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RÉFORMES CANTONALES, RÉVISION DE L'UNION ET

LUTTE CONTRE L'ULTRAMONTANiSMB. — Après rétablissement de la nouvelle constitution, il importait surtout de garantir les institutions libérales dans les divers cantons ; car la Suisse souffrait aussi de l'universelle réaction européenne qui, après 1848, menaçait de ruiner les plus belles conquêtes. En 1850, à Berne, les radicaux (dont le chef était Staempfli) durent faire place à un gouvernement réactionnaire qui restreignait la libre manifestation de Topinion publique, attaqua le séminaire d'instituteurs de Mûnchenbuchsee et son directeur, exila le Zurichois Grunholzer et imita le pouvoir de septembre à Zurich. A Saint-Gall^ les ultramontains s'opposaient vio^ lemmeut à la révision de la constitution et faisaient la guerre à Técole cantonale, fondée en 1856. Le gouvernement libéral de Fribourg, établi par la constitution en 1847, ne parvenait pas à s'affermir. De 1848 à 1853, se succédèrent quatre gouvernements ultramontains (sous Garrard, Wuilleret, Perrier) qui, en 1857, amenèrent le triomphe définitif de la réaction ; les couvents et le système jésuitique au gymnase furent restaurés ; l'évèque et le clergé rentrèrent dans la jouissance de leurs privilèges amplifiés. En présence de ces tristes événements, les libéraux de la Suisse se levèrent de nouveau. On éprouvait le besoin de s'unir plus étroitement et, en octobre 1858, se constitua, à Langenthal, la Société d'Helvétie, ayant pour but la luttaen faveur du progrès contre Tultramontanisme et la réaction, le perfectionnement intellectuel des Suisses ; elle ranima et maintint pendant quelque temps une réelle activité. Le courant général entraînait les esprits en avant, et déjà vers 1860 on avait réalisé bien des progrès dans les cantons. Presque tous révisèrent leurs constitutions ; les libéraux triomphèrent

à Saint-Gall et, eu 1861, ils inscrivaient dans leur constitution rélection du grand conseil, d'après les circonscriptions politiques et non celles de distiict, la direction du système scolaire par TËtat, l'indépendance réciproque des conrossions dans les affaires ecclésiastiques, le veto perfectionné, etc., etc. En Ai^ovie, les nombreux juifs reçurent les droits civils en 1863. En Bàle-Gampagne, en 1863, le peuple élut le conseil du gouvernement.

C'était aussi une époque de prospérité matérielle à laquelle le commerce avait beaucoup contribué. Mais peu à peu cet état florissant arrêta le courant des réformes libérales. Les gouvernements libéraux qui avaient amené cet épanouissement du commerce et de l'industrie, songeaient trop aux intérêts matériels et se préoccupaient autant de la destinée des institutions financières que du sort du peuple. Ils ne s'élevaient pas audessus de la lettre des constitutions et se refusaient à étendre les droits de leurs concitoyens. Et tout de même que dans les ailaires de l'Union on combattait les monopoles des compagnies de chemins de fer, de même aussi Ton se plaignait dans les divers cantons de la tendance des pouvoirs à servir les intérêts particuliers, de la tyrannie des fonctionnaires et des capitaux. Ce mécontentement s'accroissait par le sentiment des besoins sociaux. Gomme on voyait les richesses s'amonceler dans les mains d'un petit nombre, on demanda des adoucissements à la condition matérielle du peuple, diminution du service militaire, gratuité de renseignement, abaissement du prix du sel, rétablissement de l'impôt pro« gressif . Dans plusieurs cantons, ces efforts furent couronnés de succès ; il y eut des transformations pacifiques sous la forme de révisions de constitutions. On accorda au peuple le référendum^, c'est-à-dire le droit de voter sur

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toutes les lois et sur toutes les résolutions. Dans Bâle- Campagne en 1863, Zurich et Thurgovie en 1869, Berne et Argovie en 1870,' même dans le canton de Zurich, on ajouta au référendum^ Viniiiiitive, c'est-à-dire le droit de proposer des lois, ce qui bientôt après eut lieu aussi en Argovie et en Thurgovie.

Aux progrès cantonaux succédèrent de nouveaux efforts pour obtenir la réorganisation de l'Union. On y voulait plus d'unité et plus de centralisation là où cela était nécessaire ; de plus, on demandait que les principes démocratiques introduits dans les cantons [veto, referendurriy initiative), le fussent aussi dans l'Union . Une première tentative fut faite en 1866, à l'occasion d'un traité de commerce avec la France, lequel étendait l'article de l'établissement du domicile et de l'exercice des métiers. Mais, au moment du vote, on rejeta tous les projets de 9 articles, excepté celui qui se rapportait au traité de commerce et qui accordait aux juifs comme aux chrétiens le droit de domicile. Mais bientôt se manifestèrent de nouveaux besoins ; et Ton reconnut surtout à l'époque de la guerre franco -allemande la nécessité de l'unité dans le système militaire et dans le système judiciaire. Aussi, en 1872, on entreprit une révision totale; des délibérations du gouvernement sortit le projet d'une nouvelle constitution qui, dans toutes ses parties, répondait aux désirs du parti du progrès, de la centralisation et de la démocratie: on voulait qu'il n'y eût qu'une armée, un droit commun et que le référendum et Viniliative fussent aussi accordés au peuple par la confédération . Mais à cause de cette tendance extrême, le projet rencontra une vive opposition et fut rejeté. Cependant on ne se tint pas pour battu. Le projet ayant obtenu Tassentiment de près de la moitié des votants (environ

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250,000), ses parlisans reprirent eourage et redoublèrent d'efforts. Plusieurs fois déjà des sociétés qui réunissaient les Suisses de tous les cantons, avaient obtenu des succès pour la cause du progrès ; on se servit de nouveau de ce moyen et Ton fonda une « Société populaire » qui rassembla sous la bannière de la révision les Suisses de tous les partis et de toutes les langues, et put lutter avantageusement contre les adversaires de cette cause. Il est vrai que ceux-ci redoublèrent d'audace et d'emportement. Au premier rang et parmi les plus effrontés se trouvaient les ultramontains excités au combat par le Syllabus (anathème de tout progrès) et le dogme deTinfaillibilité pontificale ( 1870). L'Église allumait partout la guerre ; les gouvernements ne pouvaient reconnaître ses innovations dangereuses pour l'État ; il se forma, sous la protection des pouvoirs civils des communes, de Vieux catholiques, se refusant à laisser changer ce qui subsistait avant la proclamation de l'infaillibilité pontificale. Les catholiques eux-mêmes se préoccupaient particulièrement de cette question, et toute la Suisse déploya beaucoup d'énergie dans le mouvement général qui fut la conséquence de ces dissensions : du reste, elles étaient un argument en faveur d'une révision prochaine. Les gouvernements défendirent vigoureusement leurs droits contre les empiétements ultramontains ; le prêtre Mermillod, qui s'érigea en évêque de Genève, fut banni du pays par l'Union ; les États qui faisaient partie de l'évèché de Bâle, destituèrent l'évêque Lâchât, de Soleure, à cause de son insubordination ; Berne destitua plus de soixante prêtres des contrées du Jura, foyer des intrigues papistes, parce qu'ils avaient protesté contre l'autorité de l'État ; le gouvernement fédéral expulsa de la suisse le nonce du pape, qui n'avait pas respecté les

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interdictions relatives au Syllabus et à rinfaillibilité. Tous ces incidents firent sentir le besoin d'une étroite et ferme union ; et plus le clergé catbolique déclamait contre la révision, plus celle-ci gagnait de terrain. Dans leur lutte contre le redoutable ennemi commun, les deux partis du progrès, les libéraux et les radicaux, les fédéralistes et les centralistes, les Français et les Allemands se tendirent la main et achevèrent Tœuvre de la réconciliation par un nouveau projet de constitution en 1873, qui réunissait le progrès et la modération. Cette constitution fut adoptée par la. majorité du peuple suisse (340,000 voix contre 198,000) et des États, le dimanche 19 avril 1874 ; le canon, les feux de joie, les chants patriotiques célébraient cet heureux événement dont réclat fut encore rehaussé par les splendeurs d'une magnifique journée de printemps, répandant ses flots de lumière sur les montagnes et dans les vallées du pays le plus admirable qui soit au monde.

Les principes de cette nouvelle constitution établissent avant tout la liberté des relations commerciales dans le sens le plus étendu , en écartant toutes les entraves anciennes , la garantie de la libre circulation , la protection de rétablissement et des mariages. Après cela, on posa les bases d'un système militaire plus fort, avec Tunité d'instruction et de direction. Pour se garantir contre les envahissements de l'Église , on décréta la liberté de conscience illimitée; on interdit toute contrainte contre les dissidents et l'on abolit la juridiction ecclésiastique. Le règlement du droit commercial fut soumis aussi à l'Union (le droit de trafic et d'échange, ainsi que le droit de concurrence); ainsi l'on procéda à l'unité des règles légales. Mais l'instruction étant considérée comme le remède le plus efficace contre l'impos-

ture et la tyrannie ecclésiastiques, et comme la meilleure garantie de la prospérité, on reconnut à l'Union le droit de veiller à ce qu'il y eût dans tous les cantons une instruction primaire suffisante , obligatoire et gratuite, sous la direction de l'État. Il appartient au pouvoir législatif de mettre à exécution ces grandes idées fondamentales de la constitution, et i>our que ce soit fait dans le sens populaire, on décida que les droits de rUnion seraient soumis au vote du peuple, lorsque 30,000 électeurs suisses ou 8 cantons Texigeraient.

§ 72. Essor intellectuel , industriel et social. — A côté des transformations politiques , d'aussi grandes s'accomplissaient dans la vie intellectuelle, sociale et matérielle. Pour l'instruction, la Suisse ne le cède en rien aux pays les plus privilégiés; elle est peut-être celui de tous qui dépense le plus pour les écoles : Bade et Wurtemberg seuls rivalisent avec elle. L'enthousiasme pour l'école et la culture de Tesprit a gagné à la fois le gouvernement et la nation ; beaucoup de sociétés, telles que celles de lecture, d'enseignement, etc., etc., s'occupent surtout des questions d'éducation et s'efforcent de répandre de bons livres pour la jeunesse et le peuple ; les communes bâtissent, à grands frais, de magnifiques maisons d'école qui, comme les églises, se trouvent dans les plus beaux endroits ; on commence aussi à faire droit au modeste désir des instituteurs qui réclament une existence digne de leurs fonctions. On fonde de nombreuses écoles professionnelles, écoles des arts et métiers , de dessin, d'agronomie , pour l'éducation des artisans et des fermiers; le canton de Zurich a ouvert en 1874 à Winterthur le premier Technicum suisse. Pour donner aux filles l'occasion de développer leurs facultés intellectuelles, on a fondé des écoles de filles et même

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