‹ Histoire du peuple suisseChapitre 95 sur 125 · ESSOR INTELLECTUEL · texte numérisé non relu

ESSOR INTELLECTUEL

des séminaires d'iasti tutrices et d'autres institutions supérieures dont on espère d'immenses progrès généraux, puisque la culture intellectuelle et morale de la femme est rexacte mesure de celle de la nation. Et pour que récole puisse répondre aux exigences croissantes de la science et de Tindustrie modernes , on s'efforce de prolonger les années d'école, de perfectionner l'éducation des instituteurs et d'introduire des livres classiques nouveaux et plus solides. A cet égard , Zurich, sous le gouvernement démocratique, marchait en avant, bien que maints projets audacieux échouassent encore contre les préjugés de la multitude et le mauvais vouloir des retardataires. Les bibliothèques populaires et scolaires se multiplient; en 1868, le nombre des bibliothèques publiques de la Suisse était de 3,000, et ce nombre supporte toute comparaison avec l'étranger (1). L'extension du journalisme répond aussi à l'activité intellectuelle et politique. En 1828, il n'y avait que 29 journaux (huit cantons n'en avaient aucun), dont aucun ne paraissait plus de deux fois par semaine ; en 1870 , il y avait 227 ioumaux politiques (dont 44 paraissaient au moins six fois par semaine), sans compter les feuilles officielles, les feuilles scientifiques, littéraires, industrielles et d'édification dont le nombre était de 180.

C'est à cette activité intellectuelle qu'est due en grande partie la position importante à laquelle s'élève la Suisse dans l'industrie, le commerce et les voies de communication qui, dans les dernières années, ont pris un essor presque unique dans l'histoire moderne. Cependant la Suisse a été peu favorisée par la nature à l'égard de ces progrès ; les montagnes y séparent les hommes par des

(l) D' C. Heitz, Bibliothèques publiques de la Suisse,

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barrières qui semblent infranchissables. L'intérieur du pays est éloigné de la mer et manque de fer, de charbon et autres matières brutes qu'il ne se procure au dehors qu'à grands frais. Mais tous ces obstacles furent surmontés par un zèle croissant avec les difficultés, par une rapide appropriation des meilleures méthodes de travail, par les plus récentes inventions et les conquêtes de Tart mécanique, ainsi que par la recherche des débouchés au delà des lacs (1). Le soin qu'on porte à l'amélioration et à l'extension des voies de communication est certainement le moyen le plus sûr de développer et d'encourager l'industrie. Cependant la Suisse ne se servit que tard des chemins à attelles dont le gouvernement ne s'occupait que dans quelques cantons et qui étaient laissés à l'initiative de compagnies particulières. Après la construction du premier chemin de fer (de Zurich à Baden), il y eut un temps d'arrêt jusqu'après 1850; mais alors se succédèrent rapidement depuis 1856 les lignes principales de Zurich à Aarau, Romanshorn, Sehaffhouse, Lucerne (Compagnie du nordest avec le point central de Zurich), Bâle, Olten, Aarau, Olten-Berne, Olten-Bienne, et Olten-Lucerne (voie centrale dont le siège est à Berne) , Bienne-Neufchâtel, Genève et Berne, Lausanne, Genève (Suisse occidentale), et Goire, Saint-Gall, Winterthur et Goire-Rapperswil- Zurich (voies réunies dont le siège est à Saint-Gall), auxquelles se rattachent de plus petites lignes, locales. Ainsi s'étendit sur la Suisse un réseau de voies ferrées qui n'est surpassé que par celui d'Angleterre, de Belgique et du Luxembourg. Le service des bateaux à vapeur sur les lacs s'est développé d'une manière aussi surprenante

(1) Bœhmert, les Travailleurs et les fabriques de la Suisse

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depuis 1850. A la faveur des circoastaaces politiques, la Suisse a qu s'épanouir librement, car après la guerre du Sonderbund, elle a échappé aux secousses qui ont ébranlé les autres États à partir de 1848. L'industrie de la soie s'est accrue de plus en plus à Bâle et à Zurich et s'est répandue en Argovie, Saint-Grall, Schaffhouse, Berne et les cantons intérieurs, de manière à placer en cela la Suisse au niveau de la France, de l'Angleterre et de l'Autriche. L'horlogerie de la partie occidentale du pays jouit d'une réputation européenne; les montres de Genève, de Neufchâtel et de Vaud sont justement estimées dans toutes les contrées de la terre ; en 1856, on en a fabriqué 1,100,000. L'industrie des pailles s'est étendue dans les cantons d' Argovie, de Fribourg et du Tessin. La Suisse se distingue aussi dans la fabrication des machines et des instruments de travail. Peu à peu se sont formés plus de cent ateliers mécaniques et environ cinquante usines. Plusieurs établissements {tels que ceux d'Escher, de Wyss et G% Rieter et G®, des frères Sulzer, etc., etc.) ont acquis une légitime et considérable renommée à l'étranger. Mais l'industrie la plus florissante est celle du coton pour laquelle la Suisse occupe le troisième rang et rivalise avec TAngleterre. Le nombre des broches qui n'était que de 300,000 en 1856, est aujourd'hui de 2 millions et demi. Les négociants suisses trouvent des débouchés pour leurs produits dans tous les pays, et ils ont conquis sur le marché du monde une situation brillante. De 1850 à 1860 ont été conclus des traités de commerce avec tous les États commerçants de l'Europe et des autres parties du monde, l'Amérique, l'Australie, les Indes orientales, etc., etc., même avec la Chine et le Japon en 1868; et des relations avantageuses ont été nouées avec les marchés les plus importants.

308 AGHàVËMENT DU SYSTÈME POLITIQUE (1848-1774)

C'est ainsi que la production et l'exportation se sont augmentées dans des proportions presque merveilleuses (1). Cette activité croissante du commerce et de Tindustrie est soutenue par des établissements financiers, tels que le crédit suisse de Saint-Gall, la banque générale suisse de Genève. La petite Suisse marche sur les pas des plus grands États industriels, TAngleterre et les Pays-Bas, et présente une plus forte somme de débit annuel par tête que tous les autres États européens (2). Mais le nombre des ouvriers s'étant considérablement augmenté, la Suisse ne fut pas épargnée par les mouvements socialistes qui, depuis de longues années, ont épouvanté la France et FAllemagne. Il est rare, cependant, que les travailleurs suisses, comme citoyens d'un État 11 bre dépassent les bornes du droit et de Téquité, les doctrines de l'égalité absolue des biens et de la for^ tune, de Fabolition de toute propriété particulière et des soulèvements violents prèchées çà et là, trouvent peu d'écho et répugnent au bon sens pratique du peuple suisse. Plus que partout ailleurs, les gouvernements sont allés de plein gré au-devant des réclamations des travailleurs et des patrons, en diminuant les charges et les heures de travail, en réglant les salaires, etc., etc. ; et les ouvriers, dans leurs tendances socialistes, ont intérêt à songer d'abord au bien de la patrie. Aussi le journal de Zurich a-t^il été l'organe de l'opinion générale en disant nettement en face des internationaux : a Nous voulons être d'abord et rester confédérés, et respecter

(1) L'exportation de la Suisse dans les pays au-delà de la mer est montée dans les années 1835-1868 de 20 à 219 millions. Voir la description générale et la statistique de la Suisse.

(2) En 1845, le commerce de la Suisse était de 185 francs par tête, en Autriche de 16, en France de 71, en Belgique de 107. VoirScherr, Histoire de la Culturo.

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comme la première loi politique d'un Suisse, l'amour de la patrie et la fidélité à sa cause. » Du sein de la Société du Grùtli, sortit la déclaration qu'on obéirait aussi peu aux ordres ullramontains de Rome, qu'à ceux du chef de l'Internationale, qu'ils viennent de Londres ou de New- York ; et que, sur la situation des travailleurs, on n'aurait d'autre juge que les propres réflexions et l'expérience de tous. En Suisse comme en Allemagne, on a formé des sociétés de consommation, de prêts, de crédit» de métiers pour améliorer la condition des ouvriers ; on a établi aussi des banques nationales et cantonales (en Thurgovie, Saint-Gall, Grisons, Bâle-Gampagne, Zurich et Berne), et l'on a réformé la législation des fabriques. Les ouvriers ont aussi leurs associations particulières où ils travaillent eux-mêmes à l'amélioration de leur sort et à leur perfectionnement. Gelle de ces associations qui joue le principal rôle, c'est la Société du Grutli, fondée à Genève en 1838, et répandue bientôt sur toute la Suisse. Elle a pour but l'éducation des ouvriers et les intérêts politiques et économiques du peuple. Sa devise : « V éducation du peuple est V affranchissement du peuple », pourrait s'écrire en tête de la deuxième histoire de la délivrance de la Suisse, c'est-à-dire de sa délivrance intellectuelle, qui est actuellement dans son plein accomplissement.

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