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lions, aux probabilités ; il est toujours bon, sage et logique de remonter des effets actuels aux causes initiales. Les instruments rudimentaires de nos grands ancêtres de l'antiquité ont eu, comme les instruments si perfectionnés de l'époque présente les mêmes éléments, les mêmes causes, la résonnance de tubes par l'insufflation ou par l'action de l'air comprimé, et la variété des timbres obtenus par la mise en vibration de différents corps sonores, en métal ou en bois. Les cordes étaient pincées avec les doigts ou par le plectre. Les caisses harmoniques et les cordes tendues, vibraient sous l'action d'un archet ou étaient frappées par des baguettes; enfin, de tout temps, chez les peuples sauvages ou civilisés, les instruments de percussion cadençant la mesure affirmaient le sentiment du rythme.
Voilà les éléments premiers, la génération de l'art musical. Ces causes primordiales sont invariablement restées les mêmes, parce qu'elles sont dans la nature et l'essence même de la musique. C'était ce qu'il fallait démontrer pour
arriver insensiblement aux manifestations instrumentales qui ont si merveilleusement aidé à la vulgarisation des études, en formant l'oreille à la perception des combinaisons harmoniques par l'usage du clavier, offrant la possibilité de grouper les sons et de varier les rythmes. Il nous a donc fallu remonter aux sources premières, aux origines, que l'absence de documents authentiques laissent un peu troubles et confuses dans ses premières données. Nous n'affirmons pas, nous racontons d'après les auteurs les plus autorisés; mais, du moment où la vérité s'est manifestée indubitable, nous avons affirmé avec sincérité et bonne foi.
Eu écrivant cet abrégé de l'histoire du piano, je n'ai pas eu l'intention de publier un traité technique de la facture, ouvrage qui ne peut être conçu, exécuté et mené à bonne fin qi e par un spécialiste parfaitement initié à tous les procédés de fabrication usités depuis deux siècles au moins, en France et à l'étranger, et s'il se peut encore, assez délicatement organisé au point de vue essentiellement musical, pour
apprécier la réelle iinporlance des modificalions apportées dans le mécanisme et ayant trait au loucher et à la sonorité produite. Ce que j'ai voulu, c'est bien démontrer, avec preuves à l'appui, la corrélation étroite qui relie les progrès de la laclure aux modifications de style que compositeurs et virtuoses ont affirmées dans leur manière d'écrire et d'exécuter, suivant les perfectionnements apportés dans la fabrication des instruments. Il m'a aussi paru utile de protester contre le puritanisme exagéré de quelques amateurs idolâtres du passé, qui par respect de la lettre écrite, ne voudraient pas voir un seul ornement supprimé dans les pièces de Frescobaldi, Couperin, Chambonnières, Rameau, etc., oubliant tout à fait que cette ornementation n'avait d'autre raison d'être que de suppléer par la répercussion fréquente des mêmes notes au manque absolu de vibralions prolongées, impossibles à traduire autrement que par d'incessants grupetti, flattés, pinces, tremblements. La voix chantante, expressive et soutenue des pianos modernes peut
se passer de ces fioritures employées pour faire illusion, tromper l'oreille.
Le piano permet, sans altérer le moins du monde le contour mélodique de ces pièces de clavecin si gracieuses, et parfois aussi d'un sentiment expressif si noble, d'enlever bon nombre de ces agréments auxquels les auteurs n'eussent certainement pas eu recours, si les épinettes et les clavecins eussent eu le timbre et la sonorité du piano.
Ce serait faire injure au génie et au goût des grands maîtres du clavecin que de croire un instant que ce papillolage musical était pour eux l'idéal de l'art. Que les artistes assez familiarisés avec le style agrémenté des clavecinistes du xvjie et du xyiii^ siècle, prennent la peine d'étudier leurs pièces caractéristiques en enlevant des phrases chantantes les ornements parasites, et ils pourront s'assurer du charme expressif et de la vérité d'accents de cette musique qui, malgré certaines cadences vieillies, renferme au moins en germe, des qualités géniales et des idées d'une suavité exquise. Loin