IMPUISSANCE DANS LA GUERRE DE TRENTE ANS
bre secrète » de 24 membres élisait le grand et le petit conseil, tous les fonctionnaires, et se recrutait elle-même; les droits politiques devinrent ainsi la possession de 71 familles. Ce fut surtout à Berne que ces aristocraties furent puissantes et se défendirent par les moyens les plus tyranniques. En 1640, le trésorier Frischherz, qui avait attaqué leurs abus, fut décapité, et l'ancien bailli Miisslin fut condamné pour insultes envers elles à faire pénitence, à demander humblement pardon, et à quitter le pays. La domination de ces aristocraties, en Suisse, était du reste entièrement conforme aux tendances générales de la politique européenne de l'époque; car, dans tous les autres pays, les gouvernants cherchaient à étendre et à consolider leur pouvoir. La réformation ellemême n'avait point arrêté ce mouvement; tandis que, dans les États réformés, la puissance ecclésiastique avait passé légalement entre les mains du pouvoir civil, dans les États catholiques le gouvernement civil prêtait son appui à rÉglise pour la défendre et la fortifier. Cette union des intérêts ecclésiastiques et politiques amena» dans les républiques comme dans les monarchies, le rétablissement du pouvoir absolu (1) ; aussi chaque État veillait avec inciuiétude à la conservation de ses droits de souveraineté. Le principal but de tous était d'augmenter leur prépondérance en tous points et de ne pas souffrir les empiétements des autres. L'égo'ïsme étouffait tous les sentiments patriotiques, toutes les pensées d'alliance ; en 1625, on décréta que chaque canton prendrait soin de ses indigents, sans que les autres cantons y contribuassent.
§ 49. Impuissance extérieure pendant la guerre de Trente ans. — Cette division d'intérêts politiques et
(1) Voyez V Histoire générale, p. 279.
176 ÉPOQUE DE l'aristocratie (1600-1712)
confessionnels eut unefiFet funeste sur les relations extérieures, surtout pendant la guerre de Trente ans. Le schisme religieux de TAUemagne qui avait allumé la guerre, raviva Tesprit départi en Suisse; en môme temps, rhostilité de la France et de rAutriche, de laquelle était née une guerre européenne, se fit sentir aussi dans la confédération. Celle-ci était alliée aux deux puissances par des traités perpétuels (avec l'Autriche depuis 1474, avec la France depuis 1516). Ces traités défendaient auxhabilants d'un pays de prendre part à la guerre contre l'autre. Cependant les cantons réformés, et surtout Zurich, étaient résolus de ne pas intervenir activement dans la lutte et même de ne pas soutenir leurs coreligionnaires pour ne pas exciter les cantons catholiques et provoquer ainsi une guerre civile; aussi ils refusèrent de faire alliance avec l'union allemande protestante. Les États catholiques furent d'accord avec eux de ne pas se mêler ouvertement de la guerre pour n'en pas transporter le théâtre en Suisse, mais de se borner à protéger les frontières. Aussi l'on eut pour la première fois recours, en principe, au système de neutralité qui était déjà observé de fait depuis 1516, en ce que la confédération n'avait plus pris part, comme puissance indépendante, à aucune guerre étrangère. Mais, dès le début, ces bonnes intentions ne purent se réaliser qu'en partie ; car il y avait depuis longtemps des ligues confessionnelles entre les États catholiques et la Savoie et l'Espagne ; et ce dernier pays s'était assuré le libre passage ; dès lors les cantons protestants ne pouvaient s abstenir de conclure des alliances analogues (en 1615 avec Venise, adversaire de l'Espagne; en 1612 avec le margrave protestant de Baden). Il était donc naturel, à raison' de la position centrale de la confédération, que chacune des puissances beliigéran-