‹ Histoire du peuple suisseChapitre 58 sur 125 · IMPUISSANCE DANS LA GUERRE DE TRENTE ANS · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE DANS LA GUERRE DE TRENTE ANS

tes cherchât à la gagner à sa cause et réclamât les avantages de Tenrôlement. Aussi chacune d'elles était sûre de rencontrer les sympathies d'une partie de la confédération. Toutes ces circonstances paralysaient la Suisse à tel point qu'elle ne pouvait remplir ses devoirs envers ses plus proches alliés, ni observer strictement la neutralité. Nous le voyons surtout dans les conflits des Grisons. Il importait aux Habsbourg, à l'Autriche et à l'Espagne, de pouvoir se donner la main, par la possession des passages des confédérés entre Milan (qui appartenait à l'Espagne) et le Tyrol. Depuis le xv« siècle, l'Autriche avait déjà des droits de souveraineté sur les dix tribunaux (Praettigau, Davos, Schanfigg) et l'Engadine inférieure ; elle voulait aussi s'assurer la vallée de Miinster, tandis que l'Espagne cherchait à se saisir, par la Valteline etBormio, des pays soumis aux confédérés. Ces pays catholiques supportaient impatiemment le rude joug descçnfédérés; en 1620, après le meurtre de 600 confédérés protestants, la Yalteline, Bormio et la vallée de Munster se laissèrent facilement gagner par les Espagnols et les Autrichiens. Malgré les efforts des cantons catholiques pour leur barrer le passage, Zurich et Berne envoyèrent aux confédérés des troupes qui furent défaites à Tirano. Ainsi le parti espagnol avait triomphé si complètement que la ligue grise elle-même s'unit à lui et put compter sur la protection des États catholiques. Des mercenaires des cinq cantons allèrent à leur secours sous la conduite de Beroldingen, d'Uri. La lutte fut terrible et la rage aveugle des combattants poussa les deux partis aux excès les plus coupables de pillage, d'incendie et de massacre. Deux fois les Autrichiens furent repoussés, mais le succès des confédérés ne fut que passager ; en 1629, alors que la puissance de l'empereur était

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à son apogée, une armée impériale passa par Goire et conquit pour la troisième fois Bûnden, tandis que les confédérés abandonnèrent complètement ce pays. La France essaya d'intervenir et de mettre fin à la domina* tion autrichienne à Biinden. Richelieu chargea le duc de Rohan, autrefois le chef des huguenots, de conduire une armée dans la Suisse occidentale et, en 1635, il en expulsa les Autrichiens. Mais les dispositions de Biinden changèrent lorsque la France eut refusé de respecter la situation politique des pays soumis aux confédérés; Jenatsch de Samaden qui avait été d'abord prêtre, puis militaire distingué et agitateur déguisé, ae livra aux Espagnols en trahissant les Français qu'il chassa du pays en 1637. La lutte dura ejicore quelques années; enfin les chefs des partis, parmi lesquels se trouvait

Jenatsch, conclurent une paix perpétuelle avec TËspa'* gne. La Yaiteline retourna à Bûnden, mais avec des privilèges pour la religion catholique; TËspagne ^btint aussi pour ses troupes les passages appartenant aux confédérés. L'Autriche avec laquelle on conclut aussi la paix, consentit à rendre ses droits sur les dix tribunaux et l'Kngadine inférieure. Mais les divisions de la confédération auraient discrédité les alliances devenues le jouet des puissances étrangères.

La frontière du nord n'était pas mieux défendue que celle du sud -est. Pendant que les cinq cantons ouvraient leurs passages aux troupes espagnoles, Zurich favorisait les Suédois, ce qui donnait lieu aux plus déplorables conflits. Une troupe de Bernois et de Zurichois ayant voulu porter secours à Mulhouse, membre de la confédération, fut assaillie par des paysans de Soleure à Glus (près Balsthal) et en grande partie massacrée (1632). L'année suivante, les cinq cantons opposèrent une armée

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au général suédois Horn qui, avec Tassentiment des réformés, marchait sur Constance par Stein et la Thur- . govie ; ils le menacèrent au nom de l'empereur et firent prisonnier le capitaine réformé Edlian Kesselring de Thui^ovie qu'ils soumirent à la torture, malgré les prières de Zurich, Les cinq cantons renouvelèrent aussi leur alliance avec TEspagne, et, de leur côté, Berne et Zurich s'unirent par un traité à la Suède, dont ils considéraient la ruine comme la leur. Bàle était dans une situation particulièrement difficile, étant plus exposée à Tennemi et pouvant difficilement garder sa neutralité, puisque les autres cantons l'avaient abandonnée ; en 1624, les troupes de Tilly violèrent ses frontières, et en 1636, Bernhard de Weimar se rendit au Frickthal par le territoire de Bâle. Schaffhouse et Mulhouse se trouvaient également dans une situation souvent très-périlleuse ; Rothweil enfin, favorable à la confédération, fut entièrement abandonné des confédérés dont il se sépara pour passer du côté de l'Autriche. Partout se manifestait l'impuissance de la confédération dont cette guerre aurait dû au contraire resserrer les liens ; car dans les moments de grand danger (en 1636, quand Bâle et Soleure furent menacées par leducBernhard de Weimar, et en 1647, quand Wrangel et Turenne s'approchaient de la frontière suisse), ils reconnaissaient que l'union seule pouvait les sauver, et que, pour leur propre sécurité, ils devaient en commun tenir éloigiiées de leur sol les armées étrangères. Aussi, dans le cours de cette guerre, on projeta plusieurs fois un commun système de défense ; mais ce projet échouait toujours, grâce aux luttes confessionnelles sans cesse renaissantes, et aux craintes pusillanimes de quelques cantons ; on l'écartait chaque fois que le danger était détourné. Même en 1647, à la paix de

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Munster, lorsqu'il fut question de défendre d'une manière durable, les intérêts de la Suisse, la désunion des cantons fut sur le point de tout perdre. Malgré la paix de Bâle en 1499, des habitants de Bâle et de Mulhouse avaient été inquiétés et poursuivis par le tribunal de TEmpire ; aussi Bâle s'efforça de constituer une délégation commune à Munster pour obtenir que tous les citoyens confédérés , sans réserve , fussent affranchis entièrement de la juridiction de TEmpire. Mais les cantons catholiques refusèrent d'y participer, et ce ne fut qu'au nom des évangéliques que le bourgmestre Rodolphe Wettstein de Bâle négocia cette affaire au congrès de la paix. Par son habileté et son sincère patriotisme, il fit décider que toute la confédération serait comprise dans la paix de Westphalie en 1648 et que sa séparation d'avec Tempire allemand serait solennellement déclarée.

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