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I. — Les trois princes électeurs ecclésiastiques de l'Empire, quoique leurs prétentions contre Rome eussent été, par les cours de Vienne et de Versailles, rejetces ayec un juste mépris , ne se désistaient cependant point de leur audacieuse entreprise, et cherchaient, par des voies secrètes, à faire entrer les autres princes ecclésiastiques d'Allemagne dans leur complot.
La sagesse du pape avait réussi à retirer momentanément de cette voie malheureuse l'électeur de Trêves par le moyen de son frère, l'électeur de Bavière. Clément XIV avait fait faire à ce dernier des représentations très-vives, les 19 janvier et 1 4 mars 1771, au sujet des innovations projetées par les trois électeurs ecclésiastiques, en rappelant à son souvenir la piété de ses nobles ancêtres, dont la plus grande gloire avait toujours été de protéger et défendre en Allemagne, de concert avec la maison d'Autriche, les droits de l'Église et du saint-siége.
C'était l'électeur de Mayence qui, à cette époque, s'était constitué le chef des novateurs, et, en cette qualité, il avait de nouveau adressé à la cour impériale un autre mémoire contre les usurpations prétendues du saint-siége. A peine Clément XÏV en
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fut-il informé, qu'il chargea le nonce apostolique de Vienne d'exhorter l'impératrice et son fils à fermer entièrement l'oreille aux prétentions de ce prélat : « Leurs Majestés Impériales, •■> écrivait au nonce de Vienne , à ce sujet, le 20 juillet 1 77 1 , le cardinal secrétaire d'État, « sont tellement remplies de religion, d'équité et d'attachement à la personne du saint-père, que nous ne pouvons croire qu'elles prêtent la main aux idées capricieuses de l'électeur de Mayence, idées qui, bien qu'elles puissent maintenant sembler une modification des premières, ne tendent que trop cependant à détruire la subordination due par les évèques au chef de l'Éghse , pour accaparer ainsi un plus grand pouvoir , qui impose à la cour impériale elle-même non moins qu'aux autres princes de l'Empire; mais ce qui doit nous importer le plus, c'est que , les esprits turbulents et inquiets étant une fois mis en fermentation par des innovations semblables , la religion ainsi que le service de Dieu en auront beaucoup à souffrir. Sa Majesté Impériale, en sa qualité d'avocat et de premier défenseur de l'Église romaine, ne peut ni ne doit se refuser à l'assister dans cette occurrence, et s'il est en même temps protecteur des églises de l'Empire, il ne l'est que pour garantir les droits légitimes dont elles jouissent actuellement , et non pour usurper ceux du saintsiége : tel est l'esprit des articles 1 et 14 de la capitulation jurée par Sa Majesté Impériale lors de son élection. »
Le pape s'exprime avec une égale vigueur dans la dépêche suivante, écrite, le 10 août suivant, par le même cardinal secrétaire d'État, annonce apostolique de Cologne : « Les difficultés soulevées par l'électeur de Mayence, » dit-il, « manifestent de plus en plus le but secret de violer le concordat d'Allemagne; but qui ne procurerait ni honneur ni profit à la nation. Point d'honneur, parce que ce sont les faits seuls, et non des plaintes générales , qui peuvent démontrer cette infraction de notre part, que l'on suppose, et que l'on prétend déduire uniquement de réclamations vagues et non précisées. Il faudrait prouver que de tels faits sont effectivement contraires aux dispositions du concordat, et qu'ils en blessent les parties substantielles. Sans une pareille preuve, et sans les sommations légales, il n'est permis à aucune nation qui observe le droit des gens de rompre un solennel contrat.
ce Cette violation^ ne serait en outre d'aucune utilité à l'Empire, parce qu'il en naîtrait une grave et inextricable controverse entre les évêques et les chapitres même inférieurs, pour savoir le-
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([uel d'entre eux devrait iHrc le collatciir ordinaire des bénédees dans les mois qui sont aelueliemeiit réservés au saint-sié^'e : la (lisei|)line la plus aneieune de llOglisc favoriserait les évéqucs; la récente coutume, et peut-être le concordat lui-même de Nicolas V, militeraient en laveur des cliapiti-es, auxquels je ne pense pas que les évèques soient facilement disposés à céder. »
L'archevêque électeur de Cologne s'était aussi en quelque sorte rapproché du saint-siége, parce que plusieurs décisions du conseil impérial aulique lui semblaient un peu dures et de nature à entraver sa propre juridiction, notamment au sujet des immunités ecclésiastiques et du placel royal, auquel le même conseil, à l'insu du souverain, avait commencé à soumettre toutes les décisions pontificales. Clément XIV chargea le nonce de Cologne d'encourager l'électeur à persévérer dans cette lutte contre les empiétements ecclésiastiques du pouvoir civil, de prendre des renseignements exacts sur l'origine et la nature de ce placet impérial , et de protester solennellement contre cette prétention audacieuse : « Je vois dans cette entreprise, » écrivait Pallavicini le 6 avril 1771, « directement et indirectement attaqués les principes de l'immunité ecclésiastique dans l'acte lui-même par lequel on veut faire croire que l'on garantit ainsi la liberté de l'Eglise d'Allemagne. Par cette distinction, qui de nos jours est devenue si à la mode, de trouver des sujets de juridiction séculière dans des choses qui de leur nature sont ecclésiastiques, on en viendra à renverser de fond en comble toute juridiction ecclésiastique. Son Éminence l'électeur de Cologne a déjà plusieurs fois montré son zèle, en soutenant les droits de sa cour contre les tribunaux laïques, et je suis certain que dans l'occasion présente il en donnera de nouvelles preuves encore. Que Votre Éminence, cependant, fasse comprendre à ce prince et à son ministre avec quelle énergie ils doivent s'opposer aux nouveaux principes que le conseiller aulique prétend établir, et combien de conséquences funestes pourraient en découler, soit pour les autres églises d'Allemagne, soit même pour la sienne, si on laissait librement agir le susdit conseiller, sans qu'il vint à rencontrer de la part des personnes ecclésiastiques de justes et légitimes oppositions.
« J'ai encore noté cette autre insinuation particulière que l'on fait à l'électeur dans le même décret au sujet du vidimiis des bulles pontificales. Il n'est pas venu à ma connaissance que les empereurs se soient jamais arrogé, par le passé, la faculté d'ap-
poser leur placet sur les bulles et les brefs qu'il peut arriver au saint-siége de publier dans les divers Etats de l'Empire ; et je puis croire, ce me semble, que les princes respectifs, qui sont très-jaloux de leurs libertés (et dont quelques-uns même paraissent vouloir s'arroger aussi ce droit de placet)^ ne seront pas soumis à l'obligation de dépendre du bon plaisir de l'empereur, chaque fois qu'ils trouveront' convenable ou utile la promulgation ou la mise à exécution de quelque bulle pontificale.
« Si pourtant la clause annexée au susdit décret avait été une ancienne coutume introduite, et du style de ce tribunal, nous aurions moins de difficultés à la dissimuler et à la laisser passer; mais si ce n'est qu'une invention moderne et une tentative du conseil, ayant pour but de dilater l'exercice de l'autorité du prince, et de restreindre la liberté du saint-siége, ainsi que des églises d'Allemagne, il sera nécessaire, dans ce cas, de prendre les plus exactes informations pour vérifier si et depuis combien de temps ces prétentions ont commencé, comment elles ont été accueillies par les princes, et en particulier par les princes ecclésiastiques de l'Empire, et de quel œil ils les voient présentement s'introduire. »
IL — Clément XIV s'opposa également de la manière la plus énergique à un autre et affreux désordre qui existait alors en Allemagne, et portait à l'Église le plus grand préjudice. Nous voulons parler de la faculté usurpée par plusieurs évêques de posséder à la fois plusieurs diocèses qu'ils faisaient administrer par des vicaires généraux et dont ils percevaient les bénéfices.
L'archevêque de Trêves, pendant le temps de sa résipiscence, pria instamment le pape de donner à l'évêque de Eatisbonne ce qu'on appelait alors un bref d'éligibilité pour la coadjutorerie de Cologne. Clément XIV le refusa nettement, quoique cetévêque fût un des plus dignes prélats de l'Allemagne, et même personnellement aimé et vénéré du pape. Il répondit à la supplique qui lui avait été adressée à ce sujet, qu'il donnerait volontiers à l'évêque de Spire le siège de Cologne, ou tout autre siège vacant ; mais jamais deux épiscopats à la fois : « Vous comprendrez aisément,» écrivait le cardinal secrétaire d'État au nonce de Cologne, le 1 0 août 1 77 1 , « par ce que je vous ai dit de la souveraine délicatesse avec laquelle Sa Sainteté considère la matière de la pluralité des évêchés conférés à un seul sujet, qu'elle ne consentira pas aisément ni promptement au projet que lui a soumis monseigneur
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l'c^vc^que de Trêves , à l'effet d'habiliter celui de Ratisboniie à recevoir la coadjutorerie (1(> (loloi^iie.
« D'autre pari, je ni'étounc (iiic ce |)rélat ait tant de bonhomie que de s'imaginer qu'il pourra trouver l'esprit de Sa Sainteté dis- ])os('' à lui accorder une faveur si |j;rande, après que, par la réduction illicite des fêtes, par son adhésion aux idées ambitieuses de l'éhvteur de Majence, et peut-être aussi par la dissimulation coupable (ju'il a montrée en gardant le silence au sujet des nouveaux efforts et ouvrages de Fébronius, il n'a certainement pas donné et ne donne pas encore à Sa Sainteté trop de satisfaction.
« Malgré les plus fortes instances de la cour impériale, Benoit XIV, de sainte mémoire, refusa à monseigneur Ostein, électeur de Mayence, l'induit d'éligibilité pour l'église de Worms ; il persévéra plusieurs années dans son refus; et s'il l'accorda enfin, ce ne fut qu'après que ce prélat eût rétracté, par une lettre pleine de soumission, les actes qui avaient eu lieu dans la dernière diète d'élection, contre les honneurs dus au nonce apostolique. »
III. — Le saint -père résista encore à un autre abus qui s'était glissé alors dans les cours, et qui consistait à conférer aux ecclésiastiques aumôniers ou confesseurs des princes , hommes, il est vrai, quelquefois de grand mérite, des titres épiscopaux in partibus. Ce fut ainsi qu'il refusa au landgrave de Hesse, le 20 novembre 1771 ( l ), une semblable demande en faveur du P. Konopka , religieux très-distingué , du même ordre que le pape, et qui s'était signalé par son zèle en faveur de la religion. Le caractère episcopal semblait trop sacré au souverain pontife pour l'avilir en cette manière; il ne voulait pas d'évèques honoraires, mais des évêques actifs, soit dans des missions comme vicaires apostoliques , soit dans les diocèses comme coadjuteurs des titulaires.
IV. — Rien ne lui tenait plus à cœur, au contraire, que d'élever sur les sièges épiscopaux des sujets qui fussent dignes de cette dignité. 11 déplorait profondément la mort de ces pasteurs qui s'étaient distingués par leur zèle apostolique, et exhortait les chapitres à les remplacer par des successeurs dignes de leur succéder (2). « Nous avons été atteint d une inconcevable dou-
(1) Tlieiner, Clemenlis XIV Epistolx et Brevia, n" 169, p. 193.
(2) Theiner, loc cit., n" 175, p. 199.;;
leur,» écrivait-il par exemple, le 28 décembre 1771, au chapitre de Saltzboiirg, « en apprenant par votre lettre, nos très-chers fils, la triste nouvelle de la mort de notre vénérable frère Sigismond Christophe, votre archevêque. Nous lui portions depuis longtemps, pour mille raisons, une affection particulière, et nous connaissions tellement combien il avait mérité de la religion, de l'Église et du saint-siége, ainsi que sa vigilance et son admirable zèle envers le peuple qui lui avait été confié, que nous désirions ardemment que, pour le bien général, son existence fût, par Dieu, prolongée longtemps encore. Nous éprouvons un tel regret de la mort d'un homme qui nous était si cher pendant sa vie, que nous croyons avoir fait une perte immense en le perdant.
a Vous devez donc penser, très-chers fds, que notre affliction et la vôtre nous sont communes, et vous connaîtrez facilement en interrogeant la vôtre la profondeur de notre douleur. Mais nous devons faire en sorte que cette même douleur ne soit, pas stérile pour le bien de son àme, et implorer Dieu Notre-Seigneur pour son salut , quoique en le faisant, nous soyons consolé et soutenu par la pensée qu'il jouit déjà de la récompense légitime que Dieu accorde à ses vertus. Ce qui adoucit encore notre peine, c'est de tourner notre pensée vers votre propre mérite, et les sages intentions que vous avez formées relativement à l'élection de son successeur. Nous ne doutons point, tant est grande l'estime que nous vous portons, que vous ne vous acquittiez de cette tâche en prenant uniquement, dans votre choix, le bien général pour but, et pour guide le seul Esprit-Saint; cependant nos fonctions nous contraignent de vous supplier avec instance et de vous exhorter fortement à n'avoir en vue dans cette élection que la dignité et l'utilité de votre seule Église, afin que toutes les vertus de l'archevêque défunt paraissent non pas éteintes, mais semblent au contraire renaître dans la personne de son successeur.
«Si vous agissez ainsi, vous serez bien méritants de notre personne, et aussi de cette Église de Saltzbourg que nous avons toujours si tendrement aimée ; et nous voulons que vous soyez surtout convaincus que toute la protection et le secours que vous désirerez trouver dans notre autorité et dans celle du saint-siége apostolique vous seront toujours accordés lorsque vous en aurez besoin. »
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V. — JNous avons {U'jii vu ('.Ic^nieiit M V encourager el combler d'éloges ceux qui dcrendaient <;énér(!usernenl les droits de i'Ilglise, nous citerons encore ici pour preuves, entre autres, une lettre (1) ((u'il écrivait, le 17 août 1771 , à un pieux prêtre, J. G. Ivaulmann, doyen de la faculté tliéolo'çiquc de l'université de (iolof^nc : « Nous avons été f»randement heureux d'apprendre,» disait-il, « mon cher lils, ([ue la première édition de votre apologétique contre Tébrouius avait été si favorablement accueillie et si rapidement épuisée, et que vous en aviez fait paraître une nouvelle corrigée et augmentée. Nous avons reçu l'exemplaire que vous nous avez envoyé avec les sentiments que vous désiriez que nous eussions, nous voulons dire, avec un cœur rempli pour vous d'estime et de bienveillance pontificale.
« Nous approuvons assurément, mon très-cher fils, et nous vous recommandons vivement ces études auxquelles vous vous livrez pour la défense des droits du saint-siége apostolique, et nous vous exhortons même à continuer avec l'aide du Seigneur, et suivant votre promesse, de combattre énergiquement les nouveautés dangereuses qui aujourd'hui renaissent sans cesse dans l'Église de Dieu; car, en outre de la gloire que l'on acquiert toujours à soutenir une cause sainte et cà combattre en faveur de la vérité, vous mériterez davantage encore l'estime que nous avons pour vous , et vous entrerez de plus en plus profondément dans les bonnes grâces du saint-siége, que vous avez déjà dignement commencé à acquérir. Soyez persuadé cependant que nous sommes tout disposé à vous donner, quand l'occasion s'en présentera, des marques de notre bienveillance paternelle, et recevez-en comme un gage assuré, pour vous et pour votre académie, notre bénédiction apostolique.»
VT. — Les idées fébroniennes avaient en effet pénétré dans le cabinet de Vienne, et trouvé jusque dans les ministres de Sa Majesté l'impératrice de chauds défenseurs. Dans les États héréditaires d'Autriche, on attaquait surtout les ordres religieux. Vers la fin de l'année 1770 fut publié un décret dans lequel on se permettait beaucoup d'innovations au sujet des couvents , et jusqu'au point même de prétendre déterminer l'âge auquel on pourrait entrer en religion et faire la profession solennelle. En vertu de ce décret, cette profession ne pouvait avoir lieu qu'après
(1) Theiner, loc. cit., n" 153, p. 174.
vingt-cinq ans révolus. Clément XIV écrivait à ce sujet à l'impératrice une lettre dont nous ne pouvons assez déplorer la perte , et par laquelle il la conjurait de ne jamais donner son consentement à de semblables innovations, et de retirer le décret menlionné. Sa ^lajesté le promit au nonce, lorsqu'il lui présenta cette remontrance du saint- père.
Ces innovations furent néanmoins défendues dans de nombreux écrits , et, comme on n'osait pas les soutenir dans des pamphlets rédigés en Allemagne , on traduisit en langue allemande de semblables écrits faits en français. Monseigneur Visconti s'en plaignit fortement au grand chancelier de l'Empire, le prince de Kaunitz; mais celui-ci, malheureusement, avait déjà embrassé entièrement et publiquement ces nouveaux et détestables principes , comme nous l'apprend la relation intéressante que ce même nonce envoya au cardinal secrétaire d'État, le 1 1 avril 1771, après les audiences qu'il avait eues à ce sujet de l'impératrice et de son ministre : «A vrai dire, » écrivait-il, « les intentions de Sa Majesté sont les plus droites et les plus conformes à celles du saint- siège ; l'impression que la lettre susdite lui a faite a été si vive, qu'elle lui a arraché des larmes de repentir, d'émotion, de regret et de persuasion; mais les maximes dont le ministère ne veut pas se départir , et celles qui viennent encore de plus haut, diffèrent entièrement de celles de l'impératrice-reine. Le libelle français , écrit dans le dernier siècle par l'avocat Boutigny , sur l'âge prétendu nécessaire à la profession religieuse , a été dernièrenK'ut traduit et publié en allemand, pour soutenir et même pour faire croire équitables les dispositions que l'on a prises. J'ajouterai, pour vous mieux expliquer l'état des choses, sous la forme d'un dialogue, la conversation qui a eu lieu entre le prince de Kaunitz et moi-même , il y a quelques jours.
« Le prince. — Monseigneur, comment ferons-nous pour les professions religieuses ?
Il Le isoince. — Monsieur le prince, vous aurez observé que Sa Sainteté est disposée à se prêter à toutes les mesures qui pourront se concilier avec les exigences de cet État, et en même temps avec les devoirs de son apostolat.
« Le priïnce. — Il sera nécessaire que Sa Sainteté consente à ce qui a été statué , et de cette manière, nous sauverons les convenances et l'honneur du saint-siége , car l'impératrice désire
KT Elinoi'K SKPTKNTKIONALK. 11
ardciimu'ul, (juc rautorilc pontificale vienne sanctionner ses ddtcniiiiialions.
« Le iNONCE. — Je ne puis (in'approuvcr et louer la souveraine du désir qu'elle a de l'aire les choses rémilicrenient. Je n'ai jus(iu'à présent reçu aucuii mandat précis ni aucune instruction sur cette alïuire de la profession religieuse ; mais je suis certain que Sa Jîéatilude n'accordera jamais qu'elle doive se proroger jusqu'à la vingt-quatrième année.
« Le eniivcE. — Pourquoi non? Il n'y a point de doute que ma souveraine ne puisse faire celte prescription de sa propre autorité; mais cependant elle veut le concours de l'approbation du saint-père. Tant qu'une personne est dans le siècle, elle dépend entièrement du prince, qui peut lui défendre de contracter quelque obligation religieuse que ce soit et d'entrer dans un monastère, et le pape ne doit se f;;irc aucun scrupule d'en convenir. Et en effet, ou l'individu a la vocation religieuse, et dans ce cas clic ne fera que se confirmer et se fortiiier davantage par la maturité de l'âge , ou ce n'est pas une vraie vocation, et alors on ne doit pas concourir à une imagination folle , a un eatrainement de jeunesse.
« Le ]\once. — Je ne partage pas votre opinion sur ce point ; et je ne crois pas que le souverain puisse licitement empècber un de ses sujets de faire le vœu de chasteté.
« Le prikce. — Pourquoi non.»^
« Le jNOjNce. — Parce que l'Évangile me semble admettre des principes bien opposés.
" Le prince. — Vous n'ignorez pas, monseigneur, que le décret impérial est déjà promulgué, et ne peut plus se révoquer.
« Le kokce. — Je sais que le décret est promulgué; mais je sais aussi qu'une suspension à son exécution ne ferait aucun tort à la majesté du trône. Vous savez de votre côté , prince , que le pape , dans les lettres qu'il a écrites ici , n'entre pas dans cette question. Sa Sainteté prie paternellement et engage le gouvernemen' , avec toute la délicatesse possible , à faire la chose de la manière la plus convenable ; il manifeste la sincère bonne volonté d'y concourir autant qu'il sera praticable ; mais je répète qu'il ne pourra jamais consentir à proroger les professions jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Je puis bien vous dire que, selon des nouvelles positives que j'ai reçues de France, les personnes sages et les gens de bien vont toujours expérimentant et déplorant de plus
en plus le mauvais effet produit par le changement semblable qui s'est fait dans ce royaume, au sujet de l'âge des professions. Selon toutes les apparences , les Français reviendront de cette disposition provisoire , et les professions seront remises sur l'ancien pied.
« Le prince. — Et pourquoi?
« Le nonce. — Parce qu'il convient que, dans un âge tendre, les aspirants à la vie religieuse se familiarisent avec elle et avec ses sévères observances. Et comme Dieu ne veut pas faire de continuels miracles , il faut , de notre côté , que nous prenions les moyens humains qui nous semblent les plus prudents et les plus aptes pour fixer de bonne heure le sort des jeunes gens , de même que cela se pratique pour les habituer et les rendre habiles aux emplois séculiers. Sans une telle prévoyance, il est bien plus aisé de devenir un mauvais religieux ; sans une telle prévoyance , on ira diminuant notablement le nombre des réguliers qui, vu le petit nombre et la disette de prêtres séculiers , sont absolument nécessaires pour assister spirituellement les laïques , administrer les sacrements , prêcher la parole de Dieu et remplir toutes les autres fonctions qui intéressent notre sainte religion.
« Le prince. — Eh bien ! il faudra écrire à Rome.
« Le ton sec et sévère du prince de Kaunitz pendant cette conversation ne me fait , en vérité , augurer rien de bon sur la conclusion de cette affaire, quoique plusieurs me disent qu'il y a lieu d'espérer.
« On vient de me prévenir qu'on s'occupe maintenant de réduire les confréries et leurs revenus , et ce , parce qu'on pense plus sérieusement à étendre et à soutenir l'état militaire , objet favori de Sa Majesté Impériale. «
D'autres relations du même nonce nous apprennent qu'à cette époque fut encore remis sur le tapis le projet des comtes de Noteck et de Sintzendorf , présidents de la chambre impériale des comptes , projet qui avait pour but de retirer au clergé régulier l'administration de ses biens , et de la confier à cette même chambre , en assignant à chacun de ces religieux une pension viagère d'un florin par jour.
L'impératrice, dans une lettre autographe du 23 mai, donna au pape toutes les assurances possibles qu'elle s'opposerait avec fermeté aux innovations projetées au préjudice des ordres religieux, et surtout à celles concernant l'âge de la profession solen-
nellc ; elle priait cependant le saint-père de consentir à quelques iiuxlificalions sur ce dernier point ; mais, malgré (;es solennelles assurances , le ministère ne se désista point de ses tentatives usurpatrices contre les ordres réguliers.
Personne mieux que le ])apc ne comprenait le but de t<mles ces tentatives. On parlait de la réforme des couvents, uniquement pour amener leur chute. Mais de réformer le clergé séculier (qui pourtant , à cette époque , était bien plus rel;\clié encore que le clergé régulier, et bien plus dépourvu d'hommes de sainteté et d'intelligence), il n'en était pas question. Clément XIV méditait une large réforme de l'un et de l'autre , et chargea son nonce à la cour de Menne de manifester ses desseins à l'impératrice , et de la conjurer en termes pressants de ne pas accueillir les innovations perfides de ses ministres , mais les ])ropositions sagement réformatrices du j)ère de la chrétienté. Il lui rappelait de quelle responsabilité terrible , en n'agissant pas de cette manière, elle se rendrait coupable devant Dieu. Quant à la modification désirée, relative à l'émission des vœux solennels, le nonce avait reçu l'ordre de faire entrevoir à cette princesse que le pape , après avoir mûrement examiné ce point , ne serait peut-être pas éloigné de fixer cet âge à dix-huit ans, mais jamais à vingt-cinq. L'instruction qu'il transmit au nonce, le 22 novembre 1771 , par le cardinal secrétaire d'État, sur ce sujet, est remarquablement belle et admirablement raisonnée :
« Ces démarches de la pieuse souveraine , » disait-il , » font d'elles-mêmes l'éloge de sa grande piété. L'impératrice, dans une matière si déhcate, a bien raison de craindre et de redouter que, quoiqu'à quelques égards l'altération d'une discipline si longtemps et si solennellement autorisée par l'Église universelle puisse être crue de nature à donner une garantie de plus pour les vocations de ceux qui veulent se consacrer à Dieu , d'une autre part elle n'ait pour résultat réel de la faire perdre à un plus grand nombre qui, s'ils s'éloignaient de bonne heure des périls du monde , conserveraient plus facilement le don de la grâce et deviendraient pour l'Église et pour l'État d'utiles sujets.
« Je dirai à Votre Éminence que cette même crainte émeut tellement l'esprit du saint- père, que, nonobstant les nombreuses et mûres considérations qu'il a faites jusqu'à présent sur ce sujet, il demeure encore indécis entre le désir qui le porte naturellement à seconder le plus qu'il lui est possible les intentions tou-
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jours respectables de cette religieuse souveraine, et la frayeur de se hasarder le premier, après tant de saints et illustres prédécesseurs , et malgré les décisions prises avec tant de maturité par plus de deux cents Pères réunis de toutes les nations du monde au saint concile de Trente ; de se hasarder, dis-je, à changer une discipline reconnue jusqu'à présent nécessaire au bien de l'Église par tous ceux qui ont reçu de Dieu mission de ia gouverner et de la conduire.
'< Il n'est pas étonné que l'Église exige une plus grande maturité, c'est-à-dire l'âge de vingt et un ans , pour les clercs qui reçoivent le sous-diaconat, tandis que le môme saint concile, qui, animé par l'esprit de l'Église elle-même , a déterminé et fixé cet âge, a jugé en même temps opportun et convenable d'en fixer un moins avancé pour faire profession dans les cloîtres. La raison de cette différence est que , lorsqu'il s'agissait des clercs qui doi- Aient vivre toujours au milieu des périls du siècle , il convenait que l'on expérimentât plus longuement leur vocation ; mais , au contraire , pour les religieux qui se séparent du monde et trouvent dans la retraite et l'observance régulière une garantie contre ces mêmes périls , on a , avec raison, permis des obligations anticipées. Ajoutons à cela une autre raison puissante : c'est que lorsque les jeunes gens de seize à vingt-quatre ans commencent, par une sorte de droit de leur âge, à se soustraire à la plus stricte obéissance paternelle, cessent de fréquenter les pieux exercices de l'Église et de suivre quotidiennement les écoles et leurs études , et se laissent amorcer par les appâts d'une liberté plus grande que celle dont ils ont pu jouir dans leur enfance, ils sont moins aptes alors à se plier à une discipline plus austère, à une retraite plus rigoureuse dans les cloîtres, à l'obéissance plus exacte et phis continuelle de leurs supérieurs , et aux exigences et aux incommodités incessantes de la vie claustrale.
« Tel est du moins l'effet qui a été, dans d'autres royaumes , produit par la dilation d'âge imprudemment exigée pour les professions religieuses, de telle sorte que les noviciats sont demeurés presque déserts et fermés ; et nonobstant la liberté qu'on a laissée eu quelques lieux de pouvoir revêtir l'habit religieux à l'âge ordinaire, cependant aucun des jeunes gens ne veut s'y résoudre ni s'engager à passer les plus belles années de sa vie dans une profession qui le laisse dans une si longue inaptitude avant qu'il y puisse être irrévocablement admis. De sorte que, même dans
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ces ro^'auincs , ou C(mvicnL maintenant qu'une {grande ])arUe des ordres rclii^ieuv s'y éteindroni , et que le nombre des sujets (|ui y entreront après vingt-ciualre ans sera très-rare; ou que, n'a^yant point fait préalablement un cours d'études mélliodi(iues et en liaiiiumie avec leur vocation , ils [)Ourront en elïet entrer dans quelque couvent, mais non s'^ rendre utiles au bien public de l'Eglise ou de l'Ktat, si l'on ne rétablit l'ancienne méthode pour les professions,
<> Telles sont les réclamations qui sont parvenues au saintsiége, et non-seulement de la part des supérieurs réguliers que l'on pourrait croire tro]) intéressés à la propre e.vistencc de leurs ordres , mais aussi d'évèques zélés , qui connaissent par expérience et qui éprouvent en réalité combien les religieux bien gouvernés sont utiles et même nécessaires au bien spirituel de leurs peuples , et combien efficacement ils su})pléent à la disette de prêtres séculiers ; ils comprennent , ces prélats, que l'Église va se trouver destituée de ces secours si l'on retarde ainsi la profession religieuse, puisque même aujourd'hui, sur cent religieux actuellement existants, c'est à peine s'il s'en trouve un seul qui se soit consacré à Dieu après l'âge de vingt quatre ans.
« L'expérience des choses humaines démontre qu'il n'y a ordinairement à s'acquitter parfaitement des professions difficiles que ceux qui ont commencé à les exercer dès leur première jeunesse.
« Les évêques et les supérieurs réguliers pensent enfin que, si l'on devait attribuer les apostasies et le relâchement de quelques individus à une profession religieuse prématurée, on verrait le même effet se produire également dans les ordres réguliers les plus rigides et les mieux disciplinés ; et comme on ne voit point de tels inconvénients arriver parmi eux , ils en concluent que ce n'est pas l'âge de la profession , mais les désordres introduits dans la discipline de quelque ordre, qui occasionnent ces écarts dans lesquels aujourd'hui on en voit tomber quelques-uns.
«' Il me faudrait écrire un volume si je voulais exposer à Votre Eminence toutes les réflexions que j'ai souvent, avec admiration, entendu faire à sa sainteté, dont vous connaissez la doctrine profonde et la prudence , réflexions tirées tantôt des exemples des saints-pères et de l'histoire ecclésiastique , tantôt des dispositions canoniques, tantôt de la vie pratique qu'il a menée luimême dans un ordre religieux, tantôt de la force et de l'autorité
que doivent avoir, en matière disciplinaire , les lois de l'Église, tantôt enfin de l'esprit qui doit la diriger dans les changements qui peuvent avoir lieu, et des égards que, dans ces mêmes changements, on peut avoir convenablement aux désirs des princes ses enfants particuliers. Mais, par dessus tout, je vous dirai que le saint-père désire ardemment une véritable, juste et complète réforme tant du clergé séculier que du clergé régulier, et bien plus celle du premier que celle du second, voyant celui-là consumer en dépenses mondaines, pour ne pas dire répréhensibles , les revenus de riches fondations faites par de pieux fidèles ; ne se rassasier jamais d'accumuler bénéfices sur bénéfices, en faire un illicite trafic, refuser aux églises jusqu'à ce léger service matériel de l'assistance au chœur , comme si on avait honte de l'iiabit et des ministères vénérables de la vocation ecclésiastique ; et penser à toute autre chose qu'à s'instruire de ses propres devoirs et à les mettre en pratique.
« Voilà les désordres qu'aperçoit Sa Sainteté, parmi beaucoup d'autres, dans le clergé séculier, désordres plus grands sans comparaison que ceux des réguliers, parce qu'ils produisent un scandale plus grand et sont suivis de conséquences bien autrement pernicieuses. C'est pourquoi notre saint-père est justement étonné que de nos jours on ne s'occupe et l'on n'entende parler en tous lieux que de réformer , c'est-à-dire uniquement de produire une diminution de membres des ordres religieux sous le nom spécieux de réformes , et que personne ne pense aux ecclésiastiques séculiers, comme s'ils étaient dans leurs mœurs plus parfaits sans aucune exception ; comme si leur vie devait échapper à toute surveillance. Cette opinion pourra paraître à la postérité procéder d'un tout autre principe que de celui du zèle pour le bien de l'Église. Mais, quoi qu'il en soit , il est certain que Sa Sainteté a grandement à cœur la réforme et l'amendement de ces deux clergés , et qu'elle y mettrait la main de suite , avec l'aide de Dieu , si l'on désirait partout, non une réforme palliée et superficielle , mais une vraie et intime réforme de mœurs qui coupât le mal dans sa racine ; si on laissait la proposition et le choix des moyens opportuns à ceux auxquels il appartient spécialement de les proposer et choisir ; et si les ordres du chef et du maître de l'Église étaient en tous lieux assistés et protégés par le bras séculier des princes , et défendu contre les critiques des impies et de ceux qui sont remplis de la seule prudence du siècle , et entièrement dé-
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poiirvurs (le toiilo c()iiuaissaiic<i et do louto cxpt'rienco de la coii- (luile des àiiies.
« UelouiiiaiiLàiiolre premiersujet, (pie Votre llmiiience ne noie |)as (|iie les susdites dil'Iieultcs aient déterminé Sa Sainteté à donner (ine réponse eonii)letenient né^^ative au sujet de la demande (piilni a été laite. Il est vrai que le saint-père est sin«'ulièrement a^ilé et eomhattu : d'une part, il épi'ouve un \il' désir de se prêter aux intentions de Sa Majesté; il sait, à n'en pou\oir douter, que ses intentions sont entièrement pures et qu'elles méritent la plus sérieuse attention, ainsi que les motifs qui ont pu l'engager à j)rendre cette résolution ; mais, d'un autre côté , le saint-père prévoit les malheurs que pourrait occasionner un changement pour les ordres religieux, et par eouséquent pourl'l^glise. Il prévoit que, s'il cons(nit à approuver une fois ce nouveau système dans l'empire d'Autriche, il sera bientôt contraint à passer, soit pour des raisons semblables, soit pour des rivalités de puissances, à rendre commune et universelle pour tous les royaumes catholiques une mesure purement particulière et locale; de sorte que , parmi tant de pensées diverses et si opposées , il tremble avec raison et craint de mettre, par une résolution qui ne serait pas sufiisamment mûrie et prudente , sa propre conscience en danger ainsi que, peut-être, celle de Sa Majesté, et de les rendre tous les deux responsables envers l'Église universelle des conséquences pernicieuses qui pourraient en advenir.
« Une semblable crainte ne justifie donc que trop la conduite présente et les hésitations du saint-père, et je ne doute pas que , si ses motifs sont soumis à Sa Majesté, celle-ci, qui aime l'Église et qui se propose toujours, par-dessus toutes les choses temporelles , le bien des âmes , ne voudra pas non plus assumer une si grave responsabilité. »
L'électeur de IMayence marchait pour ainsi dire à la tète des novateurs, et commençait à persécuter de mille manières les religieux de son éleetorat. Le pape, dans une instruction du 7 septembre 177 1 adressée au nonce de Cologne, s'exprime à ce sujet avec autant de justesse que d'indignation, en chargeant celui-ci de faire connaître ses sentiments à Félecteur et de prévenir de sa part toute usurpation ultérieure. « j\on-seulement le prince électeur, M ainsi s'exprime cette instruction, «a transgressé sur beaucoup de points ses devoirs ecclésiastiques ; mais il a, de plus, outre-passé les dispositions prises par plusieurs princes séculiers IL 2
au détriment des ordres religieux, de sorte que dans les temps à venir, et à la honte du notre, on se souviendra que les réguliers ont été persécutés dans ces jours, et qu'ils suivent leur discipline dans les États des princes protestants, plus librement que dans ceux des souverains catholiques ; et que dans les derniers encore, ils ont plus à souffrir de la part d'un prince ecclésiastique que delà part des séculiers. »