considération dont jouissaient les familles enrichies par le commerce, l'industrie, ouïes pensions et soldes, et qui, en cherchant à rendre leurs emplois héréditaires, accaparaient entièrement le gouvernement. C'est ce (pie firent les bourgeois en usant du droit de se recruter euxmômes en vertu duquel les conseillers occupaient leurs places pendant toute leur vie et les transmettaient à leurs héritiers ; à Lucerne par exemple, le fils succédait au père, le frère au frère. Et quand on ne pouvait pas y arriver par voie légale, on avait recours à la corruption. Cependant il y avait des difi'érences notables entre les divers cantons. Dans les cantons ruraux, les communes servaient efficacement de contre-poids à Télévation de familles seigneuriales; elles rendaient des lois sévères contre la captation et la transmission des fonctions. De môme dans les villes de corps de métiers, comme Zurich, Berne et Schaffhouse, ceux-ci empêchaient la domination exclusive de quelques patriciens, de sorte que le gouvernement ne pouvait être usurpé par une minorité oligarchique excluant les autres citoyens. Au contraire, dans les villes de la Suisse bourguignonne, où les métiers n'acquirent jamais d'importance politique, telles que Berne, Lucerne, Fribourget Soleure, il se forma graduellement une aristocratie héréditaire, ou, comme on a appelé à Rome un fait analogue, un patriciat régulièrement constitué. En 1627, on résolut à Fribourg d'exclure des fonctions publiques tous ceux dont les familles n'étaient pas représentées au sein du conseil; une «cham-