INGENTI L^TITIA DECLARA VIT
Les ennemis du pape ne pouvant manifester leur haine, en arrachant de son tombeau les souvenirs de sa gloire, la manifestèrent dans d'odieuses satires qui furent répandues à profusion parmi le peuple. Cette conduite impie provoqua l'indignation des amis du défunt, qui, de leur côté, y répondirent par d'autres écrits en vers et en prose contre la société de Jésus.
Ces malheureuses pasquinades , de quelque parti qu'elles provinssent, furent sagement supprimées par ordre de Pie VI, lequel en lit sévèrement punir les auteurs. Aous avons eu la patience de lire toutes ces satires, dont le nombre s'élève à plusieurs centaines; elles sont pour la plupart rédigées dans un style poétique assez misérable , et nous sommes obligé de convenir que celles qui furent lancées contre Clément XIV l'emportent de beaucoup en impudeur et en grossièreté sur celles qui furent faites contre la compagnie de Jésus.
Pour donner une idée de cette œuvre de fanatisme et en inspirer une légitime et juste liorreur, nous insérerons en note (1) quelques-unes des moins ignobles.
(1) Mausoleo eretto in forma di piramide. Nella prima facciata si vede la bolla in Cœnû Domini bullata iti terra, — col motte :
SACKOKUH CANOKUM DESTRVCTOR.
Nella seconda facciata si vede un aitare, su cui è sitiiato un idole (si crede il Giove di Verospi) con un Ebreo(AmbroD) ed un erelice ingiese (Denam) iuginoccliiali, col nriotto :
IDOLORVII CULTOR-
Il n'est point de crime dont on n'ait chargé la mémoire de Clément XIV, point d'action si glorieuse de son pontificat qui n'ait été travestie et défigurée. Comme l'avait été naguère Charles JII, lui-même fut aussi placé parmi les réprouvés en enfer (1), et traité de destructeur des lois divines et humaines. Il fut accusé d'avoir ravagé l'Église et d'avoir été un tyran plus détestable que Pharaon et que Satan (2), pour l'àme duquel les jansénistes
Nella terza si vede il Castel S. Angelo con diversi abbati carcerati, smunti e laceri, ed il inotto :
CLERICORUM PERSECtTOR.
Nella quarta si vede una quantità di frati di diverse religioni, spogliati delli loro abiti, col motto :
COENOBIORUM DEPOPULAÏOR.
Paschalis Adinolfi Urbis et Orbis Liberator.
Epitaffio per il monumento di Clémente XIV-
Sacerdotiim Peisecutori
Cœnobiorum Depopulatori
Sacroriim Canonum Destructori
Idoloruin Cultori
Senatus Populusque Romanus
Ne tanti excidii memoria pereat
Monumenlum poni curavit.
(I) Rimprovero di S. Pielro a Clémente XIV.
Sonetlo.
Dimnai, iiidegno Pastor, cbe mai facesti
Nel corso d'un sol lustre cbe regnasti î
I dritti délia Chiesa altrui cedesti,
Su la santa mia sede invan poggiasli.
Turba d' infima plèbe a lato avesli,
Da cui rerario dissipai' lasciasti ;
La navicella mia salvar fingesti,
Ma tra i flulti più infuH la gittasli. La Chiesa colle i/ifami opre tradisti;
Base e sostegno délia le non fosti,
Ma i nemici di lei sol Cavoristi.
Cosi Pier santo dagli eterei posti
Sgiidù Clémente, e furon là giù tra i tristi
Ignei legami aile sue merabra imposti.
(5) Visione avula da Clémente XIV.
Sonetto, Pietro promise confessar Gesù,
E per vile timoré lo negô.
lo, per orgoglio di salir più in su,
Di ucciderlo promisi, e al dette sto.
Quelii pentito poscia l'onorà,
lo son fermo in volerlo buttar giù,
Cbe pentirmi giammai del mal non so,
Peggiodi Fnranne, e' Belzebn.
seuls priaient (l); d'avoir préféré l'hérésie à la doctrine de Jésus- Christ , persécuté les catholiques, et surtout les religieux, et les prêtres ; protégé les protestants, les schismatiques, les hérétiques et même les juifs; vendu l'Église aux princes, et conclu avec eux une vaine et ridicule paix, au prix de la destruction de la société de Jésus et du recouvrement de deux pouces de terre (2) ,
Tandis que ses ennemis chantaient victoire et étouffaient toutes les voix qui s'élevaient pour prendre la défense du pontife outragé , les amis du défunt n'osaient faire entendre en sa faveur
Quelli ai tiranni in faccia résisté,
Ed io, per dire lor senipre di si,
Mi son messo il Vangelo solto i piè.
Sauto aposlolo iiiio, s' eiia è cosi,
Poss' io chiamarnii siiccessor di te?
Simon m' àccenna, cli' io stia zitto qui.
(l) Memoria per la vita e morte di Fra Lorenzo Ganganelii, detto Clémente Xt v.
Sonelto,
Nacquetra li crinali in un villaggio.
Un zio sicario se Io tirô tra i frati,
Dell' egoismo apprese li dettati,
Ne ebhe allro capital per parer saggio. Cupezza e finzion fur siio partaggio
Onde gl' uomini e i Dei sempre ha gabbati ;
Conversô vil canaglia, ed ai magnati
Quanto voile ambizion rese di omaggio.
Alla fazion clie viiol Roma conquisa,
Fece deir opra sua larga promessa;
Cosi i'oslro, e il triregno ebbe indiviso. Le sagre leggi, e le profane oppresse.
La Cliiesa rovinô per ogni giiisa.
Mori, e m Utrecht sol gU (lisser Messe.
(7) Per la tante decantata pacc falta dalla sanla memoria di Clerttente XIV
Sonctlo.
La boUa clie ab antico semi)re fii
L'antemurale dell' immunità;
La compagnia si illustre di Cesii,
Clie niaiitenea la t'ede, e la pielà : La gitislizia, del Foro aima virtii
Del porporeo seiiato la maestii,
L' onor del Papa clie tirollo six ,
Dclla l'ede di Pier la santilà : Tnito qiiesto in cinipi' anni devasto;
Le cliiavi in mano alli sovran cédé,
E li dofjmi ail' errore ahbandonà.
lu compeuso il Camanro ebbe per se;
Due terre per Io stato riacquistè ;
Ecco la pacc cbe Clémente l'è. ' > .
qu'une voix timide (1). Ce n'était donc pas à tort qu'ils se plaignaient de la honteuse ingratitude de Rome (2). Dans le monde, la Yoix des méchants se fait toujours entendre plus haut que celle des bons.
A ce spectacle affligeant ne se croit-on pas transporté aux temps de la Ligue et de la Fronde? Dieu veuille qu'il ne se renouvelle plus et ne vienne plus déchirer encore le sein de l'Église.
Or, en présence de ces injures affreuses , M. Crétineau-Joly prétend encore (3) que , « si le nom de Clément XIV a été respecté et protégé jusqu'ici, c'est à des jésuites qu'il doit ces derniers honneurs de l'histoire. » Il était impossible de pousser plus loin une ironie de mauvais goût. On n'a pas bonne grâce à plaisanter avec la cendre des morts : qu'il nous suffise de rappeler ici les paroles que nous avons citées deFeller, Bolgeni, Georgel, sans parler
(l) Contre gli autori délie satire contro il Papa.
Sonetto.
Fede che in sen mi bolli , e soffri oh Dio
Solfri l'iniquo autor che il giusto, il santo
Pastore osô inlainar ? Dove s' iidiô
Eccesso d' empiéta che giunga a tanlo ? Colpa è il silenzio omai del vice Dio,
Sorgi gloriosa alla difesa intranto
Di tue voci al poter 1' infâme e rio
Ardir rimanga a siioi rimorsi accanto, IHè basta ciô, quella che un di s' aspetta
Odan gl' empj da te, da un Dio sdegnato,
Ai neri falli lor giiista vendetta.
Forse il duro lor core allor toccato
Si cambieià : Ma no, la lurba infetla
Troppo al vizio negando ha il genio usalo.
i<^\ Sonelto.
Régnai nel tempo più tremendo , e rio
Le grand' ire dei re vinsi, e sedai
Amoroso ail' estraneo, al popol mio
Fui più padre, che prince inli guai.
Nemico d' interesse, umile e pio,
Tutto me stesso al popolo donai,
NuUa a me, nuUa ai miei, sol del mio Dio,
Délia Chiesa, e di Roma il ben cercai. Portogallo, Avignone, e Benevento
Per me tornando alla concordia usata
Mostran s' io vissi alla bell' opra intento. E pur morii di morte aspra, e spietata,
E Roma applaude al doloroso evento.
Oh mercede inumana! Oh Roma ingrata !
(3) Clément XIV, etc., pag. 380.
de tant d'autres jésuites, aux calomnies et aux outrages desquels Clément XIV est incontestablement redevable de toutes les injures dont sa mémoire fut jusqu'à ce jour souillée. Georgel, plus impudent que tous les autres, après avoir accusé ce vénérable pontife de toutes les infamies imaginables, ose néanmoins terminer son récit par ces paroles parfumées d'une charité hypocrite (1) : « N'en ternissons point la mémoire ; respectons sa cendre ; sa vie pontificale le peint assez : contentons -nous de dire ici que son élévation fut de bien peu de durée et qu'il n'en jouit point, et qu'au cardinal de Bernis près, qui régnoit à Rome sous ce pontificat, le sacré collège ne parut pas le regretter. »
LXI. — Ces satires contre Clément XIV et contre les cardinaux que l'on croyait quelque peu défavorables à la société, de même que contre les souverains et leurs ambassadeurs accrédités auprès du saint-siège, continuèrent même à infecter Rome jusque dans le sein du conclave de Pie VI, et avec une telle effronterie que les électeurs sacrés se virent dans la nécessité de réprimer cette audace. Au milieu de ces pamphlets se distingue une espèce de poëme dramatique, en trois actes, intitulé le Conclave, et tellement abominable, que les cardinaux le firent saisir et brûler par la main du bourreau , sur la place appelée Campo de' Fiori, et chargèrent, par une lettre circulaire, non-seulement les magistrats de l'État ecclésiastique, mais aussi les nonces apostoliques auprès des cours catholiques de poursuivre activement cette satire, de la faire détruire, si elle avait pénétré dans les royaumes où ils étaient accrédités, et d'implorer même à cet effet l'appui du bras séculier. Voici la traduction de la lettre écrite par le conclave, le 17 décembre 1774, au nonce d'Espagne :
« Nous, parla miséricorde de Dieu, cardinaux, évèques, prêtres et diacres de la sainte Église romaine, assemblés en conclave, Vénérable Frère, salut en Notre-Seigneur.
« Dès que l'écrit odieux intitulé le Conclave eut paru , nous pensâmes à réhabiliter dans son honneur et dans sa dignité le sacré collège, si indignement outragé.
« Nous avons, en conséquence , ordonné d'abord que ce livre abominable, ainsi que d'autres satires et libelles diffamatoires fussent pubhquement, à Rome, sur la place publique, livrés aux flammes par la main du bourreau. Nous avons ensuite appliqué
(1) Mémoires, tom. I, pag. 150.
528 (i774') DERNIERS JOURS
tous nos soins à découvrir son auteur, lequel, ayant été saisi, a été ensuite , par notre ordre , immédiatement incarcéré. Nous avons ordonné aussi, par un édit, que ceux qui seraient reconnus avoir concouru à divulguer cet ouvrage, soit en le copiant , soit en le répandant, soit en l'achetant, subissent dans les fers la peine qu'ils ont justement méritée.
« Nos soins pour cet objet ne se sont pas bornés à la seule ville de Rome ; mais comme il nous a été rapporté que plusieurs exemplaires avaient été envoyés et communiqués dans d'autres pays, nous ordonnons par ces présentes à Votre Fraternité , si elle vient jamais à avoir connaissance que quelqu'un de ces ouvrages se répande ou soit imprimé, qu'animée par notre exemple, elle s'efforce, autant qu'il lui sera possible , après avoir imploré le secours du bras séculier, de supprimer l'édition, d'en interdire la vente, et d'effacer, par la destruction de tous les exemplaires qui pourront être remis entre ses mains , l'outrage jeté à notre honneur et à notre nom.
« Dans les lieux qui sont soumis aux magistrats, vous prendrez garde, en conséquence, que si quelque manuscrit ou quelque imprimé vient à circuler, les exemplaires en soient aussitôt enlevés par l'autorité du prince ; que si, au contraire, il n'y a point de répression extérieure possible, vous en interdirez, sous les peines les plus sévères, la vente, l'impression et la détention. Tels sont nos ordres; conformez-vous-y soigneusement, et rendez-nous au plus tôt compte de ce que vous aurez fait.
« Donné à Eome en conclave, le 17 décembre 1774. »
LXII. — La mort de Clément XIV fut profondément sentie et sincèrement pleurée par les évèques et par les souverains. Charles III, Louis XVI, Marie-Thérèse et le pieux roi de Sardaigne versèrent des larmes lorsque les nonces apostoliques leur présentèrent la lettre de condoléance des cardinaux .
Ces souverains, dans leurs réponses , ne faisaient d'autre vœu que celui de voir succéder au pontife défunt un pape qui lui fût semblable. Voici comment s'exprime, en cette occasion, le roi de Sardaigne, dans la lettre suivante (1) du 5 octobre 1774, adressée au conclave :
« Il est un juste tribut que doit payer le monde catholique à la sainte mémoire de Clément XIV : c'est de ressentir une vive afflic-
(0 Theiner, Clein. XIV Epist., etc., n" 308, pag. 374.
tion en appreiiuiit la perte douloureuse qu'il vient de faire au moment où il s'y attendait le moins , et dans un temps où les tendres et pastorales sollicitudes de ce pontife étaient si utiles à la paix de l'Eglise.
« Nous ne serons certes pas les derniers à nous rendre à l'invitation qu'il a plu à Vos Éminences de joindre à la triste nouvelle qu'elles nous annoncent. Nous y sommes engagé, non moins par les raisons qu'elles allèguent, que par les témoignages de bonté paternelle que nous avons, eu toutes circonstances, reçus de ce digne pontil'e, et qui nous avaient, autant par notre inclination naturelle que par reconnaissance, étroitement lié à sa personne sacrée.
« Ces sentiments , d'ailleurs , prenant leur source principale dans notre héréditaire et inviolable attachement au saint-siége , nous portent à désirer ardemment de recevoir une consolation à notre peine par le sage choix d'un bon successeur, qui , portant sur la chaire de Pierre les sages maximes de ses glorieux prédécesseurs pour le bien du troupeau du Seigneur, prenne dans son élévation au pontificat suprême une juste idée de notre empressement à faire toujours tout ce qui peut procurer davantage le bien de l'épouse immaculée de Jésus-Christ, et à prouver à son chef visible notre soumission pleine de respect. »
La lettre que la pieuse impératrice Marie-Thérèse écrivit au conclave (I)le 17 octobre est aussi touchante et aussi belle :
« Très-révérends pères en Jésus-Christ, et amis très - chers , nous avons assurément éprouvé les sentiments de la plus vive douleur à la nouvelle de la mort du souverain pontife Clément XJV, qui nous a été annoncée par la lettre de Vos Eminences sous la date du 23 du mois dernier. Notre cœur a été rempli d'amertume à la pensée de cette mort prématurée, non moins qu'à celle de la grande perte que fait l'Église dans la personne d'un si vigilant pasteur.
'< Tous les bons se souviendront éternellement de cet excellent père qui, placé au gouvernail de l'Église romaine dans des temps difficiles, a, pour la paix de V Église, dans le seul et court espace de cinq années, accomplipar lui-même des travaux si grands, qu'à peine un autre eût osé les tenter. Pour entreprendre ces travaux^
(!) Tlieiner, démentis P. XIV Epist., elc, ii" 310, p. 375. Voyez aussi les lettres (ie Louis XVI, du roi des Denx-Siciles et de Joseph II, n" 30î), 31 1, 312, p. 375 à 378.