CHAP1TAB IX
part considérable à la direction générale des délibérations du concile. Mais , loin d'abuser de leur autorité , les fonctionnaires de l'empereur ont su se maintenir, avec convenance et dignité , dans ces justes limites où la liberté de l'Église et les droits légitimes du pouvoir séculier sont également respectés. Le sénat impérial s'est montré calme, modéré, impartial, attentif à éviter toute violation du droit et a exposer chaque affaire sous son véritable aspect, ne dépassant jamais sa compétence, n'empiétant jamais sur les droits de l'Eglise, tout en défendant ceux de son maître. On Ta vu se poser en médiateur entre les deux partis, préparer les jugements, contenir le zèle trop ardent de quelques wêcpe*, réprimer la passion quand elle éclatait avec topde violence. Cette intervention active et directe de ^puissance temporelle dans un concile est un fait tout exceptionnel , particulier à ces premiers siècles où la hiérachie de l'Église , n'ayant pas encore pris tout son libre développement, se trouvait plus ou moins dépendante de l'Etat. Les violences commises dans le brigandage d'Éphèse prouvent quels étaient pour l'Eglise les dangers de celle dépendance. Elle soutiendra, pour s en affranchir, les luttes les plus mémorables , et Dieu lui enverra , pour la conquête de sa liberté , des grands hommes , dignes successeurs de saint Léon.
Les considérations qui précèdent servent à expliquer ledit que l'empereur Marcien publia après la clôture du concile, avant même qu'il en eût confirmé les décrets par une loi. Cet édit défendait, sous les peines ks plus sévères , de disputer sur les matières de foi, disputes qui , trop souvent , dégénéraient en querelles violentes et avaient occasionné de graves désordres et des émeutes $ ces disputes étaient devenues d'autant plus
inutiles , que la vérité avait été complètement établie par les Pères du concile. Les clercs qui violeraient l'édit devaient être punis par la déposition , les militaires par la perte de la ceinture. Ces mesures avaient pour but de prévenir le retour trop fréquent des scènes de désordre et de rétablir la paix. La passion avec laquelle le peuple, en Orient, prenait part aux querelles religieuses, était devenue menaçante pour la tranquillité publique. Les nombreuses insurrections d'Alexandrie, celles de Constantinople, sous Chrysostome, et beaucoup d'autres exemples , démontrent suffisamment l'intervention populaire dans les affaires de l'Eglise , intervention quelquefois mise au service de la justice et de la vérité, le plus souvent exploitée pour le triomphe de l'iniquité et de la violence. Dans l'édit qui confirme les décrets du concile et en ordonne l'exécution , l'empereur défend de nouveau , de la manière la plus expresse , toute réunion où l'on discuterait sur des matières de foi (1).
Sans avoir encore reçu aucune information directe et officielle des actes du concile de Chalcédoine, saint Léon cependant, dès la fin de décembre 451 , fut instruit du triomphe de la vérité catholique et en éprouva la plus vive joie. Il s'empressa de communiquer cette bonne nouvelle aux évêques de la Gaule, que nous voyons toujours fidèlement unis au Siège de saint Pierre. Soyez bénis, nos Pères bien-aimés, pour nous avoir transmis cette tradition saine et fortifiante ! Et puisse-t-elle être toujours pieusement conservée par vos fils de France jusqu'à la dernière génération !
Dans les derniers jours de décembre 451 , saint Léon avait reçu deux lettres de plusieurs évêques des Gaules : la première , de Céretius , Salonnius et Véran , que l'on
(1) Arendt, Vie de taint Léon, 307-313.