‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 154 sur 378 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

crainte en face des oppresseurs et leur dit, avec la volonté souveraine de celui qui parle au nom du Maître des rois et des peuples : Vous n'irez pas plus loin !

Enlisant le récit des actes du concile de Chalcédoine, il est impossible de n'être pas vivement frappe de ce que j'appellerai , pour emprunter une expression du comte de Maistre , la présence réelle du Souverain Pontife. C'est lui qui parle, qui agit , qui décide ; c'est lui qui fixe la doctrine , qui punit les coupables , qui pardonne aux repentants. Son nom est sans cesse prononcé et accueilli par les acclamations les plus expressives. Les légats même qui le représentent disparaissent en quelque sorte , comme ces mortels de la fable , enveloppés et rendus invisibles par l'auréole lumineuse qui émanede la drvinité qui les protège.

/lue suffisait pas au concile de Chalcédoine de définir 'a foi; il avait encore à rétablir l'ordre troublé et la légalité détruite. Cette tache n'était pas la moins embarrassante. Tant d'intérêts à ménager ! tant de plaies à cicatriser! tant de considérations à observer I Avec la plus ferme résolution de rendre justice , combien on était exposé à se montrer injuste! car il fallait juger si tel ou tel individu avait contribué , volontairement ou non, aux actes d'iniquité, faire la part de la violence et de l'entraînement, par conséquent fixer le degré de culpabilité et déterminer la peine méritée 5 en un mot , conserver une juste mesure entre la clémence et la sévérité. Difficile mission imposée aux pouvoirs qui sont appelés à réparer les désordres révolutionnaires ! Le concile de Chalcédoine , en suivant les conseils donnés par saint Léon, a su admirablement concilier toutes les exigences. Dans les décisions rendues au sujet des querelles particulières qui lui ont été soumises , il a pesé toutes

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les circonstances et jugé avec justice, modération, équité. Aux opprimés 9 il leur a restitué leur autorité dès qu'il a été prouvé qu'elle leur avait été enlevée par violence et sans qu'ils l'eussent mérité ; à ceux qui ont été complices de l'arbitraire et de l'iniquité des chefs, il a pardonné dès qu'ils ont confessé leur faute. Les coupables endurcis ont seuls éprouvé un juste châtiment. Tous les abus, toutes les irrégularités qui s'étaient introduits dans la discipline ont été réformés et abolis par les canons.

Un fait qui mérite de fixer particulièrement notre attention, c'est qu'une grande partie du bien réalisé par le concile est dû à l'influence que l'empereur a exercée par 6es députés. Il est très-important d'apprécier leur conduite, si l'on désire se rendre un compte exact de la situation réciproque de l'Église et de l'État à cette époque. La position de l'évêque de Rome k l'égard (Tua concile œcuménique, les devoirs et les droits que le Pape était appelé à exercer ne se trouvaient pas, dans le cinquième siècle , aussi complètement constitués qu'ils l'ont été dans les siècles suivants. Par les actes du concile , on a vu que ce furent les légats qui présidèrent et qui dirigèrent toutes les délibérations dont la nature était purement spirituelle) comme la fixation du dogme, les condamnations canoniques, etc. Toutefois , d'une part les rapports entre l'Empire et l'Église étaient, à cette époque, si rapprochés et si intimes, que le premier devait nécessairement exercer une influence notable sur les affaires de celle-ci ; d'autre part, au nombre des questions qui furent traitées par cette assemblée, il y en eut plusieurs dans lesquelles la puissance temporelle avait réellement le droit d'intervenir. De cette situation il résulta donc que le sénat impérial prit une

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