II
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le courage ne lui a pas manqué ^ ni la constance pour les accomplir.
« Et maintenant , très-révérends pères , nous exhortons votre foi, votre prudence, votre religion, afin que vos cœurs soient animés d'un même zèle, et que vous donniez à ce pontife un successeur tel que le demandent le salut de l'Église et le besoin de notre temps. Voilà ce qu'attendent de vous les désirs du monde entier, et ce qui est pour chacun du plus grand intérêt. De notre côté, nous prions le Seigneur qu'il vous aide et vous secoure ainsi que vos collègues dans une circonstance d'une si haute gravité; et nous recommandons Vos Paternités à sa protection puissante , autant que nous y engagent la sincérité et la grandeur de l'affection que nous ressentons pour elles. »
LXIIT. — Le P. Georgel et un grand nombre de ses confrères avec lui, ainsi que tous les partisans des jésuites , croient s'exprimer au sujet de Clément XIV avec une indulgence extrême, et lui avoir rendu toute justice en disant que sa vie pontificale le peint assez. M. Crétineau-Joly donne une juste interprétation de cette expression ambiguë, et la traduit en ces termes (1) : «/Z dura longtemps, et Vimage de cette inertie en tiare accordant l'impunité à tous les scandales qui en jaillirent, ne s'est jamais effacée de la mémoire des Romains. »
Quant à ce qui concerne la vie de Clément XIV comme chef de l'Eglise, nous l'avons représentée dans toute sa simplicité et avec une fidélité entière ; nous en appelons à la conscience des jésuites et de leurs amis, en les invitant à rendre enfin à l'innocence et à la justice leurs droits imprescriptibles, et à renoncer à des préjugés plus ou moins coupables au sujet des actes de ce grand et saint pontife.
Mais la vie privée de Clément XIV fut aussi noble et aussi sainte que sa vie publique. Il avait conservé sur le trône toutes ses douces et humbles habitudes du cloître ; il était d'une tempérance extrême, se levait dès la pointe du jour et travaillait sans relâche. L'ordre le plus admirable présidait à toutes ses actions, et il expédiait les affaires avec la même célérité que Benoît XIV.
Il était doué d'une piété éclairée, sincère et profonde, et d'une chasteté si admirable, que ses ennemis eux-mêmes n'osèrent jamais le calomnier sur ce point.
(1) Clément XIV et les jésuites j pag. 365,
A l'exemple de^SixteiV, il avait eu horreur le néputisnie, qui avait encore joue quelque rôle sous le poulilicat de sou prédécesseur. Il poussait cette craiute si loin, qu'il ue voulut pas mèiue permettre à sou ne> eu, pauvre étudiaut en droit à la Sapience, de venir lui baiSer les pieds, dans la crainte qu'il ne lui demandât quelque faveur. Toutes les démarches que le père Boutempi teuta pour procurer cette consolation à ce jeune homme furent vaines. « Non, » lui répondit Clément XIV ; «non, je ne le ferai jamais; car mon neveu, après m'avoir demandé des choses de peu d'importance, me demanderait ensuite des faveurs plus considérables, et moi, insensiblement, je m'habituerais à ne lui rien refuser. «
Jusqu'à sa mort il resta l'enfant fidèle de sou grand protecteur saint François d'Assise, fondateur de son ordre. La pauvreté fut son plus grand ornement; il donnait tout aux pauvres. Tout sou héritage se montait à 1,500 écus romains (environ 8,000 francs), consistant en partie en argent comptant, en partie en médailles d'or et d'argent; joignez à cela quelques dons qu'il avait reçus des souverains, tels que quelques vases sacrés, un service de table en porcelaine et des tapis. Ce fut là toute la mesquine succession qui passa à ses deux neveux, Tebaldi et Fabri.
Ses dépouilles mortelles furent déposées à Saint-Pierre , sous la porte qui conduit aux archives de la chapelle Julia, vis-à-vis du mausolée d'Innocent VUI; elles y restèrent jusqu'à l'an 1802. A cette époque, le noble chevalier Charles Giorgi, ami intime et admirateur de Clément XIV, pria Pie VII de lui permettre de faire transporter ces restes vénérables dans l'église des Douze- Apôtres, et de le dispenser des frais considérables nécessités par la translation solennelle des corps des souverains pontifes, il solenne trasporto de corpi dei sommi pontefici. Cette cérémonie eut donc lieu, sans aucune pompe, le 21 janvier 1802. Son corps fut déposé sous la porte de la sacristie.
Le même chevalier Giorgi fit faire, à ses propres frais, par le grand sculpteur Canova, un magnifique mausolée digne de l'artiste qui l'exécuta et de celui dont il renferme les restes vénérables. Il coûta plus de 12,000 écus romains (environ 65,000 francs). L'artiste représente le pontife assis sur son trône, dans la force de l'âge, légèrement penché en avant, tenant la main droite étendue, comme pour bénir ou pour prononcer une sentence. Son visage exprime une gravité noble mêlée de douceur et de bonté. Aux deux côtés du piédestal sont deux statues représentant, l'une,
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la Tempérance appuyée tristement sur l'urne funèbre; et l'autre, lu Mansuétude, les mains croisées sur la poitrine et les yeux fixés sur un agneau, symbole de la douceur, et qui repose à ses pieds. Le célèbre artiste Pietro Vitali fit une gravure représentant ce mausolée, en y ajoutant une inscription en vers dont nous insérons ici seulement les deux dernières strophes :
La désira estolle, in sito il più eminente
Sta délia tomba il graii pastore assiso.
S' appoggia ail' uina, e insieme mesta e dolente
A lei rivolge Temperanza il viso ; Accoppia al sen le mani, e dolcemente
China la testa, e tiene a terra liso
Mansuetudine il guardo, e presso a quella
Giace l'umile e mansueta Agnella.
Notre tâche est remplie : nous pourrions sans doute ajouter encore bien des considérations historiques pour apprécier le pontificat de Clément XIV; nous les réservons pour des jours plus calmes, parce qu'elles contiendraient peut-être des vérités trop amères. Nous laissons donc tomber le voile ; mais, avant de nous séparer du public, nous ne pouvons nous dispenser de faire ici une déclaration solennelle, et de dire que tous les ouvrages qui ont été écrits par les jésuites et leurs amis, avec ou sans nom, depuis la mort de Clément XIV et même de son vivant, jusqu'à nos jours, sur ce pontife et sur l'abolition de la société de Jésus, sont le fruit des illusions les plus déplorables, remplis d'erreurs sans nombre, et quelques-uns même ne sont pas exempts de mensonges.
Nous conjurons donc ceux qui aiment la vérité de ne les lire qu'avec la circonspection la plus grande. Nous plaignons les jésuites de nos jours, qui, avec une bonne foi entière, ont aveuglément copié leurs prédécesseurs et les copient encore. Mais nous nous croyons obligé , en conscience , à faire cette déclaration, toute dure qu'elle puisse paraître, et nous ne la faisons que dans l'intérêt et pour l'honneur de l'Eglise et de la vérité.
Les paroles solennelles que Clément XIV adressait au nonce apostolique de Cologne, le 7 août 1773, se trouvent pleinement justifiées : « La haine et le venin dont sont remplis les pamphlets et les journaux, au sujet de l'affaire des jésuites, suffiraient pour mettre à bout la plus héroïque tolérance. » Et combien n'ont-elles pas été vérifiées plus pleinement encore depuis, par la publication
de presque tous les ouvrages qui, à partir de cette époque, ont été publiés sur le même sujet, et qui sont de nature à inspirer à tout honnête homme, non-seulement un sentiment de mépris, mais encore de répugnance et d'horreur.
FIN DU SECOND ET DERMEQ AOLUME.