‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 146 sur 378 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tre les canons. Nous vous prions de le faire lire, afin que tous nos frères voient si cela est juste ou non.

Aétius, archidiacre de Constantinople : On demeure d'accord que ce qui regarde la foi a été termine ; mais c'est la coutume des conciles, après que les matières les plus importantes ont été décidées , d'en examiner et en régler aussi d'autres, qui sont nécessaires. Nous, c'est-àdire l'Église de Constantinople, avions certaines choses à traiter. Nous avons prié les évéques venus de Rome d'y prendre part; ils l'ont refusé, disant qu'ils n'en avaient point d'ordre; vous avez ordonné au concile d'examiner cette affaire. Après que vous avez été sortis, les évéques se sont levés et ont demandé qu'on en traitât comme d'une affaire commune. Nous en avons l'acte, qui s'est point fait en cachette ni à la dérobée , mais caûoniquemem et dans l'ordre.

Le sénat en ordonne la lecture.

« Les Pères ont eu raison d'accorder au siège de l'ancienne Rome ses privilèges , parce qu'elle était la ville régnante ; et par le même motif, les cent cinquante évoques ont jugé que la nouvelle Rome, qui est honorée de l'Empire et du sénat , doit avoir les mêmes avantages dans Tordre ecclésiastique, et être la seconde après elle. En sorte que les métropolitains des diocèses du Pont , de Thrace et d'Asie seulement, et les évéques de ces diocèses, qui sont chez les Barbares, soient ordonnés par le siège de Constantinople , sur le rapport qui lui sera fait des élections canoniques. Bien entendu que chaque métropolitain de ces diocèses ordonnera les évéques comprovinciaux selon les canons. »

Le savant auteur de Y Histoire universelle de l'Église

catholique fait sur ce canon les judicieuses observations qui suivent :

« Il y a plus d'une inexactitude dans ces paroles. Il est faux que les Pères aient accordé au Siège de Rome des privilèges : c'est Jésus-Christ qui les lui a donnés; les Pères n'ont fait que les lui reconnaître. Il est faux que les Pères aient ni accordé , ni reconnu au Siège de Rome ses privilèges , parce qu'elle est la ville régnante, mais parce qu'elle est le Siège de saint Pierre, qui les a reçus du Christ, et en qui a commencé l'épiscopat. Il est faux que les cent cinquante Pères de Constantinople aient accordé à cette nouvelle Rome les mêmes privilèges qu'avait l'ancienne, puisqu'ils ne lui avaient accordé , supposé qu'ils le pussent , que le second rang d'honneur et non de juridiction. Enfin , de ce que les cent cinquante Pères avaient accordé à l'Église de Constantinople le second rang d'honneur, il est faux de conclure qu'elle avait ou devait avoir la juridiction sur le Pont, la Thrace et l' Asie-Mineure. Tout bien considéré , les rédacteurs de ce canon parlent et raisonnent , non pas en Pères de l'Église, en docteurs chrétiens, mais en sophistes grecs; au lieu de s'appuyer sur la parole de Jésus-Christ, ils arguent de considérations politiques , pour séculariser en principe les églises d'Orient, et les asservir, dans les siècles futurs , au sultan de la Turquie et au sultan de la Russie. Aussi , de six cents évêques qui assistèrent au concile de Chalcédoine, n'y en eut^il que cent quatrevingt-quatre qui souscrivirent à ce canon (1). »

On comprend maintenant les puissantes raisons qui

(1 ) Voyez Rolirbacber, t. VU) , p. 264. <.

Page 1