‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 110 sur 378 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Saint Léon prie donc Anatole de ne pas refuser ses bonnes grâces à ceux qui viennent ainsi à lui ornés de la communion de la Chaire apostolique.

Peu de temps après le départ de sa dernière ambassade, saint Léon reçut de l'empereur de nouvelles lettres, en date des 17 et 23 mai 451 , par lesquelles ce prince lui faisait part delà convocation qu'il venait publier du concile œcuménique à Nicée pour le 1er septembre suivant. Il n'est pas facile de comprendre quels motifs l'empereur pouvait avoir pour insister si fortement sur la tenue de cette assemblée. Il est certain que quand il publia la convocation , il n'avait pas encore recales représentations de saint Léon à ce sujet, puisque les envoyés qui en étaient porteurs ne quittèrent Rome ?n au mois de juillet 451 , et que la proclamation avait para à Constantinople dans le mois de mai. Si l'empereur eût connu les motifs qui guidaient le Pape , il aurait sans cloute renoncé à son projet; mais dans l'ignorance où il était, il croyait agir en conformité des vues qui avaient été précédemment exprimées par saint Léon. 11 est encore vraisemblable que la situation toujours agitée de l'Église d'Orient lui inspirait le désir d'en finir une fois pour toutes , par un concile œcuménique, avec tant de troubles et de dissensions toujours renaissantes. En effet, tout ce que l'histoire nous apprend sur Marcien est de nature à nous convaincre qu'il était animé des intentions les plus sincères pour les véritables intérêts de l'Église. Saint Léon porta le même jugement, et c'est pourquoi il céda au vœu manifesté par l'empereur. L'accord entre les deux puissances est toujours facile quand elles sont inspirées par des pensées d'union et de respect réciproque, quand elles comprennent la limite et le caractère de leurs atlribu-

tions , enfin quand elles ne se laissent pas exploiter par des passions hostiles à la vérité et à la paix.

Saint Léon choisit deux nouveaux légats pour représenter la Chaire apostolique au concile ; l'up était Pascasin , évêque de Lilybée en Sicile , et Boniface , prêtre de l'Église romaine. Pascasin, distingué par son érudition et sa piété , avait déjà , dans plusieurs circonstances, déployé la plus grande fermeté. Sa connaissance de l'histoire et des antiquités de l'Église était remarquable. Saint Léon l'avait déjà consulté pour la fixation du cycle pascal , et par une lettre (la 26e) que le Pape lui adressa dans une occasion précédente , on voit de quelle autorité Pascasin jouissait auprès de l'Église de Sicile.

Saint Léon commença par envoyer à Pascasin sa lettre à Flavien, avec quelques passages choisis des Pères sur le mystère de l'Incarnation. Il le chargea aussi de faire calculer par des gens habiles le jour de Pâques de l'année 455, parce qu'il se rencontrait des difficultés dans le calcul de Théophile d'Alexandrie, dont toute l'Église usait à cette époque.

Le prêtre Boniface , qui partait seul de Rome , fut chargé des lettres de la légation. Elles étaient datées du 26 juin 451 , adressées à l'empereur, à Anatole et au concile. Saint Léon écrit à Marcien que, pour se conformer à sa volonté, il envoie l'évêque Pascasin et le prêtre Boniface, pour présider en son nom au concile avec Lucentius et Basile , partis peu de temps auparavant. Comme Julien de Cos habitait depuis longtemps en Orient et qu'il était très-instruit de l'affaire d'Eutychès , le Pape le joignit à ses autres légats pour les aider de ses conseils. Dans deux autres lettres, datées des 19 et 20 juillet, saint Léon recommande à Mar-

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clen et à Pulchérie d'user d'indulgence envers ceux qui reviennent de bonne foi, le meilleur moyen, dit-il, de combattre les œuvres des démons étant de mettre en pratique l'amour de Dieu et du prochain (1). Il importe de remarquer que dans toutes ses lettres saint Léon part de ce fait, que la doctrine de l'Église, en ce qui concerne l'hérésie d'Eutychès , est irrévocablement fixée par sa lettre à Flavien, et que cette question ne devant plus être l'objet d'aucun doute, ne devra donner lieu à aucune dispute dans le concile.

Presque tous les évéques appelés au concile de Nicée «jetaient déjà rendus, et l'on n'attendait plus que l'arrivée de l'empereur pour commencer les séances. Mais le ^septembre, époque fixée pour l'ouverture, se passa WKque Marcien parût. La nécessité de veiller au salut de l'Empire exigeait sa présence dans la capitale. Les Huns, dans leur retraite de la Gaule, avaient tenté d'oocuper rillyrie , mais ils en avaient été repoussés par lo courage et l'inébranlable fermeté de Marcien et de son armée. Le danger ne permettait pas encore à l'empereur de s'éloigner. Il écrivit donc aux Pères assemblés à Nicée qu'ils eussent à l'attendre , les légats du Pape jugeant sa présence nécessaire au concile et no voulant pas s'y trouver sans lui. Le grand nombre de clercs , de moines et de laïques déjà réunis donnait à craindre que des troubles ne fussent excités, soit à cause de leur oisiveté, soit par la fermentation qui régnait dans les esprits. En conséquence Pulchérie , en l'absence de Marcien , donna l'ordre aux autorités de la ville d'en éloigner tous les clercs , les moines et les laïques qui étaient venus sans avoir été appelés et sans la permission

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de leurs évêques. L'arrivée de l'empereur tardant encore, les évêques réunis à Nicée commencèrent à s'impatienter et écrivirent de nouveau à Marcien pour le prier de permettre qu'ils célébrassent le concile , suivant l'usage ancien , c'est-à-dire sans qu'il fût présent en personne. Plusieurs évêques étaient tombés malades, et tous souffraient de ce retard. Marcien répondit que la situation des affaires ne lui permettait pas encore de se rendre à Nicée, mais comprenant l'urgence de commencer les opérations du concile, il était tout disposé à faire céder les intérêts de l'État à ceux de l'Église ; il priait seulement les évêques, non pas pour faciliter sa présence au concile, mais uniquement pour la rendre possible, de se rendre de Nicée à Chalcédoine, dont la proximité de la capitale lui permettrait d'assister aux séances. Cette translation déplut beaucoup aux évêques, surtout à cause des difficultés et des embarras qu'elle leur occasionnait; mais comme ils ne pouvaient pas donner cette raison à l'empereur, ils lui firent écrire par le diacre Atticus qu'ils craignaient que Chalcédoine ne fût moins convenable que Nicée, précisément à cause de sa proximité de Constantinople , où il y avait encore beaucoup de partisans d'Eutychès, qui pourraient exciter des troubles dans l'assemblée. L'empereur répondit que le soin de prévenir ces troubles le regardait , et que leur devoir était de se rendre immédiatement et sans inquiétude à Chalcédoine.

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